Et Louise écrira dans son journal :

J'ai vu Honorine de jour en jour s'étioler, s'amoindrir, se décomposer lente-ment devant moi, disparaître pratiquement de ma vue.

J'ai vu Honorine étendue sur une table médicale, maigre et décharnée à faire pleurer, et ai vu son corps sur cette même table, vu de mes yeux vu, s'élever de quelques centimètres, puis retomber sur cette même table pour y achever de mourir.

J'ai assisté à son enterrement et j'ai vu son cercueil descendre lentement dans la terre, et si je ne puis jurer qu'elle y fût bien endormie, j'en reste du moins persuadée car je ne crois pas que ceux qui l'ont vue l'y mettre peuvent se tromper.

Néanmoins, j'ai vu de mes yeux vu Honorine à la porte du jardin, quelques jours plus tard, droite et paisible dans une longue robe blanche, s'avancer vers moi et s'asseoir à mes côtés sans qu'à aucun moment ma compagne n'ait semblé s'être aperçue de sa présence, et je crois bien qu'à ce moment-là et les jours qui ont suivi, j'étais bien la seule à la voir se déplacer parmi nous.