« Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume ! » fait Roméo à Marguerite, Marguerite qui ne sait plus où donner de la tête, tant il y a d’affluence aujourd’hui dans le bar, et tant elle est peu accoutumée à ce genre de travail qu’elle accomplit pour la première fois, et tant elle est encore accaparée par la vision de cet homme mort revenant à la vie et dont le souvenir n’a fait que s’accentuer depuis qu’elle cavale de droite et de gauche, et de table en table, parmi une foule innombrable qui porte bien haut son plaisir et sa joie d’être là réunie pour les cinquante ans du patron, en ce dimanche pluvieux où exceptionnellement le Turandot n’a pas fermé ses portes.

Anniversaire que Marguerite fête à sa manière, elle qui depuis si longtemps n’a pas connu d’emploi et qui, pour le premier jour de celui-ci (qui lui apparaît par instant comme l’amorce d’une nouvelle vie), et malgré les efforts qu’il exige d’elle, se serait bien réjouie elle aussi s’il n’y avait pas eu sans cesse, se profilant entre les consommateurs, le rappel obsédant de sa confrontation avec la mort de Lazare