Ils ont cinquante ans, sont bedonnants, calvitiants. À travers les vitres des fenêtres de l'entre-sol, le soleil passe et inonde la table à laquelle tous deux sont assis. Ce sont deux de mes collègues. Dans l'attente d'un travail qui ne viendra pas, ils discutent du menu de ce midi au restaurant d'entreprise.

Heure après heure, ils enfileront de telles conversations benoîtes précisément fixées dans le temps. Leur seul espoir : qu'on les oublie afin qu'ils puissent reproduire exactement cette journée, jour après jour et semaine après semaine jusqu'à la dernière, dans dix ans, où ils pourront enfin se retirer...

Je ne peux dire s'ils sont pitoyables ou, à leur manière, sages...