Tout cela manque singulièrement de fantaisie. Froideur, sériosité (?). Intellectualisme bien-pensant (ses propos et les « témoignages » aussi bien). J'approuve nombre de ses remarques, mais en définitive nous ne parlons pas de la même chose, ne les appliquons pas aux mêmes choses...
Il prône l'ouverture, l'individualité avant le groupe, mais il reste un pilier d'une institution : l'institution de la musique contemporaine dans l'univers déjà bien clos de la caste classique. C'est un pionnier en chambre, chambre froide et figée. Pensant à l'étroitesse des références et de la culture qui y est attachée, je ne peux que le plaindre, que les plaindre (voir l'avis des trois jeunes compositeurs soumis à un identique questionnaire : il y a là de la sclérose, de la rouille : ils sont déjà immensément vieux).
Quelle musique peut-elle sortir d'un bunker (l'IRCAM) où des clones s'incarcèrent à longueur de jour pour le tripotage d'un mégahertz déjà momifié ? Satisfaction. Suffisance. Fermeture, quoi qu'il en soit. Et certitude. Boulez dit ne pas détenir la vérité, alors qu'il l'est tout entière en tant que représentant... Il n'est pas de ce monde. Il n'est plus de ce monde. Le monde dont il parle, et depuis lequel il parle, est un monde d'égarement et de chambre sourde, aveugle. Encore et toujours, il(s) ne parle(nt) pas de la musique, mais d'une musique, celle d'une décomposition, celle d'une mort vouée à l'éternelle répétition : la mort de l'âme, du souffle, de l'émoi, de la grâce. (Et Satie de pouffer, Cage de sourire, et Schnittke, peut-être – pas même cité –, de soupirer, tous trois pétris de la malice et de l'intelligence qui font s'unir émoi et pensée !)

12 avril 1999