Lorsque le guidon d'Honoré remontant le trottoir de l'avenue S. vire dextre pour aborder, sa sacoche aux trois-quarts vide, celui de la rue V., il est près de onze heures.

Ou peu s'en faut. Ainsi il n'est pas rare de le voir virer et commencer de servir le côté impair à midi passé. Tout dépendra du contenu de sa sacoche ; mais aussi du nombre de personnes rencontrées et saluées ; mais aussi du nombre d'arrêts que d'autres personnes – pas forcément plus appréciées car Honoré n'apprécie pas plus les unes que les autres : Honoré aime toutes les personnes rencontrées – lui auront imposées : salut qui aura amorcé on ne sait comment une discussion ou un simple échange de propos ; mais aussi du nombre de sonnettes auxquelles il aura dû apporter son appui et donc du temps que mettront les personnes sollicitées pour se manifester, ou ne pas se manifester, et dans ce cas-là, Honoré a la fâcheuse habitude d'insister car il subodore toujours des occupations en cours qui empêchent une réponse dans un bref délai (le petit coin, le bain, les mains dans la farine, des ébats à leur stade ultime) ; mais aussi du temps qu'il fera, mais aussi et enfin de