J’ai achevé La rue profonde. Je l’avais entamé il y a deux jours, face à la télé, je m’y ennuyais un peu. Je l’avais repris à la même place et à la même heure, à la page 73, précisément, en me voyant déjà le refermer et le ranger sans le terminer. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais tout à coup ça a basculé et je m’y suis plu. Je ne savais toujours pas quelle était la part de l’humour chez cet homme (le narrateur – et l’auteur, encore que son visage qui orne la couverture n’est pas celui de quelqu’un qui rigole souvent) qui désespérait d’écrire son poème, mais j’ai été emporté (c'est la belle scène des musiciens dans la rue et la rencontre avec la fille qui a tout déclenché – il fallait bien l’arrivée d’une fille – muse ?). J’ai été transporté jusqu’à la fin sans savoir précisément ce qui m’y attachait, ni par quoi j’étais mené. L’écriture, la réflexion, le ton sont typiques des romanciers de l’après-guerre, entre littérature « classique » et Nouveau roman (je ne sais plus qui a dit que c’est le Nouveau roman qui avait plongé ces auteurs-là dans l’oubli) ; j’avais pensé à Guilloux. Mais s’y ajoutent des accents de fantastique qui me semblent inédits et nappent le tout de brume (une brume poétique ?). Cette brume me plaît. (Qui est la fille, exactement ?)

 

21 novembre 2013