J'en suis à me demander si je vais le terminer,
si je vais parcourir les quelques pages qui me restent.
Qu'ajouter de plus ?... Je suis agacé, déçu, et de surcroît furieux.
Pour de multiples raisons. Beaucoup trop pour que je les développe ici.
Pourtant : comment est-il possible qu'à vingt ou trente années de distance, l'on retrouve les mêmes défauts, les mêmes maladresses ? Je ne comprends pas. Il écrit beaucoup, il écrit vite, il ne se relit pas. C'est ce qu'il dit. Et c'est sûrement vrai : c'est flagrant ici. À quelques détails près (ses élans, du vocabulaire et des tournures qui lui appartiennent bien), ce livre aurait pu être écrit par n'importe qui d'autre. Et ça, c'est grave. C'est affligeant. Il y a là des poncifs, des clichés,
des facilités, des banalités qui m'ont consterné. Par endroits, c'est franchement mauvais. Certains réflexions sur l'art, l'écriture, sur la vie tout bêtement, frisent le ridicule.
Et ça me rend furieux. De plus, je ne peux pas m'empêcher de penser
à ses interventions télévisées à l'époque de la sortie du livre et donc
du rapt de sa propre fille. Son attitude à ce moment-là m'avait exaspéré.
De plus, ce Dejallieu étant lui-même (du moins dans le rôle de l'écrivain),
je ne puis m'empêcher de penser qu'il y a quelque chose de malsain
dans le fait de cracher sur le commerce du livre et en même temps
de se précipiter dans n'importe quelle émission, de recevoir
n'importe quel journaliste, de se prêter à n'importe quel reportage,
la photo de famille, le chien sur les genoux, la photo au petit déjeuner...
Dard le fait, Dejallieu le fait, et l'un comme l'autre hurlent contre la connerie,
la bêtise, le profit, la manipulation... Quoi qu'on en dise – et c'est indéfendable –,
ça pue. Et dire, comme Dejallieu le dit, qu'il le faut bien, c'est la promotion,
c'est l'époque qu'il le veut, est d'une malhonnêteté infinie.
Ou alors, le pensent-ils vraiment, et c'est pire encore...
Dard se dit écrivain forain (belle formule, malgré tout).
Mais c'est de San-Antonio qu'il parle, le vrai, l'inventeur.
Mais pas de Dard qui, exception faite de Y a-t-il un Français...,
m'apparaît de plus en plus comme un tâcheron...
Ce livre est médiocre, indigne. Et, au regard du sujet, révoltant.

29 mai 1991 (dans une lettre à B***)