À leur sortie de l’église Maria Assunta, nous sommes allés à la « Casa 600 », le restaurant un peu chic près du Ponte del Diavolo. S’y trouvait un rabatteur, j’hésitais ; Éléonore était tentée, le rabatteur – encore que peu insistant, ou pas très dégourdi –, a fait le reste. L’endroit est très agréable, c’est chic, mais comme il fallait s’y attendre, chiche. Mais très bon. Le décor a aidé à faire accepter la note. Puis nous avons repris la route jusqu’au vaporetto. Je ne savais trop où les emmener et finalement ai choisi Mazzorbo où je n’étais jamais allé en gardant Servolo pour la fin. Mazzorbo est quasiment désert, est relié à Burano par un pont ; un jardin de sculptures consacré à un seul artiste dont je n’ai pas noté le nom y mène. Clémentine et Éléonore ont tenu à l’emprunter et nous nous sommes retrouvés dans Burano et ses touristes. La chaleur était accablante, nous avons trouvé un peu de fraîcheur au Museo d’Arte, dans une église face au campanile penché. Un peintre lagunaire nommé Fontanella y exposait ; classique, de bonne facture, vues de la lagune, avec quelque chose de Morandi, j’étais d’accord avec Pamplemousse (j’y ai laissé la première de mes interventions en tant que pseudo artiste : laisser dans chaque livre d’or rencontré la même trace écrite : « Non so che dire. Gabriello »). Lorsque nous sommes arrivés à Fondamente Nove, l’après-midi touchait à sa fin. Il était prévu que Wilhelm, resté avec Eva pour l’arrivée de Bernhard, fasse à manger ; Clémentine l’a appelé pour savoir à quelle heure il nous attendait. Il était trop tard pour aller à Servolo (de Fondamente Nove à San Zaccaria d’où nous aurions pris le 20 jusqu’à Servolo, puis le retour, ça aurait pris deux bonnes heures). Nous sommes revenus par Cannaregio et le Ghetto avec un arrêt à une terrasse de la Misericordia pour un spritz, sommes tombés sur eux à Giacomo. J’avais vu Bernhardt une seule fois, il y a quelques années, à Calle Corner, il avait passé une nuit chez Wilhelm et Eva ; je ne l’ai pas reconnu. Il parle toujours autant, avec quelque chose d'indéfinissable qui allierait la fatuité à la timidité. Durant le repas dans le jardin, il s’est accaparé Éléonore pour lui parler, principalement et évidemment, de ses livres, dont un traduit en italien qu’il lui a offert pendant l’apéritif. J’ai eu la surprise de découvrir un livre pour enfants illustré : Hanno rubato la barba a Barbagrossa, de Bernhard Lassahn (j’ignorais son patronyme). « What does it mean ? » m’a demandé Éléonore. « On a volé la barbe de Grosse Barbe. Je te le traduirai, si tu veux. » « No it’s all right… » À un moment donné, Bernhard nous a raconté qu’une stèle à son nom avait été érigée dans son village natal. « But it’s a very small village… » Il n’empêche… Après le repas (poulet, tomates mozzarella, pâtes avec sauce aux champignons), tout le monde est allé se coucher