Puis elle est montée et m’a proposé le Kindle qu’elle a reçu hier. Je l’ai testé au lit. Est-ce que ça va remplacer le livre ? Je n’en sais rien, mais il est à craindre que oui, un jour ou l’autre. Il y a une trentaine de textes proposés, des classiques, Dickens, Shakespeare (des sonnets seulement), Austen, un Jules Verne (mais dont les règles de ponctuation sont anglo-saxonnes). C’est léger, c’est plat, ça se manipule facilement. C’est froid, clinique ; on a l’impression de regarder un miroir dans lequel on se surprend de ne pas voir son propre reflet. Le texte est brut, c’est-à-dire sans présentation, sans titre, sans pagination ni en-tête, la marge est réduite au minimum et il y a de nombreuses erreurs de justification. Le passage d’une page à l’autre se fait à l’aide d’une sorte bouton latéral ; nous nous sommes étonnés qu’ils n’aient pas utilisé le système qui donne l’illusion de la page tournée, amusant et très bien fait (tant qu’à faire)… L’idée n’est pas détestable, mais ce n’est pas un livre ; c’est sans doute appréciable pour un certain type de lecture, mais pas celle d’un livre, les raisons sont évidentes… J’ai lu deux nouvelles de Chesterton de The Man who knew too much, le dos calé avec un coussin, l’objet dans ma main gauche. J’expérimente. J’aurais évidemment préféré le livre, l’objet en papier, avec sa couverture, son odeur, son occupation de l’espace, sa double page en face de mes yeux (l’importance de l’ouverture du livre, et je pense à l’instant à la lecture d’un texte sur feuillets volants qui est tout aussi frustrante que sur un écran, qu’il soit de la taille de la main ou non), mais en l’occurrence, c’est-à-dire mon état général – qui ne nécessite pas vraiment le lit, mais après tout j’y suis bien au chaud et j’ai passé une mauvaise nuit et autant en profiter, profiter de cette sorte de farniente –, il était le bienvenu, d’autant qu’à intervalles réguliers mes yeux se fermaient. En résumé, le Kindle est un objet de lecture pour malades