Terrasse à côté de Cafoscarina d’où je sors. Je suis épuisé et trempé de sueur, et incapable de mettre de l’ordre dans mes idées, tout à coup comme vidé. Je bois à l’instant ma première gorgée de spritz. J’hésitais : café ou spritz ? et la « chaleur » – mais laquelle ? la mienne ? puisqu’il ne fait pas chaud – l’a emporté. Alors, uno spritz… Je suis sorti en début d’après-midi, suis allé à Rialto où j’ai tourné en rond pendant un moment sans trouver la poste pourtant bien visible sur le plan. J’ai demandé à une première personne (« a sinistra »), puis à une deuxième (« a sinistra, è a merceria ») et c’est la troisième qui a su m’indiquer précisément la direction (« seconda calle a sinistra » – calle qui, du reste, n’était pas merceria, mais marzaria, c’est-à-dire le nom d’origine, de la même manière que le placard qui indiquait la direction de la poste – celle du plan – devait dater d’un autre temps). Ça m’a pris un temps fou et je l’ai trouvée (pas très apparente) pour constater qu’il n’y avait pas de téléphone (c’est minuscule, comble de personnes qui faisaient la queue, étouffant, une caricature). Alors ? D’où peut-on téléphoner à Venise ? (Il y avait quelques cabines internationales regroupées dans une ruelle, mais impossible d’en trouver le fonctionnement et c’était campo Bartolomeo, c’est-à-dire extrêmement bruyant.) Tout à coup, je me suis trouvé perdu  parmi la foule de Rialto (beaucoup de monde, ça m’a étonné pour un mois de septembre – mais je ne vais jamais du côté de Rialto, surtout de jour), ai attrapé chaud et pris la direction de Cafoscarina sans être sûr d’en avoir vraiment envie (mais j’étais dehors, n’avais pas spécialement envie de retourner à l’appartement). J’y suis tout de même allé, comme un automate, suis entré dans la librairie, y ai transpiré en cherchant un Baricco ou deux que je n’aurais pas, puis Fiabe italiane que j’avais vu la fois dernière en un seul volume. Je ne me suis pas senti la force de demander à la caisse s’il en avait un exemplaire. Il n’y avait pas de Baricco, j’ai hésité devant Autobiografie altrui (l’avais-je ou non ?), et pour ne pas sortir les mains vides, j’ai acheté La strada di Don Giovanni de Calvino. Je pensais sur la route qu’il est possible qu’il y ait des cabines à la gare. Comment font les gens sans téléphone ? (Y a-t-il encore des gens sans téléphone ?) (C’é ancora gente senza telefono ? Come fare ?)

 

16 septembre 2013