On regardait Un long dimanche de fiançailles. « Je ne reconnais rien, tout a été changé, on dirait une autre histoire ! » C’est ce qu’elle m’a dit. M’a-t-elle proposé de me le faire lire, je ne m’en souviens plus. C’était il y a deux mois. L'autre jour, au retour des puces, elle m’a tendu un livre, Folio, qui était Un long dimanche de fiançailles. Je m’en suis un peu étonné : « Why ? » « I don’t know, just in case you want to read it. » J’ai immédiatement pensé aux deux piles (plus la dizaine en bas) qui m’attendaient sur mon second bureau. Je l’ai remerciée, je suis monté, l’ai posé sur le sommet de la deuxième pile en me faisant la fausse promesse de le lire bientôt. Le lendemain, mon regard l’a accroché alors que je passais devant le bureau. Je l’ai pris, l’ai feuilleté, ouvert, en ai lu la première ligne, puis la deuxième, puis la troisième, puis la première page. Ce que m’a aussitôt accroché, c’est l’écriture. Je n’avais jamais lu Japrisot, j’avais l’idée d’un écrivain grand public, ce qu’il doit être, j'avais vu L’Été meurtrier. L’écriture ne correspondait pas du tout à l’image que j’aurais pu m’en faire. J’ai basculé la première page, puis la troisième, me suis assis et me suis mis à lire. C'était la nuit, je l’ai emporté au lit. Je l’ai repris le lendemain, je l’ai terminé hier soir dans une espèce de vague brume dont je ne suis pas encore tout à fait sorti… Au fil de la lecture, il y a eu deux questions : l’écriture allait-elle faillir, cette écriture qui m’avait aussitôt emporté, et le texte correspondait-il à ce que j’en avais vu sur l’écran ? L’écriture m’a emporté jusqu’au bout, mais aussi l’histoire, cette étonnante histoire qui, à quelques détails près, était exactement la même. Éléonore se trompait (à ce point ?), le film est extrêmement fidèle au texte, et le plus étonnant dans tout ceci, c’est que j’avais le souvenir précis, dans ses moindres détails, de son déroulement jusqu'aux dernières images, et que je l’ai lu (relu) comme si je n’en connaissais absolument rien. L’esprit est une chose magnifique…

Une chose me fait tiquer : pourquoi, dans le film, Mathilde feint-elle d'être handicapée ?

 

18 août 2011