Il a un cœur gros comme ça. Il dépense sans compter, n'a que des amis. A toujours la joie au regard, la main au portefeuille et la bouche arrondie autour d'un air gai.

Il est accoudé à la portière conducteur d'une énorme Ford, et fait plaisir à voir avec sa mine réjouie, son ventre bien rempli et le petit assis à ses pieds qui rêve à on ne sait quoi. Derrière, il y a l'esquisse d'une pinède et à terre une étendue de sable que l'on suppose beaucoup plus vaste qu'elle n'apparaît là.

L'instant d'après, il se décolle de la portière et, en sifflotant et agitant les bras comme un gros oiseau, fait le tour de la voiture dans laquelle il aide son épouse à monter, son épouse à qui il passe le petit, son épouse qui le serre très fort entre ses bras comme si elle prévoyait déjà son expulsion pure et simple de l'habitacle dix minutes plus tard, son éjection de la voiture qui, lui dérobant son époux, allait aussi se croire ensorceleuse de gras camionneurs...

C'était il y a quinze ans, et depuis, il orne la portion de mur entre la porte de la cuisine et le buffet de la salle à manger. Il se prénomme Barnard, et tout le monde dans la rue continue à l'appeler avec affection Babar...