C'est chez CELIV (?), c'est de Trucchi. Une longue introduction, très bien faite, perspicace et fine, précède (évidemment) un large éventail des œuvres qui vont de 1944 à 1982. Les reproductions sont assez réussies. Quant aux toiles par elles-mêmes, je préfère m'abstenir, tout qualificatif s'avérerait ou banal, trivial ou faible ou faux. La seule mention du nom suffit : c'est Bacon.

 

Après le repas du soir, j'ai passé deux bonnes heures à le regarder, à en détailler chaque toile, sans jamais réellement parvenir à comprendre ce qui se passait et sur la page et dans mon esprit. Fascination, trouble, hébétement, et même indisposition au regard de cette situation étrange, de cet état particulier dans lequel me plonge une telle vision (et je me souviens à l'instant de notre fameuse discussion avec Michel concernant l'art, et de sa remarque au sujet de Bacon qu'il trouvait sinon compréhensible – puisque la discussion tournait autour de la compréhension – du moins accessible du fait d'une certaine émotion qui s'en dégagerait. Émotion. Il n'y a absolument aucune émotion dans ce que peut susciter une toile de Bacon.

Parlions-nous du même ?).

 

Puis, transition insolite, j'ai posé le livre, en remettant la lecture à plus tard dans la soirée, et me suis mis une cassette.

La cassette achevée, j'ai entamé la longue introduction.

Que j'ai interrompue à moitié pour me laisser le temps de rédiger ces lignes.

Je ne ferai aucun développement à son sujet mais du moins ai-je relevé quelques points. Le premier concerne Grünewald dont les « douloureuses représentations » (notamment de l'autel d'Isenheim sis à Colmar) auraient inspiré de nombreux peintres, dont Bacon pour ces Crucifixions. Je ne le connais que de nom, et voilà qui m'intrigue fort car Trucchi y revient plusieurs fois et je suis évidemment alléché ; quoiqu'il y ait fait mention du Christ bafoué – ou Christ aux outrages – de la Pinacothèque de Munich. J'ai un ouvrage sur la Pinacothèque et la toile s'y trouve – que j'ai prise de prime abord pour un Bosch, celui du Portement de Croix de Gand : il y a de nettes similitudes, et dans les coloris et dans les visages des personnages qui là aussi se moquent et persécutent le Christ. Il y a bien le Christ comme indiqué par Trucchi, agenouillé et le haut du visage, yeux compris, masqué par un linge : Bacon s'en serait inspiré pour Painting de 1946 et Head VI de 1949. Sans en douter tout à fait, je me pose des questions, même si je sais que dans tel cas, ce n'est qu'une question d'interprétation de la part de l'observateur, en l'occurrence de Trucchi.