Ils se regardent un moment, en silence, immobiles et comme hébétés, puis brusquement tombent dans les bras l’un de l’autre, en riant et pleurant tout à la fois ; puis s’appliquent de vigoureuses tapes dans le dos, avant de se séparer de nouveau, de se décoller l’un de l’autre et de se regarder, accrochés l’un à l’autre par les bras, les bras qu’ils se maintiennent avec force et intensité, comme si chacun craignait déjà la fuite ou la volatilisation de l’autre, une fuite qui serait tout aussi brutale et inattendue que l’ont été leurs retrouvailles il y a un instant.

« Mon vieux Romain !

– Ah, sacré Fiacre ! »

Et de nouveau, ils se font l’accolade, rude et fraternelle, qui les propulse tous deux quinze ans en arrière, en ce matin de septembre où Romain quittait le bourg pour cet emploi de jardinier à la ville, et où Fiacre le regardait partir, pressentant vaguement qu’ils n’allaient plus jamais se revoir.