Je passais devant Maxi-Livres. Je venais de la banque. J'ai jeté un coup d'œil en passant et imperceptiblement mon pas a ralenti. Mais j'ai continué. L'ai presque dépassé. C'est alors que je me suis arrêté. Que mon corps s'est arrêté. J'ai jeté un autre coup d'œil, et me suis dit qu'il ne fallait pas, que j'avais déjà trop de choses à lire, que je n'avais pas de liquide sur moi, et que... Je me suis dit tout cela en m'apprêtant à continuer mon chemin, mon chemin qui m'a mené directement face aux rayonnages desquels j'allais, inévitable, tirer je ne savais encore quel livre...
C'est dans la collection Les villes du monde à travers l'Histoire,
étrange ouvrage que je ne cesse de feuilleter tant je le trouve curieux et envoûtant. Lebeck. Où est-ce donc, Lebeck ? Et juste dessous, dans la même collection, Barmi, une ville méditerranéenne à travers l'Histoire. Barmi. Où est-ce donc, Barmi ?
Je feuillette avant l'achat. C'est grand, peu épais.
Il y a quatorze planches d'un dessin très fin et réaliste qui retracent l'histoire, la vie d'une ville du début de notre ère jusqu'à nos jours. Quatorze époques différentes au fil desquelles, sur les planches, dont le cadrage est identique, on suit l'évolution d'une ville. Lebeck, en l'occurrence. Lebeck, qui n'existe pas. Qui est purement imaginaire, mais pourrait être Copenhague, Anvers ou Rotterdam. Ou Lübeck. Mais c'est Lebeck. Et cette histoire de Lebeck imaginaire, histoire s'appuyant elle sur la réalité, m'enchante. Je superpose toutes ces planches et je suis enchanté, émerveillé. C'est proprement étonnant. Et fascinant. Fascination née de la réduction, de la concentration. De la compression. Et de la superposition d'une identique vue qui, au départ nue, vide, à peine quelques cahutes, s'emplit, se peuple petit à petit, se construit et se comble, gonfle et s'anime jusqu'au comble total qui est la ville aujourd'hui. Une ville d'aujourd'hui. Lebeck. Et c'est d'autant plus fascinant qu'elle est imaginaire et qu'il s'agit de dessins, noir et blanc, propres et méticuleux. Lebeck. Et Barmi qui m'attend et que j'irais découvrir demain... Et quel travail incroyable !...

15 avril 1997