Je ne sais pourquoi, mais c'est sûrement à cause du titre, je m'imaginais lire une quelconque histoire d'amour rustique, voire bucolique (c'est vrai que ce titre « à l'eau de rose » s'y prête bien). C'est effectivement rustique, mais pas bucolique, puisqu'il s'agit, pour schématiser, de la chronique d'un petit village de Normandie juste à l'arrivée des Américains en 1944
(incroyable le nombre de livres qui me ramènent à la Normandie depuis quelque temps ;
serait-ce donc un berceau de quelque type ?). D'emblée, ça m'a agacé. Surtout à cause de l'écriture dont je dirais qu'elle est d'un moderne bon ton, d'une audace bon chic, d'un hardi de l'académisme contemporain. Bref, type d'écriture qui singularise (mais en fait banalise) une flopée d'auteurs depuis une trentaine d'années ; ce type d'écriture où l'auteur se regarde écrire, s'époustoufle et se pâme toutes les deux lignes devant une belle image qu'il a certainement la certitude de prendre pour l'amorce d'un bouleversement total de la littérature. C'est flagrant. Type d'écriture, d'ailleurs, que j'ai eu la surprise de rencontrer dans un bouquin de J. H. Rosny Aîné intitulé Les deux femmes et qui date de 1902... (en ai-je parlé au moment de sa lecture ? je ne sais plus, mais je m'étais dit que c'était une preuve de plus que la littérature dans son ensemble était un genre rouillé, arrêté depuis un siècle, grippé, tournant en roue libre
– à la différence des autres formes d'expression qui, en comparaison, se sont littéralement envolés). Les deux femmes, donc, à la « modernité » terrible et qui, à l'époque,
devait au moins avoir valeur de nouveauté. Quoi qu'il en soit, on jurerait qu'il a été écrit hier matin par je ne sais quel tâcheron du moment, preux d'Apostrophes, qui en est encore et toujours à s'acharner à débrouiller les nœuds depuis belle lurette dénoués du lien filial,
de la mère castratrice, du père réducteur (ou séducteur), de la sœur perturbée,
de la grand-mère dominatrice (un peu juive, par exemple, et qui malgré tout fait de bonnes confitures), sans oublier la crise d'identité (pour les étrangers, principalement, mais il y a aussi les déracinés autochtones, du type moralité mal consommée), la maîtresse fatale, la première expérience sexuelle avec un bien plus âgé que soi, la peinture paysanne avec les couleurs qui chantent et les odeurs qui tachent la couverture...
Bref, de la merde. Et je pensais donc retrouver un peu de tout cela dans Clio. Et puis, au moment de renoncer, de le refermer, de le jeter, le ton a changé et de ce fait les événements ont pris un autre aspect, une autre tournure et je commence à y trouver un certain intérêt...
À suivre.

16 mai 1990