« Vous croyez que c’est bien utile de parler de ça ?

– Utile, non. Mais nous aimerions bien savoir.

– Simple curiosité.

– Histoire de parler.

– Oh oui, Mademoiselle !

– Oui, c’est vrai que je ne travaillais pas, et c’est vrai que je restais toute la journée chez moi, et c’est vrai que je faisais semblant de partir le matin et de revenir le soir. Et c’est vrai que je restais dans l’appartement, sans faire le moindre bruit, pour que personne ne sache que je ne travaillais pas, pour que personne ne connaisse ma honte de ne pas travailler, que je ne travaillais plus et que je ne savais quoi faire d’autre que de faire semblant de continuer à travailler, et au moins ça m’occupait... Oui, tout ça, c’est bien vrai... Et ce matin-là – c’était le 3 janvier, c’était le jour de ma fête, une fête que personne ne m’aurait souhaitée –, j’ai fait comme d’habitude : j’ai fermé les stores de devant, puis je suis partie. J’ai fait le tour du pâté de maisons et je suis revenue de l’autre côté pour rentrer chez moi, et là m’asseoir à la table et attendre.