Je suis à la table du séjour, près de la porte-fenêtre qui donne sur le jardin. Je fume ma énième cigarette ; j’ai beaucoup fumé, stress habituel des départs ; je dois être à ma dixième… C’est la première fois que j’entre dans cet appartement. Je suis très surpris, sa configuration est complètement différente de celle des deux autres étages et, contrairement à ce que dit Gentilescha, il me semble beaucoup plus grand (et de meilleure qualité). (J’entends à l’instant le grondement de l’uno.) Je suis arrivé plus tôt que d’habitude, j’ai appelé Gentilescha, elle m’attendait à l’appartement (avec un petit roquet aux yeux globuleux) ; elle m’a fait visiter, nous avons échangé quelques mots (mon italien a été désastreux), j’ai payé, nous nous voyons dans six jours pour que je monte au second : je m’étais trompé dans les dates, avais déjà acheté mes billets d’avion ; pour les deux dernières nuits, je vais donc monter et retrouver mon appartement préféré ; je n’ai pas encore d’opinion sur celui-ci, je verrai demain au jour, mais je n’aime pas trop ce jardin encaissé, si tant est que je puisse en profiter, encore qu’il ait l’air de faire meilleur ici : je suis parti en blouson de cuir et en écharpe et ici tout le monde se promène en chemise. Mais dans le fond, je me fiche un peu du jardin ; je préfère la terrasse qui surplombe et me permet, même lorsqu’il pleut, d’être constamment dehors (et je peux y fumer ; du reste, l’affaire n’est toujours pas résolue : peut-on fumer ? je ne lui ai toujours pas demandé, mais elle n’a jamais fait la moindre remarque lors de mes précédents séjours).

Qu’est-ce que je fais ici ? C’est la question que je me suis posé dans le bus, puis Piazzale Roma. Je n’ai rien ressenti de particulier en arrivant, sauf Riva de Biasio qui a toujours le même effet sur moi… Était-il « utile » de venir, de faire tout ce trajet ? Maintenant que je suis arrivé et que je commence à m’installer, je me sens content, mais sinon ? Venise, j’en parle tant, mais est-elle aussi importante que je le dis, ou le pense ?

Contrairement à d’habitude, je n’ai pas appelé Éléonore en arrivant ; je voulais d’abord déballer mes affaires, m’installer, faire connaissance avec le lieu, et à présent, il est trop tard…

Il y a des moustiques ; du reste, le lit est pourvu d’une moustiquaire. Je lui ai demandé s’il y avait des moustiques. « Un po’. » Un po' : c'en est truffé... (J’ai le souvenir d’une très mauvaise nuit la fois dernière à cause des moustiques.)

Il est trop tôt pour aller au lit et j’ai l’impression que je vais encore fumer si je reste debout...