Gildas est en terminale A, alors que Vincent est en terminale C. Le premier n'aime que le « heavy metal », tandis que le second n'aime rien en particulier ; du moins ne sait-il pas ce qu'il aime, ce qu'il peut aimer, car si d'aventure on lui posait la question, il répondrait, spontanément et sans y avoir réfléchi : je ne sais pas. Mais si on lui posait la question inverse, à savoir ce qu'il n'aime pas, cette fois, il pourrait répondre et, non moins spontanément, déclarerait : le hard-rock et toutes ses extensions.

À chaque fois qu'il pénètre dans la chambre de Gildas, il est instantanément pris d'une sorte de terreur molle – la même, identique, invariable, tout aussi présente et tenace – à la vue des affiches, des posters, des emblèmes, des effigies et autres objets d'adoration qui en tapissent et couvrent les murs, en comblent le moindre espace. Non pas tant à cause de la relation évidente qu'elles entretiennent souvent avec une certaine idéologie teutonne récente et pas encore passée de mode – qui ne lui échappe pas, mais dont il se fiche – que du caractère brut d'agression qu'elles constituent à ses yeux, agression visuelle (autant que morale et mentale, c'est fait pour cela) dont il perçoit aisément le ridicule et la superficialité, mais sans pour cela parvenir à la gommer de son esprit, à la réduire en une chose dérisoire et négligeable, ce qu'elle est en définitive.