L'âme, l'esprit, la science : l'Europe passe par l'idée. L'universel avant le particulier. L'Europe sera plus scientifique que littéraire. Penser au tout avant la partie. C'est en 1933. Benda ne semble pas craindre l'uniformisation, en tout cas n'en parle pas. Je pense à Fred qui me dit que bientôt il ne pourra plus manger tel fromage d'Auvergne garni de paille, car la commission européenne va l'interdire au nom de la standardisation et du bien de la communauté. Ce fromage est-il important ou non ?... Je n'ai pas une goutte de sang français dans les veines. Toutes mes origines sont en Pologne. Je suis né en France, je parle cette langue et m'exprime avec. Je ne me sens ni français, ni polonais. J'ai cette langue, je l'utilise. Je ne défends pas plus le français qu'aucune autre langue, mais, même si je peux m'exprimer dans d'autres langues, je ne me vois pas essentiellement m'exprimer autrement que par le français. Je suis fait du français. Ma manière de penser, ma structure intellectuelle est entièrement faite et conditionnée par le français. Où suis-je donc ? J'aime tous les pays, toutes les langues, toutes les expressions, tous les modes. Je ne suis ni nationaliste, ni universaliste. Mais peut-être, et certainement, particulariste, singulariste. Je ne sais foncièrement que penser de l'Europe, n'en ai pas une idée très nette ; ne suis ni pour ni contre. Je pense simplement qu'il ne faut pas empêcher quelqu'un de faire et de vendre son fromage au nom de l'uniformisation (faire son fromage !) ;

p. 78 : le français comme langue supranationale ! et d'argumenter ! N'est-ce pas une contradiction que son argumentation a beaucoup de mal à faire oublier ? Non. Il faudrait inventer cette langue – si tant est que cela soit nécessaire...

p. 81 : pourquoi la rationalité, voir passage en italiques ;

p. 85, 86 : la clarté et la raison au-dessus de l'invention, de la création, de l'originalité ;

p. 87 : les Grecs. Ordre : ambiguïté absolue !

p. 88 : la modération ! (et potentia agendi).

Louable parce qu'il prône l'entente et la paix ; mais par les voies de l'ordre, de la modération, de la raison, du « rationnel », de l'abandon du particularisme, par l'écart, l'édulcoration de l'invention, de la création, par la préférence au spirituel contre la chair dont il faut renoncer « à l'empire » (sic). Tout cela est sec, austère, un rien criard, et, évidemment, terriblement instable. Qu'aurait-il dit aujourd'hui ?

Contre les nationalistes mais pour une nation européenne !
Un autre terme aurait été souhaitable

31 mars 1998