Puces, Lys, quatre livres, pas un de moins, dont Le vieil homme et la mort de Giesbert, Folio, avec une photo de Mitterrand usé en couverture, que j’ai entamé quelques minutes plus tard à une table de la buvette dressée pour l’occasion, entre des paquets de frites et des verres de bière qu’avalait la population réjouie, le tout sous les accents de variétés à tue-tête – de celles, modernes, qui ont sucé le sang du rock pour relever leur propre soupe – distillées par des baffles et autres haut-parleurs disséminés le long du parcours par la municipalité qui joue la carte de l’ambiance par l’assourdissement. J’ai souri en comparant les deux : la populace et cet esthète près de la mort, mais encore vivace, qui en remontre au jeune Franz qui le déteste et l’aime tout à la fois. Et bizarrement, j’ai su l’oublier ; suis parvenu (encore que je n’aie fait aucun effort en ce sens) à ne pas entendre ce son pourtant envahissant et agaçant et effrayant, pour me plonger dans ce petit livre dont je ne comprenais pas encore bien la raison d’être entre mes mains, ces mains miennes, à moi qui n’ai pas la moindre conscience politique (ou alors, la suis-je toute), qui me fiche bien de tous les ressorts des mécanismes qui régissent en bien ou en mal un pays. Et pourtant, ça m’a attiré. Peut-être pour une sympathie confuse que je concevrais pour ce personnage qui, il est vrai, et nul besoin de s’intéresser à la marche d’une nation pour cela, a quelque chose qui attire. Qui en tout état de cause m’a attiré. J’en ai lu quelques pages avant que l’ambiance, musique, odeurs, propos et passages mêlés n’aient eu raison de ma résistance. (Qu’auraient été les pensées d’un homme comme Mitterrand déambulant dans les puces de Lys-lez-Lannoy ?).