La première fois que j'ai vu Gaston Criel, ignorant à ce moment-là son identité, c'était il y a une vingtaine d'années, à La Voie lactée, bar de nuit près du quai de Wault à Lille. Il y servait, assez âgé déjà, grand, mince, voûté, buriné – mais du burin des frasques davantage que celui des embruns. En face du comptoir, couvrant tout un mur, était accroché un poster : une grève, un homme nu, couché sur le flanc, coude dans le sable, prenant la pose. C'était lui... J'ai su plus tard qu'il avait écrit quelques livres, qu'il avait été le secrétaire de Cocteau (si mes souvenirs sont bons), qu'il était passé à France-Culture. Quelques années plus tard, j'ai eu l'occasion de lire l'un de ses livres que l'on m'avait prêté : Circus.
Écriture débridée, pas foncièrement originale, mais pas très ordinaire non plus, qu'aujourd'hui je qualifierais d'expérimentale.
J'ai loué la hardiesse du ton sans y adhérer tout à fait ;
en définitive, ça ne correspondait en rien à ce qui m'intéressait et je n'en ai gardé aucun souvenir... C'est chez Maxi-Livres que j'ai trouvé celui-là. J'en ai lu quelques dizaines de pages et à l'heure où j'écris, je ne suis pas sûr du tout d'aller plus loin : souvenirs de la guerre, ordinaires, sans intérêt. Dommage. J'aurais aimé accorder un peu plus d'attention et d'intérêt à cette figure malgré tout singulière...

(Il y a longtemps que La Voie lactée n'existe plus.
Il y a longtemps aussi que Criel est mort...)

19 août 1999