C'est la première fois que je lis Artaud. J'attendais autre chose. Je ne sais quoi. Davantage de débordement, sans doute. Davantage d'anarchie, tant dans la formulation que dans l'idée. Je suis relativement déçu.
D'autant que :

page 91 : parlant du théâtre balinais : « [...] populaire, là-bas, paraît-il. » Paraît-il ?
Il aurait été préférable qu'il en fût sûr...

page 117 et suivantes : incitation à faire table rase du passé.
Cette position est évidemment très discutable.

page 128 : « [...] hypnotise la sensibilité du spectateur. »
Cet hypnotise est très suspect.

page 144 : tout un vocabulaire et une expression des mots qui me semblent vains. En fait, il ne dit rien.

page 145 : « [...] mais de donner aux mots à peu près l'importance qu'ils ont dans les rêves. »
Quelle est cette importance ? Que veut-il dire ?

page 146 et suivantes : de nouveau, une suite de formules qui se veulent être des propositions, mais qui, au bout du compte, ne mènent à rien :
ce ne sont que des mots. On comprend ce qu'il veut dire, mais comment un tiers peut-il appliquer, que peut-il tirer de tout cela ?

Autre chose : le théâtre de la cruauté est un concept faussé, car il obéit à une volonté de réaction. Le théâtre balinais, qui lui est un modèle, n'est pas une réaction. C'est une tradition. C'est pour cela qu'il est juste et authentique. Essayer d'un créer un modèle occidental est complètement vain. Cette volonté, celle d'Artaud, d'innover, de faire éclater des structures, est évidemment louable, mais pourquoi aller chercher des modèles orientaux (ou autres : des modèles appartenant à d'autres cultures, d'autres mœurs, dont la fusion, l'alliance, avec la nôtre
– celle d'Artaud – relève de l'impossible) ?

31 mai 1993