Saisie directe, tard. J’ai lu dans la soirée le Paris tendresse du tandem Brassai-Modiano que Jacques m’a laissé emporter avant la liquidation complète de sa maison à Wasquehal la semaine dernière. 1990, série de photos que commente d’une manière « romancée » Modiano. Je n’ai ni goût ni dégoût pour Brassai, du moins dans cette veine-là. Quant à Modiano, c’est du Modiano, encore que je me pose la question d’un éventuel nègre lorsque je lis par deux fois « des hommes debouts » ! Et s’il s’était agi de femmes, aurait-il écrit « deboutes » ? Ce qui me fait penser à l’article concernant Salgado dans le dernier Télérama. Quelques photographies à l’appui, dont deux assez stupéfiantes par leur caractère pictural : composition, nuances, rendu, travail des teintes et des tons. La seconde fait songer d’une manière hallucinante, et n’eût été la présence du bulldozer, à certaines scènes napoléoniennes, Girodet, Gros. Je ne peux croire que ce n’est pas voulu. Du coup, et plus que jamais, l’éternelle question de la photo choc : l’esthétique balaye-t-elle le témoignage pour, au bout du compte, ne produire qu’une belle image ? Ce n’est pas le cadavre que j’ai regardé, en tout cas sa réalité en tant que cadavre, mais la qualité esthétique de l’ensemble. C’est la première chose qui m’ait frappé et le corps n’a plus été qu’anecdotique, qu’un élément comme un autre d’une histoire dont la seule raison d’être est d’agrémenter le beau.

(Mais faut-il le regretter ?)

 

12 octobre 2005