p. 62 :
comme une illustration à ma note d'hier :
« C'est beau d'être aimé, seulement il faut mourir pour s'en rendre compte : regarde Julie avec Lamartine. Si elle était restée de ce monde, ils seraient venus s'asseoir sur le banc du lac, tous les deux, comme deux vieux, et il n'aurait pas écrit sur elle. »
Si les choses entre elle et moi s'étaient faites vite, jamais je n'aurais tant écrit sur elle.
Si ce que j'ai écrit sur elle est beau ou non, ou pour le moins digne d'intérêt, digne d'être connu et lu, je l'ignore. Mais il est un fait que je ne l'aurais sans doute pas écrit ; n'aurais pas tant écrit ; n'aurais, en tout état de cause, pas écrit les mêmes choses et ces choses auraient peut-être été d'importance et de valeur moindres...

Parfois, me traverse l'esprit le pressentiment qu'elle mourra très jeune, dans peu de temps. Comme une sorte de conclusion « heureuse » (opportune, quasi providentielle,
en un mot : littéraire) à notre histoire. Et lisant ces lignes concernant Julie et Lamartine et considérant mon « tempérament », ma nature qui me rapprocheraient
(voire m'assimileraient à) d'une certaine forme de romantisme – s'il fallait absolument me qualifier –, s'impose à moi l'idée (et l'image) d'un Lamartine moderne. Et je tressaille...

J'ai finalement capitulé à la page 102...

11 février 1997