J'ai bricolé un peu à l’ordinateur, copies, courrier, vague écoute de prises. Avant de me coucher, je me suis dirigé vers la souffrance pour la survoler des yeux. L’idée était de prendre un livre et d’aller au lit. Ma main s’est portée vers la première pile devant moi. Eden éden éden, commandé chez Lise. Je l’ai ouvert au hasard, en ai parcouru quelques lignes, puis quelques pages, debout près de la lampe halogène ; je ne pouvais plus le lâcher. Je l’ai refermé au bout d’un temps, ai tout éteint, suis allé au lit. Je l’ai repris au début en me demandant dans quelle mesure il fallait lire un tel livre. À l’image des Leçons de ténèbres (non, c'est Boltanski ; le titre m’échappe ; il y a « ténèbres », mais même l’auteur, cet Espagnol, m’échappe), je pense qu’il n’est pas nécessaire d’en tout lire. Un tel livre doit exister, sans qu’il soit lu, ou pour le moins, sans qu’il le soit entièrement. Les quelques pages de départ, puis celles du début disent exactement ce qu’il en est, ce qu’il en sera durant les trois cents suivantes. Faut-il tout lire puisque le fonctionnement est la répétition, sans cesse, sans pouvoir reprendre haleine, d’un principe de base, d’un mode d’écriture et de construction, d’un rythme de percussion, de scansion qui va décrire l’horreur jusqu’à l’écœurement, la nausée, le vomissement ? L’argument, et j’allais dire « prétexte », c’est la guerre d’Algérie et son train de saloperies (mais n’importe quelle guerre après tout). L’ai-je lu ou l’ai-je deviné ?

 

25 février 2008