Et tandis que Arnaud s'immerge en Aimée – tous deux prostrés, abîmés l'un dans l'autre, postés de part et d'autre de la table qui, à ce moment, leur est une extension organique commune par laquelle se diffusent et se croisent les battements précipités de leur corps –, Aubin, ravi de cette aubaine qu'est le soudain revirement d'Arnaud à qui le sort avait offert Angèle qui, dès lors, lui est assignée et donc acquise, s'approche de cette dernière, qui n'a pas bougé, et le regarde s'avancer, ayant pris soin auparavant – à leur entrée dans leur chambre – de troquer sa mine maligne et échauffée contre sa face candide d'angélisme, et fort de sa prestance, de sa suffisance, de son éloquence – encore que, en l'occurrence, il la mette de côté, se la réserve pour après le combat et la victoire –, de la connaissance totale qu'il a du moindre mouvement de son corps, de la moindre sinuosité de sa pensée, il porte la main en avant et, sans mot dire, mais avec son plus odieux sourire, la glisse le long de sa hanche qu'il sent déjà chaude sous la fine laine du pull (encore qu'il sache bien que de ce dégagement de chaleur il n'est pas la cause, car il parfaitement perçu le brusque retrait des mains d'Angèle du buste d'Aimée et la violente rougeur de ses joues que son premier regard levé sur les deux garçons a pourtant instantanément oblitérée, mais il n'en a cure puisqu'il sait parfaitement bien qu'à cette chaleur il va bientôt ajouter la sienne et qu'à ce moment-là, il n'y aura plus dans son corps et dans ses pensées à elle que le désir  « torride d'être pénétrée et possédée » sic).