Dans la rue V., les poubelles passent le mercredi et le samedi matin. Entre 7 h 00 et 7 h 30, mais plus généralement aux abords de 7 h 00, soit un peu plus deux heures après que Françoise a terminé de remonter la rue, son sac plein de multiples détritus.

C'est en effet vers 4 h 30 ces jours-là qu'elle descend de chez elle pour passer en revue toutes les poubelles de la rue, munie d'un ample sac de toile qu'elle parvient généralement à remplir jusqu'à la gueule.

Il lui faut à peu près une demi-heure ; c'est ce qu'elle a constaté au départ, puis calculé précisément afin qu'à cinq heures tapantes elle puisse de nouveau passer le seuil de son immeuble au n° 2 de la rue. Elle y parvient généralement, à une ou deux minutes près, ce qui néanmoins n'est pas suffisant, ne la satisfait pas, car elle aimerait – sans raison particulière, ou alors pour le simple plaisir du défi (ce que son imbécile de mari appelle « challenge », épousant par là la moderne et affligeante tendance médiatrice qui ne fait que le banaliser au lieu de le personnaliser, comme il le croit stupidement) – qu'à chacun de ses retours la fermeture de leur porte d'entrée coïncide exactement avec le bip sonore de la Rolex de son époux qu'elle a préalablement réglée à cinq heures précises.