Bonsoir,

Je me présente, je suis l’auteur de Léo. Éléonore est ma compagne et c’est elle qui a pris la liberté de vous envoyer l’un de mes livres, puis de me faire lire votre réponse, et je prends à présent celle de répondre à sa place. Je suis d’autant plus ravi qu’elle l’ait fait que votre point de vue m’a frappé, dérouté et séduit. Pas une seconde, il ne m’est venu à l’esprit que le Passocéan puisse être assimilé à une drogue alors que ses effets (hallucinations, accoutumance) sont évidemment identiques ; il ne s’agissait pour moi que d’un instrument propre à créer des images et à soutenir un propos, et je me demande aujourd’hui comment il se fait que je n’ai pas fait la relation (peut-être parce que je n’en ai jamais consommé – mais un auteur de romans policiers n’est pas obligé de poignarder son voisin de palier). Autre effet (si je vous comprends bien), et cette fois j’ai écarquillé les yeux : l’impuissance sexuelle. Je n’ai pas relu ce texte depuis des années, mais il m’en reste suffisamment de traces pour que je me pose la question : qu’est-ce qui, à un moment ou un autre, peut faire germer dans l’esprit du lecteur (vous, en l’occurrence) l’idée que le narrateur est impuissant, ou, pour le moins, est atteint d’une « certaine impuissance sexuelle » ?  L’est-il ou non, je l’ignore. Les relations purement platoniques qu’il entretient avec Laura ne me semblent pas aller dans ce sens, mais il se peut que je me trompe ; le texte une fois achevé échappe à son auteur et c’est le lecteur qui fait la loi. Votre regard en est une preuve ; il ouvre une porte inconnue et saisissante et le mien sur mon propre texte va en être modifié…

Le Passocéan existe, je ne l’ai pas inventé. On le doit à un pharmacien d’Honfleur, monsieur Demarais, qui a créé ce remède contre le mal de mer au début des années 30 (et voyez comme les choses sont extraordinaires : je viens d’aller vérifier la date sur le réseau et je suis tombé sur un article où il est dit qu’il avait aussi créé une méthode de prononciation de l’anglais, je l’ignorais). J’étais à Honfleur, ce nom était (et est toujours) placardé sur la façade d’une pharmacie (Alphonse Allais y est né), je traversais une période de fascination à la fois pour l’Angleterre et Guillaume le Conquérant et ce nom magnifique avait agi comme un déclic. C’est un liquide vert dans un flacon transparent qui figure sur une étagère de ma bibliothèque à côté du portrait emmédaillé de son inventeur ; je n’y ai pas goûté, et n’y goûterai jamais : qu’est-il exactement, et quels seraient ses effets sur mon organisme ?

Je n’ai jamais entendu parler de Castaneda, je vais me dépêcher de combler cette lacune.

Merci pour le soin que vous avez apporté à la lecture de mon texte et aux commentaires qu’il vous a inspirés.

Bonne journée,

Guy Grudzien

 

Quelques jours plus tard...