Samedi, visite à L'Usine pour achat de chaussures. Le hangar de la Braderie aux livres était ouvert. Comment faire autrement que d'y aller faire un saut ?

Une multitude de choses intéressantes. En général, un peu chères.

Mais on peut parvenir à une honnête moyenne...

Nous en ressortons les bras chargés (ma rage de ne pouvoir tout acheter, tout ce qui me plaît !). Parmi mes livres, La Mer écrite de Duras que j'ai avalé en trois secondes dans la voiture alors que Susan faisait des courses.

Des photographies d'Hélène Bamberger, des textes illustratifs de Duras pour chacune d'elles. C'est fin (c'est de l'épaisseur de l'ouvrage que je parle), ça se lit très vite. D'où l' « avalé », dans lequel n'entre en aucune façon le plaisir, car c'est tout bonnement exécrable...

Duras s'évertue plus que jamais à faire exprès de mal écrire.

Ce n'est plus de la caricature, mais de l'auto-dérision. C'est très proche du gâtisme. C'est exaspérant, irritant, et, en définitive, grotesque. N'eût été mon attachement au livre – et celui-là est malgré tout joli –, je l'aurais jeté (et lisant cela, je n'ai pu faire autrement que de penser à Bobin, que j'ai adoré, puis très vite détesté lorsque je me suis aperçu que ce n'était pas de l'écriture, mais un truc d'écriture. De même, ce livre est un truc d'écriture. Et je peux même ôter l'écriture pour ne conserver que le « truc » – procédé, mais aussi : machine, bidule, bazar...)

(Je pense aussi au fait que tous deux sont totalement dépourvus d'humour.

Pas la moindre once d'humour, nulle part. Un être dépourvu d'humour est une mécanique. En l'occurrence, mécanique d'écriture, mécanique de vie.

Même Proust a de l'humour ; même Faulkner a de l’humour...)

 

19 janvier 1998