Je me disais que Chartres était belle, que je ne l'aimais pas vraiment cependant, mais que j'avais beaucoup aimé y être, et précisément à ce moment-là. On ne vit pas à Chartres. On y passe. À la rigueur, on s'y arrête. À l'instar d'autres villes – comme Bruges, puisque le nom me vient à l'esprit, ou comme Bayeux, quoique je n'en sache pas grand-chose, mais je me fie à mon impression –, villes qui semblent irréelles, anachroniques, qui ne semblent n'exister qu'au moment où nous y sommes et disparaissent aussitôt après que nous les avons quittées, car ce n'est que dans nos esprits qu'elles ont été – encore que je visse Chartres moderne, bruyante, agitée et j'ai été presque stupéfait au sortir de la gare de la voir calme, presque indolente, petite, presque ramassée, basse, voire écrasée –, à l'instar de ces villes, Chartres est une comme une automobile – ou mieux : une maquette – qui ne prend vie que lorsque l'on monte à l'intérieur ; qui ne s'anime que lorsque cela nous chante...
En ce moment précis, j'ai du mal à m'imaginer, me figurer, que là-bas, sous Paris, il y a une ville comme une image – comme une peinture dans laquelle nous serions entrés – qui existe et qui vit... C'est paisible, c'est quiet. Mais c'est aussi arrêté. Immobilisé entre passé et présent. Le passé qui est dans les pierres, le présent qui est dans les regards qui ne la connaissent pas. Le présent est déchargé de passé, et les habitants sont figés entre présent et passé. Il n'y a que le passant qui puisse lui donner vie. Nous lui avons
donné vie.