Guénolé aujourd'hui se tait, car Guénolé aujourd'hui est triste.

Guénolé revient de la rue de Verneuil où, à la vue des quidams qui s'étaient sentis le besoin d'avoir la même idée que lui, il ne s'est pas arrêté : il a rebroussé chemin.

Mais ce n'est pas le fait de n'avoir pu approcher qui le rend triste, ni celui d'avoir rebroussé chemin, car aussi bien aurait-il pu se joindre à eux et les imiter sans pour cela pouvoir approcher. Ce serait plutôt de s'être rendu compte à quel point cet appel auquel il avait répondu ne lui appartenait pas, n'était pas une expression de soi mais celle d'un vaste champ collectif qui avec l'affliction et la douleur n'avait rien à voir. Et il se sent floué, dupé. Et de se sentir berné l'amène à penser que l'affliction et la douleur qu'une heure auparavant il pensait légitimes et authentiques sont de même truquées. Preuve en est qu'à cette seule idée, il ne ressent plus rien. Rien, hormis la tristesse, qu'il éprouve à la pensée de ne plus rien ressentir – sauf des restes de sentiments usés et injectés –, mais aussi à la pensée que de tous les quidams qui étaient là-bas, et y sont toujours, à saluer une idole, aucun ne se soit rendu compte que ce qui les anime et les a poussés à se regrouper est factice et illusoire.