Cela fait des mois que je l'ai commencé, achevé il y a un instant. Des années que j'attendais de le lire, que j'attendais l'occasion de le lire dans le texte. Voilà qui est fait... Des années d'attente, puis des mois pour le lire, par petites doses, le plus souvent à voix haute. Des mois pour bien m'en imprégner, mais des mois aussi parce que l'intérêt n'a pas toujours été égal... Qu'est-ce que je peux en penser à présent que je l'ai terminé ? Je me suis souvent posé la question en le lisant : qu'est-ce que je pense exactement ? En parlant un jour à Richard, qui dit l'avoir trouvé magnifique, j'ai dit : « C'est très grand, c'est magnifique, mais je crois que ça me gonfle un peu... » Si je l'avais lu il y a quinze ou vingt ans, j'aurais été foudroyé. Aujourd'hui, avec en moi une multitude d'écrits et de lectures que je nommerais « expérimentales » – en tout cas autres, déviantes, bifurques – et qui, je m'en rends compte aujourd'hui ont largement puisé dans ce texte où tout le langage est mis à nu, revu, bouleversé, pensé, repensé, je ne me sens aucunement pris, emballé. Je suis séduit, voire admiratif, mais pas emballé – et c'est dans les deux sens, propre et figuré, que j'emploie le verbe. Mais la question n'est pas de savoir si j'aime ou pas, ou s'il faut aimer ou non. Il ne s'agit pas d'aimer ou non, mais simplement de reconnaître, de saluer, de louer (mais j'avoue tout de même un grand plaisir à la lecture de la dernière partie, sans ponctuation, qui est étonnante – et ce, non pas du fait de l'absence de ponctuation, procédé qui depuis soixante ans s'est bien usé)... Et puis, il y a le contexte, soit l'Irlande. Donc une multitude de clefs, de références, de clins d'yeux qui ne peuvent que m'échapper – et qui échappera sans doute à l'immense majorité des lecteurs qu'ils soient étrangers au sol anglais (!) ou non. Ça gâche. Ça gâte. Ça frustre un peu (c'est bien « frustre » qu'il faut lire !)...

Une multitude de notes, dont la grosse majorité sont consacrées à V*** qui semble avoir la faveur de Joyce...