Il est 23 h 10 et Jules est à son poste. Il a posé derrière le guichet sa pile d’illustrés, sa bouteille Thermos et sa flasque de rhum dont il arrosera copieusement son café une fois qu’il sera assuré qu’aucun client ne viendra plus cogner à la porte et qu’il pourra dès lors s’installer pour sa veille jusqu’au matin.

Il sait, comme tout un chacun dans le quartier, qu’ici, dans cet hôtel de la rue V., les clients ne sont pas de la nuit mais du jour. Pourtant, il s’attend toujours à ce quelque particulier échappe, ne la connaissant pas, à la règle : un touriste, un égaré, un mari chassé, un triste, un esseulé. Aussi attend-il toujours minuit avant de verrouiller la porte et d’y placer l’écriteau COMPLET.

Il est 23 h 15 et Jules effectue quelque rangement. Il vérifie l’ordonnance des clefs au tableau, puis va à la porte qu’il franchit pour prendre quelques bouffées d’air frais avant de regagner son poste derrière le guichet où il entame la lecture de l’un de ses illustrés.

Il est 23 h 20 lorsque la porte s’ouvre...