Je reviens à Roubaix, me gare chez Géant, fais des courses en me promettant d’aller prendre un café à la boutique dans la galerie, et, tant qu’à faire, d’y acheter du café, du bon.

Du coup, je jette un œil au rayon livres, qui semble n’avoir pas bougé depuis la dernière fois : les deux Sollers sont à la même place, les Amélie ont conservé le même ordre (mais qui peut acheter des livres à Géant ?). Ces Amélie-là, je les ai tous. Je survole, à la recherche de quelque chose de fin. Je tombe sur Shûsaku Endô, Le dernier souper et autres nouvelles, série Folio 2 €. Inconnu. J’emporte. Porte mes commissions dans la voiture, reviens m’installer à la petite terrasse où je prends une part de gâteau au coco et un Kenya. Je me demande à ce moment-là pourquoi cet endroit précisément, galerie de Géant, plutôt qu’un autre, certainement plus agréable ? Mais est-ce si désagréable ? Quoi qu’il en soit, le café est excellent. J’entame Endô avec ma cigarette. Trois nouvelles. « Les Ombres » est la première. Dès les premiers mots, je pense qu’il est parfaitement vain et illusoire de traduire le japonais, que ce que je suis en train de lire, dans sa banalité et sa convention, n’a certainement rien à voir avec la langue et la pensée japonaises. Ce que je lis, je pourrais le lire n’importe où ailleurs, c’est de la convention pure. Pourtant, amusant, il y est question d’un prêtre catholique. Hier, Roman me disait qu’au Japon on fêtait Noël et qu’il y avait déjà vu des sapins. Des sapins ? Noël ? S’est-il trompé ? Il n’est pas question de sapins dans ce texte, mais bien de Catholiques, du Christ et de Noël.

Endô écrit « je ». Est-ce autobiographique ? Sans doute. C’est donc qu’il a été croyant et pratiquant durant sa jeunesse, lui Japonais qui va à la messe. J’attends vaguement une réflexion sur le sujet. Il n’en est rien. C’est acquis, ce n’est qu’un décor au récit.…

 

10 novembre 2003