Le tableau qui s'offre à la vue d'Arnaud lorsque la porte s'ouvre – sous la poussée de la main de son compagnon qui n'a pas jugé bon de s'annoncer, a préféré leur faire la surprise de leur arrivée – lui semble d'une telle douceur qu'il en est aussitôt troublé, dérouté, désarmé. Le corps d'Angèle se profile en contre-jour dans le cadre de la double-fenêtre ouverte, tandis que sa compagne à sa table écrit, comme indifférente aux mains qui la caressent et au corps qui contre son dos se presse, et si l'instant d'avant, alors qu'ils atteignaient le troisième étage du foyer et cherchaient du regard la direction à prendre pour aboutir à cette chambre dans laquelle ils n'étaient encore jamais entrés, ils étaient tombés d'accord pour ce que ce fût lui qui l'entamât le premier, à présent il n'a plus d'yeux que pour sa compagne, cette fille brune, qu'il avait à peine remarquée et dont il ne se souvient plus du prénom, cette fille qui lève la tête de son travail à leur entrée et instantanément plonge son regard bleu dans le sien, noir et pétillant, qui instantanément succombe à la grâce de son attitude, à l'élégance de son visage, à la candeur de son expression, qui immédiatement et totalement oublie les formes d'Angèle qu'un tirage au sort lui a dévolu pour ne plus se consacrer qu'à cette autre bouche, aux lèvres pâles, entrouvertes et frissonnantes comme si elles murmuraient déjà son prénom, qu'à ces autres joues, rondes et écarlates sous le coup de la surprise et de l'émotion, qu'à cette autre gorge que les doigts d'Angèle viennent de libérer et qu'il voit palpiter dans l'entrebâillement du chemisier.