Zatterre, une terrasse du côté de San Sebastiano après une promenade dans San Polo. Je suis allé à la recherche des deux librairies localisées hier sur le réseau : la première était fermée (elle a plutôt l’allure d’un bouquiniste, ou d’une librairie à l’ancienne, de celles qui éditaient, et elle semble éditer – j’ai repéré en vitrine un Stockhausen vu par une femme de sa famille, sa fille, peut-être, Connie, il me semble), la seconde introuvable à moins qu’il ne s’agisse de celle où j’ai acheté Calvino la dernière fois. Elle était ouverte, j’y ai acheté un Baricco, Tre volte all’alba. Puis je suis passé par le campo San Silvestro, la Riva del Vin jusqu’au Rialto, ai bifurqué juste avant par une calle déserte transversale, ai repris Madonnetta, San Polo, San Toma, San Barnaba (mon petit bar était fermé), ai coupé à gauche (calle delle Turchette, Fondamenta di Borgo, Fondamenta degli Ognissanti et Corte Canal) pour rejoindre les Zattere. Sur la route, un Anglais m’a demandé un renseignement. Je passais un pont, il se trouvait de l’autre côté avec un appareil photo. À l’endroit où je me trouvais, de l’autre côté, se tient une erboristeria fermée. Il m’a demandé de quoi il s’agissait, je le lui ai expliqué, il a sorti des guides de son sac posé à terre pour la rechercher ; je l’ai aidé, nous ne l’avons pas trouvée. (En réalité, il a sorti un premier guide qui concernait principalement les bars et les restaurants ; nous l’y avons recherchée sans succès. Puis il s’est rendu compte que ce n’était pas le bon guide ; il a rangé le premier, a farfouillé dans son sac en ne cessant de répéter, « I’m so sorry », pour finalement en tirer celui qu’il cherchait ; il y avait bien une section consacrée aux herboristes, mais celle-ci n’y figurait pas.) Je me demande pourquoi il tenait tant à la voir figurer dans ses guides... Je lui ai suggéré de revenir demain, à moins qu’elle ne soit définitivement « closed down » ; il a marmonné quelque chose que je n’ai pas compris. À un moment donné, alors qu’il farfouillait dans son sac, il a parlé de sa femme qui était malade et serait restée chez eux ; il marmonnait, se parlait à lui-même, je n’ai pas bien saisi. Il a rangé ses guides, a repris son appareil pour fixer la devanture de la boutique. « Thank you, sir. » « You’re welcome. » J’ai rejoint les Zattere sans me tromper. Il n’y a plus un seul banc en bois, je me suis résolu à m’asseoir ici face à Giudecca… (C’est la troisième fois depuis hier que l’on m’aborde pour me demander un renseignement. J’ai oublié de parler du couple d’États-uniens à Biasio. Je venais de téléphoner à Gentilhesca, j’atteignais l’extrémité de la riva. Ils m’ont abordé pour me demander l’adresse d’un restaurant ; sur leur bout de papier, figurait « Pont Greci Campo Apostoli » ; je ne me suis pas rappelé où se trouvait Campo degli Apostoli...)