Un petit garçon vendait toute une série de livres de l’édition J’aime Lire à cinquante centimes. Je lui en ai pris huit, soit quatre euros. Je lui en ai proposé trois, il a simplement opiné, l’air un peu égaré. Une dame à quelques pas, sa grand-mère peut-être, a alors dit : « négocier avec un enfant ». Elle n’y a pas mis de ton particulier, l’a simplement dit, d’une manière presque neutre. Je me suis tourné vers elle, ai dit : « ce n’est pas beau, c’est ça », elle m’a simplement répondu : « c’est pour sa cagnotte » et j’ai dit quelque chose comme : « oui, mais il faut aussi jouer le jeu » et ai donné trois euros au petit garçon… Je n’ai jamais marchandé avec les enfants, ça ne me vient même pas à l’idée (et, à l’inverse d’Éléonore, je ne le fais pas systématiquement avec les adultes). Pourquoi l’ai-je fait avec ce gamin ? Pendant une fraction de seconde, alors que je posais les pièces une à une dans sa main, j’ai pensé lui remettre quatre euros. Je ne l’ai pas fait. Depuis, cette scène me poursuit…

Lorsque je dis « il faut jouer le jeu », je veux dire que le marchandage fait partie des puces et qu’il faut l’accepter comme une règle et, lorsqu’on débute, comme ce garçon (mais pour lui il ne s’agissait que de vendre ses livres), l’apprendre et s’attendre à y être confronté ; en quelque sorte, ce serait une « leçon de vie » (ma tentative de justification n’est pas convaincante, mais c’est ce que j’avais en tête à ce moment-là). Mais il n’était pas très dégourdi, vendait simplement ses livres. (D’un autre côté, cette dame aurait pu s’y opposer d’une manière ou d’une autre ; ce qui était curieux, c’est qu’elle semblait détachée de la situation, presqu’indifférente – je me demande à l’instant si elle était avec lui, si elle ne faisait pas partie du stand d’à côté.)

 

2 octobre 2016