Des cartons poussiéreux du garage du vendeur, j’ai tiré pas mal d’exemplaires pour moi, dont Le dernier guillotiné. Pourquoi ce livre ? Lorsque je l’avais tiré de son carton, mon regard s’était aussitôt arrêté sur la photo qui illustre la couverture, celle d’un homme menotté entre deux gendarmes sous la voûte d’une sorte de tunnel. On emmenait cet homme à la mort. Il est jeune, beau gosse, les traits d’un Nord-africain, et j’ai aussitôt pensé à une conversation récente avec je ne sais plus qui au sujet du dernier guillotiné en France. J’avais dit Bontemps, mon interlocuteur un autre nom dont je ne me souviens plus, mais que je ne connaissais pas (ou était-ce Ranucci ?). Tant est si bien que j’ai considéré cette couverture, qu’elle m’a attiré et j’ai posé le livre sur l'une des piles à emporter. Je l’avais oublié et il a resurgi cette après-midi alors que je mettais les livres en ligne. J’étais à mon bureau, je l’ai entamé, en ai lu la moitié dans le rocking-chair, l’ai terminé lorsque je suis monté après le baiser de la nuit. Pourquoi l’ai-je lu jusqu’au bout, je l’ignore. Il y a un avant-propos au sujet de la peine de mort, puis le détail de cette affaire dont j’ignorais tout (écrit avec une partialité souvent confondante et parfois abjecte – à moins qu’elle ne soit comique –, « être diabolique », « monstre », « affreux pervers », « les griffes du diable », qui jurait étrangement avec celui de l’avant-propos, c’est-à-dire celui d’un historien qui expose, analyse, réfléchit – et qui n’est pas écrivain, ce qu’il s’efforce vainement d’être dans le récit de l’affaire sans pouvoir s’empêcher de donner son point de vue sur « l’abominable sadique »), enfin, avec la conclusion et le procès avant la sentence finale, de nouveau le réquisitoire contre la peine de mort. C’est le récit proprement dit – écriture destinée au grand public – qui m’a fait me demander pourquoi je lisais cette histoire, et c’est ce que je me suis dit à plusieurs reprises : « pourquoi je lis cela ? », et je pensais à ces émissions télévisées, genre « Faites entrer l’accusé », devant lesquelles j’avais eu le malheur de m’asseoir pour ne plus décoller du fauteuil jusqu’à la dernière image, alors que c’était mal fichu et racoleur ; oui, pourquoi s’attacher à des sordides affaires de meurtres ? Je m’y suis attaché, ça m’agaçait, j’avais du mal à le lâcher et suis allé jusqu’au bout. Le bout rattrape et constitue avec l’avant-propos le véritable intérêt de ce texte : la peine de mort, autrement dit, comment est-il possible qu’il y a quarante ans, dans ce pays, on coupait encore un homme en deux ? (« Couper un homme en deux », la formule est revenue à plusieurs reprises – est-elle de lui ? – et elle m’a frappé, et me frappe beaucoup plus que la « simple » décapitation, ou « couper la tête d’un homme ». Couper un homme en deux…) (Je peine à écrire. On dirait que je n’ai plus envie d’écrire…)

 

21 octobre 2015