Hier, alors que je fumais au pôle 6, m’était venue l’envie de prendre la voiture et de rouler jusqu’à une terrasse où j’aurais pu lire. Je m’étais promis, si le temps était resté aussi beau, de le faire aujourd’hui. J’étais passé à la librairie jeter un coup d’œil, avais hésité à acheter un poche d’une inconnue, Itoyama Akiko, Le Jour de la Gratitude au Travail. Deux récits simples par une fille certainement très jeune, c’était l’idéal pour une terrasse sous un parasol . Mais encore fallait-il trouver la terrasse. Une fois ma décision prise aujourd’hui, j’y suis retourné, l’ai acheté ainsi que trois autres petits formats de Japonais. J’ai pris mon après-midi et suis parti. Comme but, le Pays des collines dont m’avait parlé Samy avec enthousiasme. C’est à une demi-heure, dans le Tournaisis. J’avais aussi avec moi la brochure qui promettait une merveilleuse randonnée. Mais je me méfiais, et je sais que Samy a l’enthousiasme un peu facile. J’avais raison. Si le paysage révèle des surprises, les localités, en revanche, sont tristes et presque sordides. Je suis sorti à Frasnes, grise, et il n’y avait pas l’ombre d’un troquet et encore moins d’une terrasse. De Frasnes, j’ai pris la direction d’Ellezelles. La campagne est jolie, mais Ellezelles quelconque, de ce gris wallon un peu sale malheureusement très répandu. Sur la place de l’église, il y avait une terrasse, l’unique de cette petite ville où, pourtant, selon le guide, figurent une dizaine de restaurants. Je n’en ai pas vu un seul. Je m’y suis installé, ai pris un café et ai lu le premier récit « Le jour de la gratitude au travail », qui est exactement tel que je m’y attendais, langage moderne un peu branché d’une jeune chômeuse. C’était parfait. Puis j’ai décidé de me diriger vers le Mont de l’Enclus. Sur la carte figure une multitude de lieux-dits et de villages. Je n’en avais pas vu un seul sur la route entre Frasnes et Ellezelles, sauf un panneau indiquant St Sauveur en direction de l’Enclus. Près de l’Enclus se trouve aussi la mythique Amougies où, il y a près de quarante ans, il y avait eu le festival du même nom avec entre autres Beefheart. Il n’y a pas un seul bistrot à Saint-Sauveur et finalement j’ai abouti à Amougies, minuscule et déserte, où, à un carrefour, se trouve un troquet avec une terrasse et un parasol. J’y ai lu le second récit « J’attendrai au large », histoire de mémoire, de fantômes et d’informatique, pas mal du tout. De même c’était parfait pour la circonstance. J’ai été tenté d’y en entamer un autre, mais le ton ne s’y prêtait pas. J’ai renoncé à aller voir de plus près le Mont de l’Enclus et ai repris la route de Tournai sans bien savoir où j’allais m’arrêter.

 

5 juin 2010