Au courrier, il y avait une enveloppe en provenance du Paraguay. De toute évidence, elle contenait un livre. Qui pouvait bien m’envoyer un livre du Paraguay ? J’attendais un livre, Les beaux draps, mais en provenance de Nice, pas du Paraguay. Pourtant, il ne pouvait s’agir que de lui puisque l’éditeur prévenait qu’il fallait compter une dizaine de jours pour la réception. Ceci expliquait cela, d’une certaine manière. C’était bien le Céline que j’attendais. En ai-je parlé ?... C’est d’une facture sobre, mais assez sommaire, de celles des petites éditions pas très argentées et prix prohibitifs. C’est le cas ici. L’origine paraguayenne justifie-t-elle le prix ? « C’est parce que c’est interdit ici que ça vient de là-bas », m’a dit Éléonore. Oui, mais l’éditeur n’est pas caché, il a un catalogue, il est sur Internet et établi à Nice, et L’Immonde en a parlé. J’ai noté alors qu’il n'y avait pas d’achevé d’imprimer et nulle mention d’une quelconque impression. Il y a cependant un copyright : les Éditions de la Reconquête 2008… Il n’empêche, me voilà en possession de l’un des trois pamphlets de Céline. Graham nous en avait longuement parlé la dernière fois à la maison, disant qu’il comptait en faire une étude, l’étude que personne ne s’était vraiment donné la peine de faire, « et il était intolérable que l’on fasse si peu de cas de textes d’une telle ignominie » (ce n’est peut-être pas le terme qu’il a employé). Lorsque je lui ai appris que j’avais commandé Les beaux draps, le moins cher, afin de tester la crédibilité de ces éditions-là, il m’a dit que c’était le moins féroce, le moins odieux, le moins immonde. Je verrai cela. J’en ai entamé les premières pages alors qu’Éléonore regardait une « émission » sur les Français et le sexe. Le ton commence à être donné à la page 48.

 

14 juin 2010