Nous sortons de chez Seda, Susan se propose d'aller se faire faire les cheveux chez le fameux « barbier philosophe » du guide Secret Brussels. Je rechigne, les suis malgré tout. C’est à deux pas, rue de l’Hôtel des Monnaies. L'enseigne est un crâne ouvert par un peigne, la vitrine est aveugle. Nous poussons la porte qui donne sur une grande pièce très sobre. Les murs sont garnis d'une quinzaine de toiles et, dans la première partie, c'est du reste la première chose que l'on voit, trône un unique fauteuil de coiffeur face à un miroir. Il y a là deux hommes, d’une cinquantaine d’années, assis dans des sièges bas. « Nous pouvons entrer ? » « Bien sûr, c’est fait pour cela. » Il est benoît, souriant, on devine que c'est le propriétaire. Nous jetons un œil, puis Susan demande si elle peut se faire couper les cheveux. « J'attends quelqu’un, » dit-il, mais passe un coup de fil, l'informe que la personne viendra plus tard. C’est alors qu'elle se tourne vers moi et me dit : « Non, toi, fais-toi couper les cheveux. Je te l'offre pour ton anniversaire. » Je suis interloqué, refuse ; elle insiste, et à force d’insistance parvient à me faire accepter d’aller m'asseoir face à la glace. Gestes doux, lents, mesurés, il fait pivoter son fauteuil, penche le dossier en arrière, me lave les cheveux. Nous papotons. Il me dit qu’il est éditeur, qu'aimant à la fois l’art, la coiffure et les livres, il a joint les trois pour créer ce lieu. Il me questionne à son tour, je lui parle du Lys, de mes écrits, de mes doutes en tant qu'éditeur autant qu'écrivain. La conversation se poursuit tout le temps de la coupe. Puis : « Cela vous convient-il ? » Parfait. J’acquiesce avant de le rejoindre au petit comptoir qui constitue, avec un petit meuble bas empli de livres et les deux sièges, tout le mobilier de la salle.