Comme toutes les filles du foyer, comme tous les habitants de la rue, Apoline a remarqué le manège de Tatiana, et tout comme eux elle est intriguée, tout comme eux elle n'y comprend rien, tout comme eux elle n'en dit rien.

Souvent elle a été tentée de lui en parler, mais à chaque fois elle a buté sur cette question : comment ?  En effet, comment poser une telle question à une fille dont on ne connaît rien – et qui ne veut pas se faire connaître – et à qui on parle si peu, sinon pas du tout.

Et c'est précisément ce qu'elle se demande encore alors qu'elle est à la fenêtre, seule dans la chambre, à observer une voiture à l'arrêt, une voiture d'où sort un jeune homme que l'instant d'avant embrassait une dame ivre par l'intermédiaire de la vitre baissée. Et voyant la grosse dame se presser contre le jeune homme manifestement réticent, elle est étonnée de pouvoir tout à la fois penser à son beau visage et au secret de sa compagne de chambre...