Marius s'apprête à partir ; mais en fait est déjà prêt, est déjà engagé dans le couloir lorsque retentit la sonnette de la porte d'entrée.

Instantanément, il se fige, l'œil rivé au battant comme si au travers il pouvait voir la silhouette redoutée et maléfique ; puis se retourne vers Yvette, qui n'a pas bougé de la fenêtre, Yvette qui s'est tendue elle aussi, mais cherche à la rassurer par une moue, non, ce n'est pas lui, il est beaucoup trop tôt, il ne rentre jamais à cette heure-là, et puis il a une clef, il n'aurait pas sonné... Alors, Marius revient vers elle, pas rassuré pour autant, et lui chuchote à l'oreille : « Mais s'il l'a oubliée, sa clef ? ou perdue ? », tandis que l'on sonne une seconde fois, de la même manière, c'est-à-dire avec calme et sans aucune impatience.

« Eh bien vas-y ! qu'est-ce que tu attends ? »

Elle aussi a chuchoté, elle ne sait pas trop pourquoi ; par réflexe, par distraction, ou encore par crainte ou simple appréhension du retour effectif de l'autre qui pourtant ne rentre jamais à cette heure-là ; diverses possibilités dont Marius ne retient que la dernière, et de ce fait, il ne bouge pas, reste face à elle, face au fauteuil, se demandant pourquoi après tout ce serait lui qui devrait y aller, ouvrir cette porte d'un appartement qui n'est pas le sien, accueillir et questionner une personne qui pourrait bien n'être pas lui, mais un autre, inconnu ou connu d'Yvette, mais qu'importe, il n'est pas chez lui et rien ne pourrait justifier que ce fût lui qui allât ouvrir cette porte. Et il faut donc qu'elle lui en intime l'ordre : du regard, qu'elle fronce et acère ; de la bouche, qu'elle crispe et déforme ; de l'index, qu'elle tente de pointer, et qui ne se pointe pas, car c'est le bras droit qui instinctivement a tenté de se lever, et ne s'est pas levé, ou à peine, juste une ébauche, une amorce, et il retombe sans s'être levé.