Il n’y avait rien dans mon bureau, rien dans le séjour, rien sur la table de la cuisine. Je me suis installé pour prendre mon petit déjeuner. C’est à ce moment-là qu’elle est entrée avec plusieurs paquets dans les mains. J’ai aussitôt repéré le plus volumineux, en forme de livre, qui pouvait être le Proust que j’avais noté dans L’Immonde des livres il y a une quinzaine de jours. Il y avait un support de bougie fantaisie, parallélépipédique et en cristal (elle a parfois de drôles d’idées) et décorée de dauphins bondissant, un CD pour apprendre l’espagnol, L’élégance du hérisson de Muriel Barbéry dont je lui avais parlé il y a deux jours (c’est Pilar qui me l’avait vanté et j’avais demandé à Éléonore si elle l’avait dans sa boutique), une carte ornée d’un ours en peluche et enfin, la grande boîte qui, au poids, ne pouvait contenir un livre, une boîte de chocolats. « This one is for you », ai-je dit en la déshabillant. Je l’ai remerciée, embrassée et comme je m’apprêtais à poursuivre mon repas, elle m’a dit : « You should switch on your computer. » Je suis monté en pensant qu’il y avait quelque chose sur mon premier bureau que je n’avais pas vu. Il n’y avait rien. J’ai allumé le machin et comme il lui faut un quart d’heure pour être dispos, je suis redescendu, me suis installé dans le salon d’hiver avec mes cadeaux, dont ce hérisson qui m’intriguait. Mais il y avait Le sabre qui m’attendait depuis cette nuit. J’ai longuement hésité et finalement ai entamé le hérisson. J’en ai lu une vingtaine de pages avec ma première cigarette. C’est prometteur.

 

15 mars 2010