Je l'avais commencé il y a bien deux ans de cela. À la cinquantième page, je m'étais aperçu que je n'en avais rien retenu. J'avais imputé cela à une inattention, une distraction de ma part, et l'avais donc remis à plus tard. Ce plus tard est là, et je l'ai repris à zéro. Effectivement, de ces cinquante premières pages, je n'avais aucun souvenir. Mais du moins me souvenais-je du ton. Ce ton qui un moment m'avait paru, à l'époque, être le premier responsable de ma faillite. Car au-delà de ma rêverie, il y avait tout de même le vague sentiment de quelque chose de lourd, de lent, d'assommant. Eh bien, ce ton, je le retrouve et de la même façon, je lis entre les lignes, ou à droite, à gauche, dessus, dessous, mais jamais bien dedans... Après cent cinquante pages, et il y en a encore au moins deux fois autant, je me demande s'il ne va pas connaître le même sort que la Bovary. Non que cela soit véritablement ennuyeux ou inintéressant, mais j'avoue que ce style de récit, cette forme de narration, typiquement anglo-saxonne, tout en descriptifs de comportements, d'attitudes, en longs développements sur les rapports entre les personnages
– une multitude (voir la liste en introduction à la manière des pièces de théâtre) – sans qu'il ne se passe véritablement grand-chose entre eux, que ce type de littérature et d'écriture me pèse un peu...
Ou bien serais-je indisposé ? Deux livres de suite que je ne termine pas, voilà qui est rare... La seule chose qui va peut-être me pousser à le poursuivre demain, c'est le fait qu'il passe pour avoir eu un grand retentissement juste après-guerre (en vérité, 1956).

18 avril 1990