La table est rectangulaire, placée au milieu de la salle et perpendiculaire à la fenêtre par laquelle, sans trop se pencher, on peut voir sans peine la façade du foyer.

Ils sont quatre autour : le couvert est mis et ils attendent. Ne manquent à l'appel du repas que Prisca qui précisément débouche de la cuisine, les mains aux prises avec une soupière, imitation parfaite d'un chou – sauf quelques éclats dans la porcelaine, sauf le vert de la surface outrageusement brillant –, ce qui fait dire à Alix qu'il s'agit d'une « choupière », et c'est vrai que si l'on n'est point exigeant, c'est à s'y méprendre, et du plus bel effet.

Alix, justement. Qui, si l'on se place à l'autre bout de la pièce et face à la fenêtre, occupe seul le centre du côté gauche de la table. Le coude planté près de son assiette, la moitié du visage enfoui dans sa main, il a l'œil sur le téléviseur. Mais il ne voit rien du télé-viseur. Pense à d'autres écrans, autrement plus fascinants, deux petits écrans éteints, dissimulateurs d'informations intérieures et secrètes, pour qui, avec un étonnant brio, il a interprété le rôle d'un homme qui n'était pas lui, d'un homme qu'il ne connaissait pas, d'un homme qui s'appelait Anicet...