Pendulus peut aussi prendre le sens de léger, inconstant.../J’ai été particulièrement heureux hier de prendre la Mercedes, malgré mes appréhensions et, nouveauté, le toit ouvrant qui à présent fait des siennes ! Il n’empêche : je ne suis pas prêt de m’en séparer. Quoi qu’il arrive.../(celles de Sylviane)/À l’instant, comme une apparition, Dorothée qui se matérialise devant moi, munie d’une tasse de thé et qui me dit qu’elle va passer deux heures ici parce qu’elle n’a pas de clef pour rentrer « là-bas ». Comment fait-elle pour ouvrir la porte d’entrée sans le moindre bruit, pour gravir l’escalier menant au grenier sans faire craquer les marches ???/« J’ai forcément quelque chose ! On n’a pas des pertes de connaissance comme cela, sans raison ! Je dois avoir quelque chose à la tête. Je vais demander à passer un encéphalogramme ! Je dois avoir une tumeur ou quelque chose ! »/(Je m’étais dit que j’écrirais plus tard dans la journée : il est 9 h 30, et j’y suis déjà. Rien à faire (double sens qui m’apparaît à l’instant : rien à faire, ce qui ne veut pas dire que c’est l’inaction qui me pousse à écrire – mais je n’irai pas jusqu’à l’irrésistible)./(voir la discussion avec Anne hier)/Il me propose une Opel Corsa qu’il aura dans un mois. Susan et moi la lui paieront.../Pascal qui me remet la photocopie du règlement intérieur de la Vinaigrerie Dessaux en 1880. Je l’avais déjà vue circuler il y a une quinzaine d’années. Ça n’en reste pas moins édifiant. À reproduire.../Une chose étonnante : je ressens le manque, alors que jusqu’à ce matin, je pouvais, sans le moindre problème (y pensant, forcément, mais en n’en ressentant pas le manque physique), traverser 3 ou 4 heures sans la moindre bouffée. Est-ce l’application effective de ce nouveau plan qui est la responsable de cet état que je n’avais pas connu à ce degré d’acuité, d’intensité, depuis deux ans et demi ?/(comment les autres se comportent-ils face à eux-mêmes ? comment, pourquoi écrivent-ils ? quelles sont leurs trucs, leurs manies ? et beaucoup de choses instructives et étonnantes à ce titre !)/(lettres que PL a reçues suite à sa demande (annonce) dans les médias)/Samedi, ZITA. Nathalie m’avait appelé la veille pour me rappeler ce vernissage qui, du reste, m’était complètement sorti de la tête. Je promets d’y passer. Ce que je fais./Au bout d’une demi-heure, nous nous éclipsons/J’attends avec fébrilité de prendre possession de février tout à l’heure, en fin d’après-midi.../Je sais, par expérience, que le journal plaît, attire, séduit. Si mon journal séduit, ce n’est pas parce que je suis extraordinaire, mais parce que lui, le journal, l’est, extraordinaire. Chaque élément pris séparément est parfaitement ordinaire, mais leur agencement leur confère un caractère extraordinaire./Il est 10 h 45./En fait, c’est davantage la tenue générale du paquet de pages qui laisse à désirer (défaut dû au gondolage, malgré tout). Il subsiste quelques exemplaires voilés, mais j’avais prévu un excèdent au tirage./Coup de fil d’Annie. Les réparations ont été estimées à 35 000 F. Pas de regret, donc./(En définitive, lire les journals personnels des autres, que ce soit sur Internet ou non, ne m’intéresse en aucune façon ; ce qui m’intéresse, c’est la recherche d’une personnalité dont la représentation graphique sur l’écran – que ce soit de l’écrit ou de l’image – pourrait me fournir un point de départ, une idée, l’amorce d’un chemin.)/L’amorce d’un chemin : je l’ai (c’est PL qui me l’a indiqué : Mongolo). Mais ce chemin est bouché, en ce sens où il a appliqué une idée que j’ai appliquée à la Rue sans penser à l’appliquer au journal : celle du renvoi à d’autres parties par le lien. Je lui en veux un peu. J’ai survolé, il était tard. C’est vrai qu’il y a là quelque chose de différent. Mongolo propose d’avertir le lecteur par émail à chaque nouvelle entrée. Sorte d’abonnement. Je me suis abonné./Pascal me parlait./Par contre, entorse à mes habitudes : j’ai fumé la cinquième dans la voiture, entre La Madeleine et Roubaix, après avoir déposé Sébastien chez lui. J’avais longuement hésité. L’heure était dépassée d’une demi-heure. J’avais vraiment envie de fumer. J’aurais pu patienter, attendre une vingtaine de minutes, mais je crois que la fatigue aidant, j’en avais vraiment besoin à ce moment-là. Quoi qu’il en soit, je constate que le manque est nettement plus accentué que lorsque je ne me préoccupais pas de l’heure. Étrange !/Après avoir survolé le journal de Mongolo (daté, précisément, calendriers à l’appui), j’ai jeté un coup d’œil aux miens. Rien de bien satisfaisant./Pas de goût à écrire. Mais le devoir… on connaît la chanson. Pas de goût d’autant que la perspective de l’enregistrement me force à y penser beaucoup, énormément. À penser au journal, mais aussi aux publications en général, au sens exact de tout cela. Quel sens cela a-t-il, dans le fond ? Je passe…/Je me pose la question du rapport de ce week-end./Qu’ai-je à faire d’une prestation dans une ville que je n’aime pas et avec laquelle je ne veux avoir aucun lien ?/Il n’habite plus chez ses parents./c’est propre/Cyril me fait écouter Le train fatal version Raoul. Grotesque. J’ai même risqué le mot « vulgaire » qui, une fois n’est pas coutume, s’appliquait parfaitement à ce que j’ai entendu…/Casa : erreurs de dates, erreurs de faits ; il n’en fait qu’à sa tête, agence son écrit comme ça lui chante ; c’est véritablement une histoire dont il soigne les routes, les détours, les surprises./Je n’en sais rien./11 h 30. Je viens d’effectuer une première lecture de Rok sur papier. Je vais entre plaisir et dégoût. De plus, près de 40 pages, c’est trop. Couper, encore couper. (Dans l’ensemble, rien de bien différent. Je n’y suis pas encore. Et toujours l’hésitation entre le rapport réel la fiction – voir l’épisode du Touquet que j’ai envie de transformer sans parvenir à le faire du fait que Caroline et Andrew seraient peut-être contents de lire ce passage qui les concerne !)/C’est Francko qui vient de me l’apprendre au téléphone./(je l’ai noté sur le calendrier à ce moment-là)/(ce qui, maintenant que j’en parle, était doublement singulier puisque c’était bien avant que nous en soyons au dessert)/ce que d’une certaine manière, était vrai dans la mesure où nous étions déjà venus plusieurs fois/et qui, à une autre époque, avaient été séparés par un mur sectionnant en deux la cour pour que les deux séparément soient vendus : la maison pour habitation, les locaux pour le commerce./(ce qui ne m’a jamais gêné le moins du monde : jamais je n’ai ressenti la moindre gêne, alors que je savais que depuis l’immeuble d’en face, la majorité des occupants avaient directement accès à la moitié de l’appartement)/(Il est 14 h 45 et j’achève ma cinquième cigarette. C’est ce que m’aura coûté cette longue relation. Moralité : beaucoup de manuscrit, beaucoup de tabac…)/(Derrière moi, tandis que j’écris, un orchestre beethovénien qui s’échine à essayer de me prouver l’utilité et l’efficacité du tomahawk dans la confection du bœuf braisé…)/le coup du « tour en Belgique » pour dépenser les derniers francs, j’aurais dû me méfier/(et c’était en outre une occasion de profiter d’une des rares fois où je suis passager)/Susan ne comprend pas pourquoi je ne suis pas intéressé. Mais qu’irais-je faire durant deux mois dans un pays qui ne m’est rien et où je ne ferais rien de plus que ce que je fais ici ? et où je ferais certainement moins puisque j’y prendrais du retard à la fois sur les publications et sur la préparation, entre autres choses, du journal intégral ! (sans parler du site…)/Sur le coup, je pense à la CRAM, un mois de congés sans solde à demander, mais surtout à la précarité actuelle du poste, ici, ma place aux archives, que je ne serais pas sûr de retrouver à mon retour/(revoir formulation !), soit : Wittassek est un ami d’Anne et Janusz et le moins que je puisse faire, c’est d’en parler afin qu’eux ensuite puissent le lire./Il est 17 h 00. Toutes mes pensées sont concentrées sur Varna et Gammarth dont j’ai déjà effectué plusieurs relectures cette après-midi. Je relis à l’instant, coche, note, rature, ajoute. J’ai finalement abandonné les autres idées (coupures, rejets d’une page à une autre, différence de corps de caractères, voire de caractères) qui sont dangereux, délicats à manier et qui, au bout du compte, pourraient donner un résultat très convenu. Voir toutes les expériences de ce type qui ont jalonné le siècle dernier…/Le journal intime : il ne m’est pas facile de feindre dans ce domaine qui m’est tout à la fois si familier et si étranger. Si familier en pensée et si étranger dans les mots. Je crains que très vite il devienne mon confessionnal (rehaussé de dorures d’épopée, bien entendu).../Cassettes de Barthes que je réécoute. « Un peu de savoir, beaucoup de saveur. » Quel est le rapport étymologique, sémantique entre les deux ? Savourer le savoir... Jean me confirmera que l’étymologie est la même : sapio (qui donnera sapor-oris : goût, saveur) : avoir du goût, sentir par le sens du goût, avoir de l’intelligence, se connaître en quelque chose ; d’où sapiens, et sapientia : intelligent, intelligence, sagesse.../St Valentin. Bonne fête, ma chérie !/Ai-je parlé de la proposition qu’on lui a faite pour un emploi dans une tout autre direction, traduction et interprétariat, qui la libèrerait enfin du poids de l’enseignement à l’EDHEC ? (Qui supposerait des allers et retours en Angleterre, voire des séjours ; inutile de dire que je ne vois pas ça d’un très bon œil ; mais bon…)/Il dit comprendre la nuisance que ses travaux apportent à notre intimité, mais qu’il ne pourrait faire autrement, que cette partie était prévue pour recevoir des bureaux qu’il louerait et qu’il devait donc percer des fenêtres. Que dire à cela ? Rien s’il est dans son droit, et je ne dis d’autant rien que la seule chose qui me tracassait, c’était la perspective d’y voir débarquer une ou deux familles ce qui aurait été autrement plus gênant que des bureaux./Une phrase LYS : « L’autre soir, une rivale lui a fait porter des lys empoisonnés. » Pas mal. (Depuis Wenders, je ne peux plus voir « rival » sans immédiatement penser à « avril »…)/Je ne suis pas sûr que ce soit le journal en soi qui m’intéresse, mais plutôt la trace écrite (contrainte) que je mets en stock…/Sommes surpris de ne pas trouver d’autres personnes de notre connaissance et je me demande encore pourquoi ils les ont invités en même temps que nous pour cette première fois où nous y allons « personnellement », ou plutôt d’une manière plus intime./Charmants tous les deux, mais à mille lieux de nous./Elle me faisait penser à une fille que j’ai vaguement connue il y a une vingtaine d’années, petite amie de J***-M***. Il y avait beaucoup de ressemblances, de similitudes. La grosse différence, c’était le sourire, très beau, attirant, sensuel, qui du reste appartenait à quelqu’un d’autre. Je connaissais ce sourire sur un autre visage, visage sur lequel je ne suis pas parvenu à mettre un nom. Mélange de connaissances, et c’est ce qui a attiré mes premiers regards. Qui étaient de pure curiosité. Qu’elle a remarqués. Mais ce n’est pas ce qui l’a poussée à me regarder. Je crois qu’elle a commencé à me regarder dès mon arrivée, dès mon premier regard sur elle. Je crois que d’emblée, au premier regard, il y a eu quelque chose entre nous./11 h 15. Il neige.../Le sort d’Annie me préoccupe beaucoup./Je m’imaginais que la suspension de la publication papier du journal allait m’être insupportable. C’est tout le contraire. C’est à peine si j’y pense.../Je m’étais dit qu’il faudrait dix minutes pour les corrections et qu’à 10 h 00 au plus tard je serais à Flash-Copy pour l’impression. Je suis arrivé à 9 h 15 chez Texto. Mais Didier, qui d’ordinaire s’en occupe, n’était pas là. Congés. André ne connaît rien à QuarkXpress et ne sait rien du fichier déposé par Lionel. Lionel qu’il appelle. Qui, un quart d’heure plus tard, arrive et fait lui-même les corrections. Le tout a fait que ce n’est qu’à 11 h 00 que je suis arrivé à Flash-Copy. Ce pour découvrir que la machine était occupée. Ce n’est qu’à 11 h 45 que j’ai pu commencer l’impression. À 13 h 00, tout était achevé. Ça repose dans le coffre (il est 15 h 00) et demain matin, je déposerai le tout chez le façonnier./Je demande ce matin à Susan ce qu’elle a pensé de la dernière livraison de la Rue. Elle ne sait que me répondre. En fait, répond par le silence. Dix minutes plus tard, elle me demande  pourquoi je m’étais imposé la règle de ne pas revenir sur les tableaux écrits (elle ne parvient pas à croire que j’aie pu me souvenir de tout sans consultation, ce en quoi je ne vois rien d’extraordinaire), puis me dit que c’est impressionnant. Ce qui m’a agacé. Qu’ai-je à faire d’impressionner !?/(Je me demande pourquoi je m’obstine à me jeter sur le journal tôt le matin : mon écriture est exécrable, j’ai toutes les peines du monde à tenir le stylo, à le diriger sur le papier, et ma tête est dans une poix complète !)/(et écrivant cela, j’ai allumé une cigarette : tout, en un clin d’œil, s’est dissipé et envolé !)/9 h 15. La cigarette, le cahier ! Incroyable ! Il y a dix secondes, je m’étais refusé à cette seule idée ! Puis, mes pensées autour de la dépression, l’ennui, la répétition ayant engendré quelques réflexions, je me suis dit qu’il serait dommage de les laisser se perdre. Alors, la plume. Mais avec la première bouffée, la plume s’alourdit (et avec elle la pensée à laquelle il a fallu une bonne dizaine de secondes pour trouver le verbe « s’alourdir » – qui, du reste, n’était pas celui que je cherchais !), peine, renâcle (etc.).../Je ne la reverrai donc pas.../Ai entamé une seconde relecture de La Barge. La Barge date de 1987. Je suis impressionné, épaté, attiré, séduit ; je me suis tellement éloigné de la fiction que j’ai du mal à croire aujourd’hui que j’ai pu, à un moment donné, écrire des textes de ce type. Vais-je être amené un jour à en écrire de nouveau ? (Drôle de question à se poser, comme s’il y avait du regret, ou une attente quelconque !) Quoi qu’il en soit, je suis enthousiasmé. Je le relis, le remanie, et le diffuserai pour les émaillés. Ensuite, j’en ferai un livret. Parallèlement, je le siterai peut-être./(Vaseux ce matin. J’ai l’impression d’avoir fumé deux paquets de cigarettes – alors que ma consommation n’a en rien changé ; ou alors dans le sens de la baisse puisque hier je me suis arrêté à cinq...)/et, pour je ne sais quelle raison, ne viendra pas et je n’ai pas eu de nouvelles depuis (ce qui n’est pas tout à fait vrai car le lendemain Susan m’a dit qu’il y avait un message de sa part sur le répondeur pour savoir à quelle heure je m’y rendais)/Wanda m’avait prévenu qu’il y avait bcp de monde le samedi (nous étions vendredi !)/Il les proposera à 500 F pièce, ce qui m’a surpris. C’était une exposition, certes, mais d’un caractère un peu particulier dans la mesure où elle réunissait un certain nombre de peintres, de plasticiens dont le point commun était la Pologne, soit des Polonais, d’origine ou de souche, vivant en France. J’y voyais plutôt une rencontre à caractère amical qui pouvait se dispenser de la vente, pour le moins lors du vernissage. L’introduction d’argent m’a un peu choqué surtout venant de sa part…/Alors, pour ne pas regretter tout à fait/(et je n’en ai pas le courage, pas aujourd’hui en tout cas)/Dans un récent émail, Sébastien m’informait qu’il avait trouvé Le temps immobile. Je lui ai répondu que je ne voulais rien en savoir. Je viens de l’avoir au téléphone : « Rassure-toi, me dit-il, ça ne ressemble en rien à ce que tu fais... » Il n’empêche, ce n’est pas le moment…/France-Culture : c’est le 19, à 13 h 30, à la Piscine. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur raconter : je suis complètement déprimé !/Je me suis demandé si V*** y était ce jour-là./(Idée pour une saga : À la quête du Nobel, en douze épisodes par an durant vingt ans !)/Hier, Pascal qui revient complètement décomposé de la visite médicale : « Vous ne savez pas ce qui m’arrive ? J’ai pris trois kilos en un an !" » Pascal ne fait pas 70 kg. Nous pensions qu’il plaisantait. Pas du tout. « C’est la quarantaine », dis-je. « Justement, c’est ce qui m’inquiète ! » Pascal a beaucoup de mal à accepter l’idée de la vieillesse, va vieillir difficilement…/16 h 00. Coup de fil de la productrice de Multipistes qui me propose un enregistrement privé du fait de mes réticences à passer devant un public ! Passée la surprise, je l’ai remerciée et lui ai dit de ne rien changer à leurs projets. Pourquoi n’ai-je pas accepté ? (Curieusement, cela m’a redonné confiance/Nous rebroussons chemin. À une centaine de mètres de là, nous arrêtons à une boutique de cuisines. Fermée. Puis à une supérette que Susan tenait absolument à visiter. J’en ai profité pour entamer le Tchekhov dans la voiture, avec beaucoup de peine à cause de mes cervicales qui ne m’ont pas lâché de la journée, et encore à présent je les ressens./Je viens de passer une demi-heure allongé dans l’attente que la douleur des cervicales se calme un peu. Ça s’est calmé. Il y avait longtemps qu’elles ne m’avaient pas infligé de telles douleurs une journée durant…/Saisie directe, 17 h 00. Soleil toujours, quoique froid. Ai travaillé en partie à mon bureau, l’intégrale, quelques rangements de papier, les archives. Petite sieste qui n’a consisté, première, qu’à nous blottir l’un contre l’autre, sans nulle envie particulière, pour elle comme pour moi. Il faudrait que je me décide à entamer la préparation de L’Intimité, soit, dans un premier temps, séparer le Journal en mai du reste…/De 9 h 45 à 10 h 45 : une heure passée au distributeur avec Fraquet qui nous raconte des histoires de la Caisse. Tout va bien…/Les chocolatiers. J’ai retrouvé le fameux chocolatier d’Herseaux. Il s’agit bien de Marlier, mais ses chocolats sont vendus sous le nom de DE LÉAUCOUR. L’ouvrage date de 1995, ce qui lui a largement laissé le temps de déménager…/(Vivre avec son monde. Expression à trois sens desquels prévaut celui du « monde à soi », c’est-à-dire celui qui nous constitue et dont on est constitué. « Vivre avec son monde » porte l’idée d’une ouverture, alors qu’en vérité, c’est un repli sur soi…)/En fait, je me rends compte à la saisie que c’est « vivre avec son temps » que je voulais dire ! D’où sort donc cette altération ? Quoiqu’il en soit, c’est exactement la même chose…/Soleil et fraîcheur toujours…/Saisie directe, 14 h 00, il pleut (j’allais dire : enfin !). Rien de particulier : week-end calme, à la maison. Susan est dans la chambre de Paul à travailler, je viens de mettre à jour mes archives./Je me demande même si je ne crains pas davantage la scène que la radio. Ce qui, en fait, est assez normal dans la mesure où en musique l’erreur ne pardonne pas./Francine m’apprend que Claudine se fait opérer aujourd’hui ; que Jacques est bien rentré d’Afrique ; que le 29 juin, elle fête son anniversaire à Gussignies, chez Dany…/Demain, 18 h 00, chez Jean, la séance d’enregistrement…/Cette nuit, rêve puissant mettant en scène la petite blonde. Étrange…/Demain, nous nous rendons à Bruxelles. Susan doit rejoindre une de ses amies de l’Open Université ; elles passeront la journée ensemble à je ne sais quelles réunions entrant dans le cadre de leur cours. Je ferai quelques bouquinistes, tâcherai de voir une exposition ; ai vaguement prévu aussi de retourner à la Bibliothèque Royale pour y reprendre nos recherches au sujet de Morialmé. Il serait bon aussi que je prenne un bon calepin afin d’entreprendre ce que je n’ai pas la moindre envie de faire maintenant : le rapport détaillé de cette journée…/(le coup de fil de Francko d’hier me tracasse ; finalement, je ne l’ai pas appelé. le ferai ce soir.)/(Je viens d’achever ma cigarette ; j’ai l’intention d’en rallumer une ; ai l’intention de même de ne plus me restreindre – ce qui n’ôtera pas la culpabilité et c’est bien là le problème !)/(J’ai l’impression qu’il s’est efforcé de donner un tour intellectuel à l’interview, tour qu’en général il n’adopte pas.) J’ai l’impression qu’il m’aime bien, que je l’intéresse. Il m’a fait comprendre qu’il désirait continuer à recevoir les publications (il n’a pas dit qu’il allait s’abonner)./(je suis à la recherche du troisième adjectif qui vient de m’échapper, et le cherchant, mes idées s’embrouillent et mon regard se pose sur le paquet de tabac qui va aider à éclaircir tout cela et en même temps me mettre sens dessus dessous, première cigarette sur une gueule de bois !)/(il serait peut-être bon que je reporte la rédaction de ces lignes ; je ne suis décidément pas en forme !)./Dimanche soir au téléphone, j’avais longuement parlé à Francko de ma position vis-à-vis de ce groupe dont je fais partie, mes réticences, mon manque d’envie de me produire devant un public (en-dehors du trac, bien sûr), le peu de plaisir que j’en retirerais (ce qui allait en contradiction avec ce que j’avais ressenti et écrit et dit il y a trois ans après le premier concert des Belles endormies où je m’étais senti frustré de n’avoir pas eu davantage de part), mon envie d’en arrêter là…/Hier, suis passé voir Martine à qui j’ai raconté le concert, la radio. À qui j’ai tenté en vain de décrire l’état d’esprit dans lequel je me trouvais depuis lundi soir. Un mot pourtant m’est apparu : conscience ; ou, plus exactement, « prise de conscience » (un autre aussi : absence, soit l’état dans lequel je me trouvais durant le concert)./Je me rends compte, au cours de ces discussions, que je parle de moins en moins. J’y vois souvent de la répétition, parfois de la stérilité (peut-être née de la répétition). J’aimerais, de toute manière, que davantage de temps soit consacré aux langues proprement dites, latin et grec en l’occurrence qui parfois me semblent ne plus être qu’un prétexte à la réunion. Prendre le thé, discuter, et accessoirement s’occuper des textes pour lesquels nous sommes là : c’est exactement ce qui s’est passé hier…/Cours mou à Roman. La mollesse était mutuelle./Je n’ai toujours rien dit de la courée, de la manifestation à laquelle Anne et Janusz participaient vendredi soir…/De là, parlons de B***, elle qui me rapporte l’étrangeté de son comportement ces derniers mois, lié à l’affaire Vladimir et aux obstacles auxquels ils sont confrontés pour faire aboutir le projet. Me parle de la transformation de son physique, et de son visage particulièrement. « Est-ce qu’il ne boirait pas ? » Puis de ses emportements, coups de colère récents qui l’avaient stupéfiée. Ce qui ne m’étonne en rien. Elle n’a pas eu de nouvelles de lui depuis novembre, depuis qu’il lui avait raccroché au nez. Je pense à ce moment-là que c’est depuis novembre que je le relance et que je n’ai pas de réponse à mon « courrier ». Et qu’est-ce que j’attends pour l’appeler ou passer le voir (il y a bien deux ans que nous ne nous sommes pas vus !) ?/Fatigue…/Ai travaillé sur Rok III et enfin ai réussi à faire sauter quelques nœuds, dont celui de la rencontre avec Terry../(de l’écriture entre le brut du journal et la littérature ; je crois que mes problèmes actuels viennent en partie de là : vouloir – inconsciemment – rédiger le journal en ayant en tête sa forme une fois publiée, ce qui aboutit à un style bâtard (puisque je veux immédiatement obtenir la forme aboutie sans me donner la peine et le temps de la réflexion), que j’ai ensuite beaucoup de mal à corriger ; j’en arrive donc à un double travail, à un double souci puisque de toute manière je corrigerai, remanierai)/Francko, Max, Didier vantent la qualité musicale, la qualité de l’orchestration. Ce qui m’a surpris, mais en même temps, je sais qu’il y a des réussites au niveau des compositions, quelques très belles chansons…/Katia est décidément une femme exquise… Du coup, face à cette absence de réaction générale (je m’attendais aussi à un coup de fil de Francine), j’ai pensé que l’émission était un ratage, qu’elle n’avait suscité que l’indifférence, voire l’ennui, et de là l’embarras chez des auditeurs qui n’avaient oser décrocher le téléphone ou se mettre à leur clavier. Tant pis… Il était 1 h 30 lorsque j’ai tout éteint. J’étais fatigué, j’avais trop fumé (ma consommation accuse une augmentation assez alarmante !). Je suis descendu préparer mon sac pour aujourd’hui et suis allé me coucher avec dans la tête les pages que j’avais tapées, un certain 24 et 25 avril d’une année passée où je commençais à préparer les lettres qui allaient constituer le livret à V***. J’y mentionnais ce jour de septembre où, après quelques mois de « séparation », je l’avais découverte le visage « arrondi ». J’ai beaucoup pensé à elle avant de m’endormir en faisant des pronostics pour ce dimanche : sera-t-elle à l’exposition de Det l’F pour célébrer les huit ans de « notre » rencontre ?/qui ne me transmettait pas la voix de Francko qui ne pouvait faire autrement que de m’appeler après l’émission pour me donner son avis. Il ne pouvait en aller autrement. Et pourtant ça ne sonnait pas. Mais peut-être n’était-il pas chez lui, ne l’avait donc pas entendu. Et je me suis demandé dans quelle mesure ce n’était pas pire. Et peut-être l’avait-il oublié. Et m’est venu en mémoire ce que m’avait dit Janusz mardi au sujet de Nuits Magnétiques où serait passé Francko il y a quelques années, chose que j’ignorais totalement. Ou alors, je l’ai su et l’ai oublié. Non, je ne l’aurais pas oublié. C’est donc qu’il ne me l’avait pas dit, avait omis ou oublié de m’en faire part. Et aujourd’hui il n’écoutait pas mon propre passage, ou s’il l’avait écouté, il ne m’appelait pas pour me faire part de ses impressions alors qu’il savait qu’elles étaient importantes pour moi, pour moi qui n’avais pas voulu m’écouter. De même, j’ai consulté mon émail au cas où quelqu’un, Sébastien par exemple qui la veille m’avait demandé de lui préciser le jour de la diffusion, m’aurait laissé un message./Ça m’a blessé. J’ai joué encore quelques minutes avant de monter la rejoindre. Elle lisait. Je me suis étendu à ses côtés et ai attendu. Elle lisait. Alors, au bout d’un moment, j’ai dit : « You forgot. » Puis l’ai embrassée/Avant la fin de l’année, je vais éditer un CD du Journal musical./Il faut de même que je me lance dans une « campagne promotionnelle »… Hi hi./Quel égarement ! Excusable dans la mesure où, à l’instar de la majorité de la population, elle s’en tient à la parole médiatique, inexcusable dans la mesure où c’est là faire preuve d’un manque total de discernement et d’un minimum de réflexion. Et j’ai pensé à ce que j’avais entendu le midi à la radio dans le service, appels des auditeurs (les auditeurs ont la parole !), dont l’un qui dit, sans la moindre gêne ni la moindre honte, avoir voté extrême-droite avec l’intention de voter gauche au second tour. On appelle ça vote de contestation, je crois. Combien y a-t-il de ces sombres imbéciles dans le pays ? et combien y en a-t-il de ceux qui n’ayant pas jugé « utile » de voter au premier tour vont se précipiter aux urnes au second ? Et combien y en a-t-il qui confondent devoir et droit ? et combien y en a-t-il qui, depuis des décennies assistent pépères à l’installation et à la progression d’une idéologie dictatoriale, se croient obligés aujourd’hui de se manifester et de manifester leur « mécontentement » – à l’aide de feux de fortune et de canettes de bière ?/Que j’avais mal compris la question d’Arnaud Laporte au sujet de l’extrait du journal et que je n’aurais pas dû insister sur mon manque de foi, de conviction. Sur le coup, j’ai été étonné, puis me suis souvenu qu’effectivement j’avais mal interprété sa question (lui-même ayant mal interprété le passage) et qu’il y avait eu un peu trop d’insistance de ma part à ce sujet./Je ne crois pas que ça ait une quelconque importance, mais il est vrai que je ne voulais pas que ce point soit abordé. Il l’a été et je n’ai pas su sinon l’éluder du moins l’écourter./Dans la matinée, Susan a lu Rok III pendant que je dormais. Après le petit déjeuner, je l’ai lu au soleil du jardin. Quelques légères corrections de sa part. Puis je suis monté pour la préparation de l’épreuve définitive. J’y ai passé la journée. Dans l’après-midi, Thierry m’a appelé pour me rappeler le passage des Piaf au bel Ouvrage. Je ne l’avais pas oublié et j’avais prévu de m’y rendre au cas où j’aurais eu fini (?!) mon travail sur Rok III. Finalement, je n’y suis pas allé et c’est un bien car je n’ai pas terminé. Des choses à revoir, une relecture à faire…/Ce n’est pourtant pas ces photos-là qu’il a montrées, alors que c’est elles que j’attendais – pour quelle raison ? et qu’est-ce qui aurait justifié une exposition de ces photos-là ?…/« Qu’est-ce que je fais, je la fume maintenant, ou non ? » Il me reste une demi-heure avant la suivante, quatrième du nom. C’est ce que je viens de dire à voix haute : « Qu’est-ce que je fais, je la fume maintenant ou non ? » La suivante est programmée à 19 h 30. Je sais qu’entre 17 h 00 et cette heure-là, il sera très facile de tenir : la route du retour, le chien… n’ai-je donc rien d’autre à écrire ?/Pluie, froid. Trop de froid. Susan hausse les épaules et sourit. « C’est la saison. » Non, ce n’est pas la saison !/Petit tour sur le site de France-Culture où, dans la case Multipistes, mon nom apparaît. Mais sans l’adresse du site ! Du coup, je ne vois pas bien où est l’intérêt de cette émission au contenu vague où il est impossible pour l’auditeur de me contacter directement ! À noter qu’il est possible d’écouter les émissions via Internet…/Honte à moi ! Un émail de Dominique C*** qui s’étonne de ne pas recevoir les journals. Stupéfaction de ma part ; doublée lorsque je m’aperçois que si son nom figure bien sur l’écran, il est absent de la liste imprimée que j’utilise pour les envois ! (Pour une raison qui m’échappe, il me vouvoie alors que nous nous sommes rencontrés autour d’une table de tarot chez Thierry et Patrick !)/Matins de plus en plus difficiles à cause du tabac. Bouche irritée, poumons oppressés./Embarras intestinaux depuis quelques jours. Du côté droit. Serait-ce ma queue de pancréas qui refait des siennes ? (trop de chocolat ?)/Dans deux heures, je suis en congés pour dix jours !/Je n’ai rien dit lorsque Susan a suggéré cet endroit. Pour une fois (peut-être pour aller à l’encontre de la réputation de « grincheux » qui me suit et qui ne fera que se confirmer après l’envoi de Rok III), je n’ai rien dit./(et je songe à la première chose que j’ai vue de lui : une pièce de théâtre dont le premier commentaire que j’ai fait, la première chose qui m’a sauté aux yeux, c’est : quel dommage que ça ne soit pas réduit, épuré, travaillé !)/À l’intérieur des murs tu entends le boum de notre eau fourchant à travers les tuyaux vers un lointain fourneau dans une partie de la maison./V*** s’y trouvait. Je ne me souviens plus des circonstances. Mais elle était extrêmement présente, tant en durée que physiquement. Au départ, distante avec moi, voire hostile. Puis, petit à petit, elle s’est rapprochée. J’ignore jusqu’à quel point, je l’ai oublié. Elle y était plus âgée. Femme déjà./Drôle de rêve cette nuit qui me laisse dans un drôle d’état ce matin. Susan. Passage très troublant qui m’a mis mal à l’aise : un homme, je ne sais qui, inconnu sans doute, qui effectuait des « travaux » sur sa peau. C’est tout ce que je peux en dire.../Onze heures. Je termine ma dernière cigarette de la journée (Guérin en a une aussi à la main sur la photo qui me fait face). Du fait que je vais me réveiller à 3 h 30, Susan va dormir dans la chambre d’amis, Émilie et Yann occupant celle de Joséphine. Elle vient de s’y rendre. Je vais la rejoindre dans quelques minutes./Retour après une semaine d’absence. En me garant sur le parking, j’ai eu l’impression que cela faisait des mois que j’étais parti. Comme si c’était moi qui revenait d’Afrique, et l’état de légère fatigue dans lequel je me trouve ne fait qu’accentuer cette impression.../(un Anglais, lorsqu’il pisse, ne se soucie pas du bruit qu’il produit : le jet bien au centre du trou qui résonne dans tout l’étage !)/Elle a un chemisier blanc dont le décolleté est brodé et qui s’écarte toujours comme si le poids de ses seins était trop important. Qui ne sont pourtant pas de taille excessive, mais peut-être un peu disproportionnés par rapport à sa carrure, et peut-être est-elle un peu maigre : c’est ce que laisse penser la vue de sa gorge et de ses côtes./Mes sandales étaient méconnaissables sous la pellicule de boue séchée, mais elles étaient intactes, avaient supporté ces quatre mois et demi dans la brousse. Je ne l’aurais pas cru./Gênes pulmonaires ce matin. En me frottant la poitrine et en pensant au PREVATT, je me suis dit qu’il serait quand même cocasse que demain, après-demain, j’apprenne que j’ai un cancer.../Yann devait prendre l’Eurostar à 21 h 30 à Lille. Susan a proposé que nous mangio ns au restaurant. Sticky rice. La Grande Muraille était fermée. Après avoir traversé Roubaix et Croix, avons abouti à V. d’Ascq dans le restaurant thaïlandais devant lequel je passe chaque jour, à Sart-Babylone (comment un quartier d’une ville du Nord de la France peut-il s’appeler Babylone ?). C’est la première fois que je trouve un goût différent dans un restaurant asiatique. Très bien. Malheureusement, nous n’avons pas eu le temps de tester les desserts. Yann revient lundi. (Je rajoute à la saisie : le saké, extraordinairement fort et bon, alors qu’ailleurs il est de la liqueur pour touristes !)/Avec Annie et maman, nous parlions du guide de Barker que j’avais traduit. J’ai été surpris d’apprendre que ni l’une ni l’autre n’en possédait un exemplaire. Je leur avais promis de leur en procurer un. Je suis passé ce midi chez Maxi-Livres : plus un seul exemplaire, comme je le craignais. Ont-ils tous été vendus ou pilonnés ? (secrètement, je me plais à penser que je suis un peu l’auteur de ce livre...)/Cigarette avec le café et le latin. Jusqu’à 13 h 35. Heure du café, pâtisserie. Longue discussion avec Pascal et Patrick (de l’atelier de reproduction) au sujet d’Yves le témoin de Jéhovah, avec qui il travaille : de l’histoire d’une famille déglinguée... Retour 14 h 15, reprise du latin... Le ciel se couvre de plus en plus, il va pleuvoir de nouveau. Voilà qui promet pour la fête que Baudouin et Claire organisent le 1er dans leur maison de Seigneuville.../Une adolescente qui, l’alcool aidant, s’amuse avec un adulte. Ou peut-être, d’une manière ou d’une autre (mais je ne vois pas en quoi), était-elle impressionnée, et fascinée.../Ce matin, nous découvrons le panier vide de ses trois chatons ! Où les a-t-elle transportés ? J’ai cherché dans toute la maison. Où a-t-elle pu les cacher ? Sous la baignoire : Paul, Tom et Gaëlle ont vu la chatte les y transporter un à un. Ils y sont toujours. Il y a une paroi en façade de la baignoire. J’ai tâché de voir à l’intérieur. Rien. Depuis je n’ai pas entendu le moindre son. Serait-il possible qu’ils soient morts ?/Maman. Avec Annie que je suis passé chercher. Annie qui n’a toujours pas de voiture (que fait Antoine ?). Je l’ai déposée, suis rentré. La maison était vide. Susan allait rentrer une demi-heure plus tard, retour de chez Rita où s’est déroulé je ne sais quel « événement ». Émilie et Yann, qui y étaient aussi, sont rentrés plus tard. À temps pour ne pas voir ma mauvaise humeur, mon énervement, que je ne m’explique guère !/Hénin-Beaumont, bar-tabac en face de chez Tchiopère. J’attends l’heure de mon rendez-vous. Les habitués donnent leur billet au chien de la maison qui va le porter à la caisse. Je me demande s’il rapporte la monnaie.../mon devoir, simplement... Faire ses devoirs.../Il y a à Babylone une place que j’ai traversée plusieurs mois durant sur le chemin du retour du travail avant de trouver un meilleur itinéraire qui me permet désormais d’éviter un feu. De cette place, avec son église propre et ses maisons semi-bourgeoises, émane une douce sensation de quiétude. Il y a aussi un petit café où je m’étais promis de m’arrêter un jour. Voilà, c’est fait, nous y sommes, terrasse où je viens d’entamer Properce de Benda.../à moins qu’en quatre mots je laisse une trace de la veille !...)/Je fume et je pense à la soirée de samedi durant laquelle j’ai fumé deux cigarettes, deux alors qu’autour de moi les uns et les autres fument et écrasent les cigarettes à la chaîne. Je les regarde avec effarement, ne parvenant pas à croire qu’il y a peu de temps encore, j’étais comme eux, leur ressemblais. Je tire, je pense, beaucoup de satisfaction de ce changement, de cette transformation, de ce terrain gagné. Voilà qui m’incite à continuer, à aller le plus loin possible dans mon entreprise.../En vérité, je ne vais pas bien, mentalement, moralement, intellectuellement (tous ces adverbes pour en dire un seul que je ne trouve pas !). Cela fait un moment, sans que j’aie cherché à en faire état dans le journal. À quoi est-ce lié ? à quoi puis-je l’imputer ? Le journal ? ma vie ? Comme une amorce de dépression. Est-ce le confinement qui me pèse de plus en plus sans que je m’en rende vraiment compte ? Non. C’est en-dehors de ça car c’est aussi bien à la maison. Alors ?/Mes rencontres avec la petite blonde sont de plus en plus singulières et, surtout, de plus en plus éprouvantes. Revenant de la cafétéria, je me dirige vers la porte du sous-sol située face aux ascenseurs. Dont l’une des portes s’ouvre. Elle en sort pour se diriger vers les compteurs à sa gauche. Ce qu’elle fait en braquant son regard sur la cafétéria à sa droite, évitant délibérément de rencontrer le mien. Obstinément fixé sur un point qu’elle ne regardait pas, il était manifestement factice, calculé. Ce que je ne comprends pas, c’est comment elle a eu la présence d’esprit et le temps de le corriger, comme si elle avait su qu’elle allait me trouver là à l’ouverture de la porte ; comme si dans l’ascenseur, son regard avait déjà été prêt, déjà braqué sur un point à sa droite qu’elle savait ne pas avoir à regarder... Pas de bonjour, ni de sa part ni de la mienne. Elle parce qu’elle avait décidé de ne pas me voir, moi parce que j’ai été trop saisi par cette singularité de son comportement./Long coup de fil de Francko qui me parle, entre autres choses, de son projet de bal pour le mois d’octobre. C’était bien ce que m’avait dit Sébastien, mais il y manquait, bien sûr, tous les détails qui, de la provocation gratuite que le projet me semblait être – et qui m’avait mis en colère –, font qu’il s’agit d’une authentique réflexion, et qui sonne un peu plus juste. Je doute malgré tout de son réel intérêt. À suivre.../Non, en fait, ça s’est passé différemment. Nous étions à l’Arbalète, il n’avait pas un sou, il m’avait demandé de lui payer son repas. « Pas de problème. » « Je te rembourserai. Je vais t’envoyer un chèque pour le repas plus trois ans d’abonnement. » J’avais souri « d’accord » en étant persuadé de ne jamais rien recevoir. Mais quelques jours plus tard, j’avais bien reçu le chèque promis.../Drôle de rêve qui m’a réveillé ce matin dans lequel j’étais aux prises avec Francko, discussion ambiguë, houleuse et tendue autour de l’argent, d’une crasse que je lui aurais faite et dont il refusait de me révéler la nature. « C’est pas terrible », me disait-il simplement en grinçant des dents. Ce à quoi je lui ai dit : « Tu sais, toi aussi tu m’as fait des choses pas terribles, et pourtant je n’ai jamais rien dit, les ai toujours tues. Et sais-tu pourquoi je les ai tues ? » Et il ne répondait pas. J’attendais qu’il dise : « Non, pourquoi ? » Mais il ne le disait pas, et j’attendais qu’il le dise, voulais qu’il le dise, et je répétais : « Et tu sais pourquoi ? » Mais il ne disait rien, restait enfermé dans un silence fait de reproche et de vague mépris. C’est là-dessus que je me suis réveillé.../Recherche d’une « solution » au journal par l’utilisation d’Internet. Je cherche. Ai exploité diverses possibilités dont aucune ne me satisfait. (Une note de bas de page est-elle de l’hyper texte ?)/Hier, après-midi passée chez maman en l’honneur de la fête des Mères. Annie, Jean-Michel. Gâteau, café, puis petits pains. Maman nous raconte ses déboires avec l’infirmier et le médecin, l’infirmier qu’elle louait jusqu’alors et qui, dernièrement, lundi dernier précisément (il passe une heure avec elle tous les lundis après-midis), aurait eu des propos déplacés, fait des allusions quant à son état mental./Mes doutes quant à l’intérêt de l’entreprise de Jacques dans laquelle, malgré lui car il est sans calcul, il fait figure du blanc colon, car ont-ils besoin de lui ? sont-ils à ce point pauvres qu’ils aient besoin de l’aide d’un occidental ? C’est ce que j’avais dit en plaisantant à Cyril alors que nous regardions les images de la vidéo prises par Jacques dans le village. Ils sont sans doute pauvres, mais loin d’être dans la misère : ont-ils vraiment besoin de lui, et d’un Blanc de surcroît auquel ils ne comprennent rien ? J’en ai parlé à Susan lors du repas, qui est d’accord avec moi, qui a eu la même réaction, qui dit qu’il y a sans doute des choses beaucoup plus importantes dans le monde auxquelles un homme comme Jacques, s’il veut véritablement apporter son soutien, pourraient se consacrer./Tant que j’y pense, un émail de Luc il y a quelques minutes : le site qu’il vient de créer et qui me laisse assez interdit car je m’aperçois que je ne le connaissais pas, ou du moins je ne connaissais pas ce qu’il faisait, ce qu’il était en réalité. Si j’ai bien compris, il crée des images virtuelles en 3D dont la destination, je pense, serait la commercialisation. Objets divers à tendance fantastiques, très léchés, perfections de la définition et des couleurs. Irréalité. Une espèce de perfection de l’irréel qui, au bout du compte, est assez glacée. C’est trop beau…/Janusz est en train de potasser l’histoire de l’art en vue d’un « examen » qu’il devra passer pour enseigner à l’ARIAP ! Cet examen concerne des centaines de personnes telles que lui qui enseignent, en tant qu’artistes, dans des cellules municipales fréquentées par des particuliers. À quoi donc sert cet examen absurde ?.../Passé chez Verbeke prendre les livres de mai. Parfait. Jusqu’à ce que je m’installe pour coller les plans, moment où je m’aperçois que le rainurage n’est pas fait sur la quatrième de couverture et que le dos n’est donc pas collé, du moins imparfaitement, en fin de volume. L’un des livrets a même perdu sa dernière page ! Mais je crois que ça tiendra malgré tout. J’ai essayé de casser quelques exemplaires pris au hasard ; n’y suis pas parvenu. Il n’empêche, encore une imperfection. Ça n’en finira donc jamais... J’ai préparé les enveloppes, collé les plans (la première opération, ici même, au boulot, ce matin ; la seconde, hier soir). Cette après-midi, je dédicacerai et mettrai sous enveloppe./Je fume ma seconde cigarette. En toute logique, cette semaine devrait être celle de la tranche trois heures quinze. Je vais m’efforcer de l’appliquer, mais j’ai bien envie d’en rester à trois heures durant un temps. Ce week-end a été marqué par quelques défaillances de ma part, légères entorses en cours de journée qui, toutefois, n’ont pas fait augmenter ma consommation journalière. Six samedi (mais la première a été fumée à 7 h 30), cinq dimanche, cinq hier. D’un autre côté, il s’agissait de circonstances particulières, voire exceptionnelles et à ce titre, me suis payé quelques petits « plaisirs ». Et puis, je reconnais que parfois il y a eu une légère tension en moi, n’ayant pas toujours su comment me comporter. Nous ne sommes pas suffisamment proches pour être totalement à l’aise et plus d’une fois je me suis demandé s’ils se sentaient bien, si eux-mêmes étaient à l’aise, s’ils ne s’ennuyaient pas. Je n’ai pas toujours su comment interpréter les silences entre nous, notamment avec Max que je pensais être quelqu’un de loquace et qui durant ces trois jours a peu parlé. Mais Susan me dit que je me trompe, que Max n’est pas quelqu’un de bavard et tous deux se sont déclarés enchantés de ces trois jours, et je les crois./J’en suis à trois heures vingt-cinq cette semaine. Hier entorse, de celles qui me font penser que je n’irai pas jusqu’au bout. Première cigarette à 9 h 15, la seconde devant être à 13 h 10. À cette heure-là, j’étais chez Hervé sans mon tabac, que de toute manière, je n’aurais pas utilisé puisque c’était l’heure de partir. Je suis rentré à 13 h 35. C’était l’heure du café. Ce qui fait (j’aurais très bien pu la fumer à ce moment-là, mais je voulais la réserver à l’écriture ou à la lecture) que je n’ai allumé la seconde qu’à 14 h 05 ; pour l’éteindre à 14 h 30. Ce qui portait donc la suivante à 17 h 55. Je suis rentré à 17 h 45, j’ai sorti le chien. Il était 18 h 05 lorsque je suis revenu, moment où Susan est rentrée, moment où nous avons décidé de manger. Ce qui fait que ma troisième cigarette a été repoussée et a été allumée à 18 h 45. Troisième que j’ai écrasée à 19 h 05, portant donc la suivante, quatrième, à 22 h 30. Que j’ai allumée et fumée à l’heure (en parlant au téléphone avec Lionel, ce qui m’a fait un effet étrange car il ne m’est pas arrivé de fumer en téléphonant ou de téléphoner en fumant depuis des années, chose qu’auparavant il m’était strictement impossible de faire : téléphoner sans fumer). Que j’ai écrasée à 22 h 50, ce qui portait la cinquième à 2 h 15. Comme je me couche généralement vers 2 h 00, du moins les jours de travail, il y avait toutes les chances que cette quatrième fût la dernière. Pourtant, si je considérais cette journée selon un découpage régulier, soit chaque cigarette allumée et consumée en temps et en heure, j’aurais dû en fumer cinq. J’en étais à 4. Que faire ? M’en contenter, m’en réjouir ? Attendre 2 h 15 pour l’allumage de la cinquième ? Non. Je n’ai pas attendu et l’ai allumée à 1 h 15. Ainsi, je me trouve face à ce drôle de cas de conscience : il n’y a pas d’infraction dans la mesure où le nombre total est respecté, mais il y en a une dans la mesure où j’ai enfreint la règle première. Qu’est-ce que je dois penser de tout cela ?.../la mention de ma précédente visite ; c’était en janvier 1997…/Jenny fait des crises d’épilepsie, son père va mal, sa mère, devant supporter les deux, ce que du reste elle fait avec une énergie et un stoïcisme extraordinaires depuis trente ans, n’en peut plus. Susan est très inquiète. Elle pense y aller pour une période indéterminée, alors qu’elle avait prévu de passer les semaines qui viennent à achever son projet de dernière année dans le cadre de son M.A. Elle est accablée, s’inquiète de plus en plus pour ses problèmes de toux qui ne sont en rien arrangés. Elle est fatiguée, va mal./Pas de nouvelles de Bruno. Je me demande si je dois me manifester ou non. Il reste deux mois, encore qu’aucune date ne soit fixée et que j’aie toujours la possibilité de me rétracter ou de repousser l’échéance… (Ai-je envie de faire cette lecture ?)/Paul et ses amis, de sortie à Lille, n’étaient pas encore rentrés. Une fois au lit, j’ai repris la lecture des Animaux dénaturés durant une demi-heure. Puis me suis assoupi. Ce matin, ai glissé dans mon sac Les Météores que j’avais provisoirement mis de côté pour m’attacher à la lecture des Enfants du mirage. Qui me lasse un peu. Ai lu quelques pages des Météores ce matin. Sans grand succès. Me suis aperçu qu’en fait je n’avais guère la tête à la lecture…/Susan a proposé que nous recevions la famille ce soir. Je ne suis pas sûr que ça soit une bonne idée…/Elle part pour l’Angleterre lundi au plus tard…/Je remarque après coup qu’à aucun moment, lorsque je me trouve avec de jeunes gens, je ne pense à mon âge, donc à un décalage entre eux et moi. (Voir la réflexion de Lynn à la soirée des fiançailles.) Je crois que je commencerai à vieillir le jour où je sentirai ce décalage, ou du moins lorsqu’il influera sur mon comportement…/Ai reçu un émail de Bruno (en ai-je parlé ?) qui me parle de l’épisode de la charcuterie dans Rok V qui l’a « touché ». Il y voit, si j’ai bien saisi sa pensée, un habile compromis entre la fiction et le journal. Très intéressant. Il faudra que nous en parlions…/Il ne dit rien de la conférence et je ne sais toujours que faire. La faire ou non ? Dois-je commencer à y travailler ? Je vais attendre la fin du mois et vais certainement lui proposer octobre plutôt que septembre : il y aura un concert et l’exposition de Francko à Cologne, qui, tous deux, pour l’heure, n’ont aucune date. Je ne voudrais surtout pas louper l’expo de Francko…/Susan avait un billet pour ce matin. Elle est un peu souffrante, ses parents lui ont conseillé de reporter son séjour (mais davantage pour eux que pour elle-même : il n’est pas recommandé en ce moment de laisser entrer des microbes chez eux ; n’exagèrent-ils pas un peu ?). Je pense que Susan n’est pas trop fâchée de rester…/Parler du comportement pour le moins singulier de la chatte noire…/J’ai l’impression de ne pas avoir mis les pieds ici depuis quinze jours. Très étrange. Peut-être est-ce dû au fait que je n’ai pas bougé de la maison durant ces trois jours, trois jours qui, en outre, ont vu un certain bouleversement dans mes habitues du fait de l’arrivée de Paul et de la présence de Dimitrios et de Sarah./Soirée passée avec Francko hier, qui m’invite au restaurant. Qui mérite un développement, que je vais sans doute reporter du fait de mon état que je qualifierais d’un peu vaseux…/Francko en a profité pour remettre à Cyril les imprimés de pochette pour son CD, travail dont, il y a quelques mois, je devais me charger et qu’il a finalement confié à Francko (j’ignore pourquoi ce revirement de sa part). C’est ainsi que j’apprends que tout le matériel existe pour la confection à la fois des pochettes et du macaron pour le CD lui-même. Bonne chose. Nous prenons quelques verres/J’allais oublier l’horloge ; ou, du moins, j’avais oublié de la mentionner dans la chronologie./(étalonneur, Francine, le sourire de Francko, de joie, de fierté, de jubilation !)/Ma mère, hier. Ni bien ni mal, mais ses difficultés à se concentrer, à parler parfois m’inquiètent beaucoup. J’ai passé un bon moment au jardin à tailler le prunier./J’ai travaillé hier soir à la suite de la transcription des partitions, Marie, dernière partie. Vers minuit et demi, suis descendu chercher une cigarette. Je tombe sur Paul qui venait de rentrer de Picardie où il a passé deux jours avec son père. Il me parle de son projet de mettre en réseau tous les ordinateurs, d’installer l’ADSL en co-location avec le voisin, de son site, de la nécessité impérieuse de télécharger des centaines de photos stockées à Reading (d’où l’ADSL). C’est comme cela que j’apprends que ces fameuses photos et son site que je pensais être en liaison avec son travail sur les robots étaient en fait une sorte de constitution d’album de famille. Bref, il voudrait que nous déboursions 2 000 F pour qu’il puisse s’amuser avec les photos de ses copains. « Toutes les photos seraient mon site, comme ça tous mes copains pourraient y avoir accès. » (En fait, il dit « amis » et non « copains », mais c’est bien « amis » dans le sens de « copains » – et en cela il doit appliquer le mot « friends » qui n’a pas le sens restrictif d’ « amis » – et à l’écrit ce sous-sens ne me semble pas apparaître…) Il n’empêche que ce n’est pas une mauvaise idée./Parlant de déplaisir, la répétition d’hier, première et dernière avant le concert de samedi. Deux mois que nous n’avions pas joué ! C’était assez lamentable (je ne me tire pas du lot). Ce manque flagrant de rigueur m’agace et me reviennent des velléités de départ. Je me demande si ce n’est pas simplement une question de courage, et donc de lâcheté : il serait plus facile d’acquiescer et de poursuivre mollement et presqu’à contre-cœur que de dire franchement à Thierry que je désire arrêter. C’est bien de la lâcheté…/Pas la moindre envie d’écrire et en même temps le devoir de raconter la soirée avec Anne, Janusz et Serge. Au fait, Anne et Janusz ont désormais une adresse émail…/Que puis-je ajouter ? St Jospeh, Juliette particulièrement réussi./Je poursuis scrupuleusement la constitution de l’intégrale. Je n’ai encore rien fait pour Rok VI. J’ai l’impression que ce sera reporté en septembre avec Albena (pour lequel je vais sans doute adopter le format du livret de La Collection)./Anniversaire de ma mère aujourd’hui. Je me suis demandé si je n’allais pas y aller faire un saut dans l’après-midi. Je l’ai appelée vers midi ; elle était au plus mal. J’ai eu Annie ensuite dans l’après-midi, puis ma mère de nouveau qui allait mieux. En définitive, je n’ai pas bougé de la journée./Le problème, c’est qu’il ne peut pas expliquer la panne et ça peut très bien se reproduire à n’importe quel moment sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Je sais au moins que ce n’est pas irrémédiable (je me disais sur la route de la déchetterie que si réellement c’était foutu, j’irais aussitôt m’acheter un laptop avec mes sous)./Je n’arrive pas à me mettre à Rok VI. J’y ai jeté un œil avant-hier, ça me semble complètement idiot, sans intérêt. (Un point, tant que j’y pense : récemment, Max m’a dit qu’il attendait avec impatience le récit de notre séjour en Angleterre avec eux ; ça me bloque complètement ; à présent, je me sens obligé de développer, d’étoffer ; de faire un récit à partir de ce qui n’est que des notes…)/Anne m’a envoyé un émail pour me dire qu’elle avait beaucoup aimé le passage de la charcuterie. Ça ne me stimule pas pour autant./13 h 00. Je suis allé me renseigner pour le train : il s’arrête bien à Lyon. Alors, j’ai appelé Bernard qui m’a appris qu’ils ne partaient pas en vacances et qu’ils avaient l’intention de passer tout leur mois d’août à refaire leur appartement, et, de ce fait, qu’il leur serait assez difficile de nous recevoir et même de participer à des sorties. Il avait l’air gêné, et ça m’a fichu un coup, jusqu’au moment où j’ai compris qu’il pensait qu’il s’agissait de ce mois-ci, soit notre arrivée demain ou après-demain. Du coup, ç’a été un petit peu mieux, mais quelque chose tout de même est resté en suspension et lorsque j’ai raccroché, je me suis exclamé : « Mais qu’est-ce que je vais aller faire là-bas ? » comme si j’avais senti que je n’étais pas tout à fait le bienvenu. Quoi qu’il en soit, je lui ai dit d’en parler à Hélène et que je rappellerai ce soir. Voici comment les choses se présenteraient : je prends un billet aller et retour Lille-Lyon, nous descendons à Lyon, allons à l’hôtel, puis vous repartiriez le lendemain ou le surlendemain pour Valence et nous reprendrions le même train pour le retour./Il est minuit, il fait tout aussi chaud qu’hier. J’ai reporté quelques notes à Albena. Et me voici à la saisie de ce que j’ai écrit dans la journée. J’ai reçu un exemplaire de vieuxlille.fr, la publication, premier numéro, qu’a créée André et pour laquelle il voudrait que je lui écrive quelque chose. Je me vois mal là-dedans, mais je me vois mal aussi refuser alors que je lui ai écrit que ça m’intéresserait (avant réception du truc, bien sûr). Que vais-je faire ?…/Je suis sorti à 18 h 30, suis passé à Match Mercure faire les courses, plutôt qu’à midi puisque j’avais du frais à acheter, encore que je le regrette car à cette heure-là il y avait un monde fou. Ce qui fait que je suis rentré à 19 h 30. Déballage et rangement des courses, épluchage de pommes de terre et préparation de deux salades, puis, tandis que les pommes de terre cuisaient, j’ai sorti le chien. Au retour, j’ai appelé Paul et nous avons mangé tout cela avec les deux steaks qui restaient d’hier. Histoire de me remonter un peu le moral, j’avais acheté deux glaces Dagniaux : l’une à la chicorée, l’autre au pain d’épice. Nous nous sommes régalés…/En fin de repas, ma mère a appelé. Horrible. Elle pleurait, gémissait ; j’étais incapable de sortir le moindre son de ma bouche. J’étais là à finir ma glace, avec l’appareil à l’oreille qui me transmettait des pleurs, des gémissements, des plaintes auxquels je ne pouvais rien, auxquels je ne parvenais pas à accorder la moindre crédibilité, comme s’il s’agissait d’un jeu dont j’aurais été le participant, ou d’un film, ou d’un rêve. Je suis parfaitement incapable de dire ce que j’ai ressenti, et si même j’ai ressenti quoi que ce soit…/Paul a fait la vaisselle, est monté poursuivre son travail. Il m’en a parlé durant le repas ; il n’a pas l’air très confiant. Prévoit déjà de l’envoyer avec un jour de retard. Je ne l’ai pas vu depuis. Pour ma part, j’ai passé un coup de fil à Bernard. Répondeur. J’ai dit que je rappellerai (il m’avait pourtant juré qu’il ne bougerait pas de la soirée)./Je crois que c’est tout. Je vais achever de mettre à jour les journals et je vais aller me coucher. Je t’embrasse. À demain…/Combien de temps comptes-tu rester ? Si Andrew et Caroline débarquent la semaine prochaine, je ne vois pas l’utilité pour toi de rester (à moins de complications avec ton père, bien sûr) et je ne me vois pas te rejoindre là-bas dans dix ou quinze jours : ne crois-tu pas que tes parents auront vu assez de monde comme ça ? Mais nous en reparlerons certainement (je vais continuer à envoyer les émails, même si tu ne peux pas les lire avant ton retour)…/Au courrier, une procuration pour Yann et, en même temps, un mot de la mairie qui m’informe que je ne pourrais utiliser les deux procurations du fait que je ne suis pas inscrit sur la liste électorale de Roubaix. J’ai aussitôt appelé le Bureau des Élections qui m’apprend qu’en effet je n’étais pas inscrit et qu’en outre, il était impossible de voter pour Paul et Yann ! Qu’est-ce qu’a à voir le fait que je ne sois pas inscrit puisque ce n’est pas moi qui vote mais eux ? Cette aberration m’a mis hors de moi ! /Ils, c’est beaucoup de monde. Combien ? trente ? quarante ? Non, pas tant, une vingtaine (mais peut-être trente avec les enfants)…/Mouvement amical, quoique sensuel ; peut-être maternel. Mais pas comme un signe d’approche, d’appel. Du coup, je me sens obligé de marquer quelques admirables points qui augmentent encore ma cote auprès de ces dames./(les Ardennes ne sont pas loin pourtant dont l’endroit pourrait être le contrefort)/« She’s gone. There are seven of them ! » « Seven ? »/(Mais en fait tout ne m’est pas revenu : je me souviens du restaurant, c’est tout. J’ai complètement oublié Françoise et tout le reste. Mais je me souviens aussi que c’était en pleine période V*** et que je suis reparti au petit matin comme un zombie. Je crois aussi que Françoise se trompe : ce n’était pas notre première rencontre. Notre première rencontre a eu lieu chez Francko, un soir, soirée où elle nous avait tous invités chez elle deux jours après…/(et à sa cote de popularité qui, déjà pas très forte, en prendrait un sérieux coup !)/J’ai travaillé à Rok V toute l’après-midi. Après le repas, nous avons regardé la suite du documentaire sur le nazisme ; j’ai été frappé par les passages en couleur qui curieusement réduisent le temps, rapprochent les faits d’aujourd’hui ; les actualisent, en quelque sorte. (Leur confèrent une réalité que souvent et de plus en plus le noir et blanc interdit). Au fait, le problème de compréhension de la radio anglaise. Susan explique cela par le fait que ce que j’écoute sur mon poste, BBC World Service, est spécialement destinée aux étrangers et que l’anglais y est choisi, le débit contrôlé pour une meilleure compréhension. Je suis sûr que ça n’explique pas tout (quoique…). Il faudrait que je capte BBC Four./21 h 00. Pas moyen de faire bouger Trixie du bureau. Et dehors, des pétards (mais est-ce des pétards ?) qui claquent régulièrement, venant de je ne sais où, lancés par je ne sais qui...!/Je n’ai absolument rien fait dans le sens de la conférence !)./(Mon ordinateur est plein à ras-bord. Je ne sais plus quoi retirer. Je crois qu’en définitive un nouveau ne sera pas tout à fait inutile...)/Avons mangé le tiramisu, excellent, je dois le reconnaître./Est même quasi inexistant !/dans un restaurant nommé Les Palmes/ai repoussé le chien qui était sur le point de se frotter à mon pantalon./Toutes les enveloppes sont prêtes./Je crois que c’est avant tout la mention de ce restaurant qui m’a incité à y aller./Endroit marcquois par excellence./sans dessert ni café/Deux cigarettes pour me calmer, j’en étais à sept./Vite, regagner au plus vite le bouchon ; au moins je n’y aurais pas été seul. Retour vers la route pour Péronne. Le bouchon n’est plus. Devant moi, un Anglais qui tout à coup freine et se déporte sur la gauche : devant nous, une nappe de nouveau, de belles dimensions./Je me trouve dans la cuisine./où nous avons passé la journée/de la petite pièce d’archives juste à côté pour regagner son service/Échangeons rapidement nos expériences communes./Alors, je le fais le plus vite possible sans pour cela que cela soit de la précipitation, sans que cela passe, pour un regard extérieur, pour de la précipitation. Je marche vite, mais avec désinvolture et aisance, ou du moins quelque chose qui, pour un regard extérieur, puisse passer pour de la désinvolture et de l’aisance…/comme convenu/ça m’a vraiment fichu la trouille)/(les ont-ils lavés au préalable ?)/à dix minutes à pied à peine/durant une seconde, j’ai eu la vision d’une boulette empoisonnée que je jetterais par-dessus le mur)/puis Brigitte qui me remercie/Du temps a passé./(en fait, je désirais un petit pain au chocolat, mais il n’y en avait plus)/Il est 1 h 00 du matin, nous venons de rentrer de Gussignies, et il me prend l’envie d’une petite fantaisie avec une cigarette et un café…/(avec très loin au fond de moi comme un soupir de soulagement)/Qu’est-ce qui fait que nous nous retrouvions de plus en plus souvent ensemble, ou, pour être plus exact, car nous sommes les derniers, les benjamins en quelque sorte, les derniers à être entrés dans un groupe qui se fréquente depuis longtemps, groupe dont la porte d’entrée est Francko, qu’est-ce qui fait que Susan et moi nous nous retrouvions de plus en plus souvent avec eux ?/ou bien, justement, ça ne lui est pas venu à l’idée/Je ne répondrais pas à la question. Je n’en vois pas le sens à ce moment précis, comme je n’en ai pas vu le sens à ce moment-là. Il m’importait peu de définir, de circonscrire, d’analyser les liens qui m’unissaient à ceux avec qui je me trouvais, les raisons qui faisaient que je me trouvais là. Les circonstances, les parcours ont fait que certains êtres sont arrivés pour prendre la place d’autres qui, dès lors, ont été mis sur le côté et que c’est avec ces êtres-là que je suis à présent, que je suis heureux de voir, de retrouver, avec qui j’étais heureux de me retrouver dimanche./les foutre dans la cour, le chien y compris…/J’ai passé une assez mauvaise nuit, notamment à cause de ces piqûres aux jambes et de mes crampes estivales. Thierry et Patrick disent que ce sont des piqûres d’insectes. Mais j’en ai une centaine sur les deux jambes ! Je me suis réveillé à 9 h 30. Je suis allé acheter une baguette, ai pris mon petit déjeuner, ai sorti Trixie, ai mis tous les chats dehors (mais pour retrouver la chatte grise et l’un des chatons à l’intérieur qui est entré je ne sais comment), ai laissé un mot à Paul, suis parti pour arriver ici à 10 h 30. Le temps d’enlever ma veste, de m’installer à ce bureau et de t’écrire, il est 11 h 10…/Je suis épuisé. Me suis encore réveillé en retard ce matin, de très mauvaise humeur : la vision des chats, le chien à sortir, et surtout l’idée de ton ordinateur en pièces et l’insouciance de ton fils qui est tout de même d’une irresponsabilité rare. Je ne sais s’il faut l’excuser ou non…/Je me traîne depuis ce matin. J’ai imprimé cette nuit le voyage en Angleterre avec Max et Dany qui sera le gros de ce numéro, mais pas moyen de m’y mettre. De même pour le texte de la braderie. Actually, I think I’m really fed up…/Je crois que le mieux serait tout de même que tu rentres…/Maintenant, je doute fort que ça l’intéresse… Que te dire ?/Je suis rentré à 18 h 00, j’ai préparé le repas (carottes, aubergines à la vapeur, steak haché, Danette au chocolat), ai sorti Trixie. Puis ai poursuivi The Suicide Club en buvant mon café et en fumant une cigarette. C’est à ce moment-là que tu as appelé. Puis je suis monté faire mes comptes bancaires. Au moins de ce côté-là, tout va bien…/9 h 15. Je viens d’arriver. Il fait beau. C’est ma dernière journée, et je n’en suis pas plus content que ça. Je vais terminer The Suicide Club qui, en définitive, est assez lourd et quelconque. Et, autant que je puisse vraiment en juger, assez mal écrit…/Saisie directe, aux environs de 22 h 00. Je suis rentré, ai sorti le chien. Ai poursuivi la lecture des Trois oranges au jardin avec une cigarette. Lettres de Meyerhold (si j’ai bien compris) écrites lors de la révolution russe en 1917. Puis retour au narratif, au romanesque, si tant est que le terme « roman » en couverture soit justifié. Il s’agirait d’une biographie romancée. Peut-être. Je lis toujours, sentant, bizarrement, l’intérêt émerger. J’attends…/J’ai préparé vite fait le repas, reste de courgettes – ou d’aubergines ? je ne parviendrai jamais à faire la différence ! – réchauffé dans la sauce du second steak haché ; des endives pour accompagner, et un verre de Vacqueyras, le vin dont m’avait parlé Francko et dont j’ai acheté une bouteille chez Match. Pas mal, très prometteur. Puis café, cigarette, dans le séjour avec la suite des Trois oranges auquel je commence franchement à m’attacher. C’est tout. Je suis monté et me voilà… J’attends toujours ton coup de fil. J’ai l’impression que ce n’est pas encore ce week-end que tu rentreras. Tant pis…/Incroyable, je ne suis pas arrivé en retard. À noter : toutes les trois au pas de la porte lorsque je l’ai ouverte (mais qui attendaient-elles , toi ou moi ?)…/Ce soir, je passe chez Brigitte et Lionel. Je demanderai des renseignements à Brigitte./un coup de fil ou simplement d’attendre le lundi pour régulariser, soit prendre une journée sur mes congés. Nous étions donc partis pour deux jours, mais chacun avec l’intention de rentrer de bonne heure, lui pour travailler, moi pour préparer un tiramisu avant de libérer la maison afin que Paul puisse tranquillement recevoir ses amis durant la soirée et la nuit. Il était prévu que nous passions, Susan et moi, la nuit dans un hôtel à la mer…/J’ai passé une heure sur Internet à tâcher de trouver des chambres pour notre voyage à Venise fin octobre. Un mois et demi à l’avance. Je ne pensais pas m’y prendre si tôt. Mais hier, en arrivant chez Max et Dany, nous avons appris par Francko que tout était presque complet pour cette période, notamment la nuit du samedi au dimanche ; il a lui-même eu beaucoup de mal à se trouver trois nuits d’affilée dans un même hôtel. Du coup, panique générale dans la maison. Nous étions presque tous concernés : Patrick et Brigitte, Didier et Fabienne, Max et Dany (pas Anne et Janusz qui étaient conviés et ne peuvent venir ; ni Françoise, encore que je ne sache pas si elle a été conviée ou non, mais je présume que oui car il ne me paraît pas pensable que l’on ait pu parler d’un voyage collectif en présence de personnes qui n’y auraient pas été conviés, bien que ce fût le cas pour Wanda qui n’était au courant de rien, qui, et c’était assez étrange et un peu malsain (incommode ?), a posé des questions en ce sens, questions auxquelles personne n’a véritablement répondu). Alors, aussitôt rentrés, je me suis jeté sur l’écran pour aussitôt contacter le Reiter qui, comme Francko me l’avait dit, ne pouvait fournir que des chambres les deux premières nuits. Que j’ai aussitôt réservées. Est trouvée la troisième au Villa Parco, au Lido. Puis, puisque nous avions décidé, notamment pour Max et Dany qui sont en panne suite à un virus, que nous fassions une recherche collective, me suis mis à chercher d’autres chambres dans d’autres hôtels. Francko avait raison : je n’ai rien trouvé d’autre à moins de 150 €. À six heures, suis allé me coucher, en me promettant dès le lever d’avertir les autres en ce qui concernait le Reiter et le Villa Parco où il restait encore des chambres. Dany m’a appelé qui m’a renvoyé à Brigitte qui avait trouvé quatre chambres dans un même établissement près de la place San Marco. J’ai eu Brigitte aussitôt après qui m’a parlé de cet établissement à 110 € sans salle de bains. J’ai aussitôt pensé à ces fameux allogimenti de l’année dernière auxquels j’avais renoncé de peur de tomber sur un lieu semblable à celui de Dublin. J’en ai parlé à Brigitte, lui ai donné les adresses du Reiter et du Villa Parco. Ai laissé un message chez Didier et Fabienne, puis suis parti voir maman. Au retour, coup de fil de Brigitte qui n’a trouvé qu’une chambre au Reiter et qui, avec l’accord de Didier, Fabienne, Max et Dany, a réservé trois chambres dans cet établissement…/(La mort du père de Michel… Je lui envoie un mot de condoléances…)/Minuit : coup de fil de Francine. Nous avons longuement parlé de Francko et du coup de Cologne. Aux dernières nouvelles, il abandonnerait toute idée de vitrine et ne présenterait que l’alambic dans le bordel. Ce qui ne me semble pas une bonne idée. Juste après, j’ai reçu un émail de Francko qui me donne des « nouvelles du front » [sic], soit la présentation de l’exposition. Je ne sais qu’en penser, je ne sais comment lui répondre…/Puis : « Mais c’est vrai que je me disais : où est Guy Grudzien ? »… C’est vrai : où est-il ?/Je me suis dit il y a dix minutes, en considérant le calendrier que le dernier numéro de Rok paraîtra en février. Est-ce là l’occasion, le prétexte à un passage à autre chose ? (Mais quoi ?)/constitution de petits clans selon le placement, moi entre Brigitte et Fabienne/(Mais la machine qui tombe en panne et m’oblige à y retourner demain…)/Je préférais la première, mais en même temps m’en fichais complètement ; seul importait d’avoir l’une de ces toiles, toiles de Det l’F qui, toutes, de toute manière, étaient magnifiques./Je me suis surpris, tout à l’heure, avec Paul, dans la cuisine, à un comportement un peu odieux. Que j’ai réussi à rattraper au dernier moment. Je ne sais s’il a été dupe ou non. Étrange. Étrangeté des ressorts en moi (nous ?) qui parfois nous mènent sans qu’on le veuille, sans même que l’on s’en rende compte. Cela vaudrait-il la peine d’en entamer l’analyse ?/Hier, Roman m’a ému./Tension extrême, d’autant que nous devions achever la traduction et que l’un des collègues de Susan qui déménage, part pour Nice pour y vivre, devait arriver dans la soirée alors que Susan revoyait les dernières corrections. En anglais (la discussion), alors qu’il parle très bien le français. J’étais très à l’aise, me suis très bien débrouillé. Ça m’a remonté le moral. Puis Susan et moi avons interverti les rôles, elle dans la cuisine, moi face à son écran. Après, je n’ai plus eu le courage de grand-chose. Suis monté envoyer une photo pour l’anniversaire de Janusz, suis redescendu fumer une dernière cigarette devant la télé avec Paul qui regardait une émission sur les rapports parents/enfants (plus exactement, il s’agissait d’enfants mâles et enfants femelles, de la différence dans les comportements dès le plus jeune âge). J’ai décidé de prendre mon après-midi pour résorber mon retard et prendre un peu d’avance jusqu’à lundi…/Les deux pris individuellement sont bien. Ensemble, il y a quelque chose qui ne colle pas. Justement : ça ne colle pas. Le premier aurait été amplement suffisant, texte du cœur qui se passait d’analyse critique./Soleil après la brume jusqu’à Dunkerque/je ne sais à l’heure qu’il est pour laquelle il va opter/(trois fois que le verbe revient !)/Racisme ordinaire, idées toutes faites, potins du bistro où chaque matin elle va prendre son café./13 h 15. Festin : un pistolet, deux portions de beurre, une tranche de Comté, une part de Chaource. Une fois n’est pas coutume. Fameux !/Poursuite du grec moderne et du polonais. Je note cette particularité : le bainw commun aux verbes suivants anebainw (je monte) katabainw (je descends) katalabainw (je comprends) et sans doute, sous une forme modifié (contracte) : mpainw (j’entre), bgainw (je sors). Je ne me souviens pas d’avoir rencontré bainw      seul…/Pluie. Il est aux alentours de 14 h 00. Je rattrape mon retard de saisie avec John Cale en fond, Cale à l’époque du Velvet, qui bricole des sons. Rien d’extraordinaire, mais pas désagréable…/G*** a appelé hier pour dire à quel point elle avait apprécié le dernier numéro. Elle m’avait pourtant dit qu’elle ne les lisait pas, qu’elle n’aimait pas « entrer dans la vie des gens »…/J’avoue que je suis saturé, que j’en ai plus qu’assez…/Mais j’ai déjà tant de mal à préparer le journal en temps et en heure/(c’est bien là sa fonction)/(Un enfant qui s’est mis à brailler. Francko qui suggère que les enfants devraient accompagner les bagages dans la soute. « La soute à bas âge, en quelque sorte…  » dis-je.)/(je ne sais toujours pas si le terme est de Janusz ou non)/est-ce une volonté de sa part ?/Je n’ai rien relevé de particulier, n’y ai rien noté qui puisse mériter le nom d’intervention./(mais en même temps, je ne me fais aucune illusion quant à ce genre de contact. Je ne sais si je dois m’en réjouir ou non. Il n’empêche que ça va me travailler pendant un moment. J’espère seulement que c’est du différé./Je ne m’imaginais pas ce lieu pouvoir être nettoyé, à ce point qu’il avait été question, alors que nous en parlions, Francko et moi, sur la route du retour, de n’en rien toucher et d’utiliser le lieu tel qu’il se présentait, avec son allure de ruine de guerre. Mais il avait tout nettoyé./Le contact se fait enfin avec Tamsin./Bon point./Qu’y ferait-elle, seule Anglaise parmi une soixantaine d’énergumènes dont bon nombre ont dépassé la quarantaine ?/Là où se trouvait l’épicerie arabe/où nous croisons un père Noël ivre/Je crois que le « problème » (car ai-je envie de lui parler, de lier connaissance avec elle ?) se trouve là : nous ne savons quoi nous dire, et rien ne nous rapprochant/(c’est étrange comme « buvons » sous ma main, sur le manuscrit, ressemble à « Susan » ; j’ai même failli m’y tromper)/(est-ce heureux ?)/et j’ai de même été surpris de n’y pas voir Bakou dont Francine m’avait demandé l’adresse/Nous en reparlerons à la fête de samedi prochain célébrant l’anniversaire conjoint de Francko et de Patoor…/autour de la fête des 50 ans de LFPP qui fait beaucoup parler d’elle./Cette position d’égoïsme qui aurait consisté/C’était à la veille de notre départ pour Venise./Je retrouverai cette facticité dans les textes que les différents intéressés ont rédigé pour la publication générale, convention des propos, vocabulaire et formules stéréotypées tout droit issus de BAM – sans compter la lourdeur de l’écrit, les multiples fautes de syntaxe qui auraient peut-être mérité la présence d’un correcteur. Il n’empêche que subsiste un rien de morgue et une légère prétention./(mais l’envie aussi d’une île privée d’où, physiquement, je pourrais être à l’écart total du monde)/« C’est malheureusement fini ce temps-là, maman. »/Mes cervicales me pesaient et j’avais décidé d’en profiter pour passer la soirée à regarder quelques cassettes, dont celles que m’a prêtées Pascal./(qui rappelle Par petits bouts de Jean-Stéphane)/(qui semblent être le repas de prédilection de nos locataires)/Je donne le snack à 2/1./Je ne sais toujours pas ce que je vais me mettre ce soir. L’invitation parlait d’une mise non coutumière, mais en même temps, Francko m’avait dit que c’était le désir de Patoor et pas le sien, et que rien ne nous obligeait à venir costumé ou déguisé. Il n’empêche, une petite fantaisie ne serait pas à repousser…/Tant pis. J’y répugne un peu, mais c’est le seul moyen pour parler/qui rayonnent d’intelligence, de bonté et d’humanité, ce dernier terme étant en fait amplement suffisant pour les définir tout à fait/(mais Janusz aussi)/Nous avons donc mangé ensemble./Roulette, black jack./« La prochaine fois. Nous ne pouvions savoir que nous allions passer la nuit chez eux. »/Je suis arrivé à 9 h 20, j’ai allumé ma première cigarette en rédigeant les premières lignes du jour, puis j’ai été prendre mon café avec Pascal, et Sylviane, exceptionnellement, qui nous a narré les péripéties liées à l’achat de leur nouvelle maison, poules et canards à tous les étages, puis suis revenu pour reprendre la lecture de 48 C.C.R. que j’ai interrompue à un moment donné pour sortir dix dossiers, ce qui m’a pris dix minutes, suite à quoi j’ai repris et achevé la lecture, il était 11 h 30 et je suis parti pour Roubaix où j’ai pris possession des épreuves, muni desquelles je suis revenu à mon bureau où, après une prise de café (!) et une pâtisserie, j’en ai entamé la lecture en allumant ma deuxième cigarette, ce jusqu’à 13 h 40, heure à laquelle je suis allé rejoindre Pascal à la cafétéria pour un autre café (sans pâtisserie, cette fois), ce jusqu’à 14 h 10, heure à laquelle je suis revenu m’installer pour achever ma lecture./pour aller aux toilettes/Je suis curieux et impatient. Janusz dit qu’il serait parvenu à un résultat satisfaisant./Scènes courtes séparées par des pauses/So home, Susan là. Repas./et qui m’a pris plus d’une heure/De quoi se nourrit-elle ?/qui, en l’occurrence, ne devrait plus être puisque la station thermale de St Amand n’est plus en activité/C’est là que nous nous rendions/À mon avis, c’est peine perdue…/(bien qu’un événement particulier ait pu venir entraver son existence habituelle)/On boit un verre, on discute./Celle d’Anne qui devait retrouver Janusz à Dunkerque pour y passer la nuit, celle de Didier qui devait revenir de Dunkerque en début de soirée avec Max et Nathalie, la nôtre enfin, avec Francko et Francine avec qui nous avions déjà prévu de passer la soirée sur place/Tous les amis à quelques exceptions près, dont Didier, Françoise./(avec tout de même une portion de tarte Tatin froide et molle !)/Le repas d’après-vernissage est prévu au Pot Beaujolais. Nous hésitons. Je suis tenté, mais pense en même temps au retard de mon travail, à celui que j’allais encore prendre si je restais. Nous rentrons, Susan déposant Jacques passé en coup de vent, Jacques pas vu depuis juin et qui a l’air en forme. Nous l’invitons la semaine prochaine…/(Ballard a vu juste)/et un peu déçu. Rien là qui ressemble de près ou de loin au travail habituel de Janusz, mais surtout (car, dans une certaine mesure, ce serait plutôt à son honneur d’avoir dévié, d’avoir voulu « surprendre ») rien qui ne me semble extraordinaire, ou en tout cas différent, en ce sens que quelqu’un d’autre aurait pu l’exécuter…/Elle va écouter de la musique. Bon./qui m’a semblé dégager moins de lumière que d’habitude/(Il n’empêche qu’il s’agit là, pour les hôtes, d’un bon moyen d’acquérir une œuvre gratis !)/ce dont sont parfaitement conscients les Descamps, voir leur texte./À l’apéritif, vin blanc, Alsace pour elle, Condrieu pour moi. Puis un Costière de Nîmes pour elle et un Givry 1998 pour moi./L’affaire du 1er. Comment en parler puisque je ne suis pas sûr d’avoir tout compris ? L’invitation est lancée depuis deux mois, Susan était au courant, quoiqu’elle prétende le contraire, et récemment elle me parle de tarifs promotionnels pour l’Eurostar que Yann pourrait lui faire obtenir à condition de réserver avant le 21, soit hier. Elle me parle alors du week-end du 1er. Stupéfaction de ma part. Elle tente alors de joindre Yann pour faire déplacer la date. En vain (pourquoi ? comment se fait-il ?). En même temps, elle me dit que ce week-end-là correspond à l’anniversaire de Yann et au retour de Joséphine d’Amérique du Sud. Yann a appelé avant-hier alors que Susan dormait. Il m’a parlé du week-end du 8. J’ai soufflé (encore que le 8 nous soyons invités chez Christine ; mais cette annulation aurait été moins grave que l’autre). Aussi, j’ai été stupéfait et furieux hier en découvrant les billets qui concernaient le week-end du premier ! Que faire à présent, d’autant que Yann m’a dit qu’il s’agissait de notre cadeau de Noël, ce qui fait que je ne puis y surseoir, que je suis pratiquement obligé de me rendre à Londres, obligé donc d’annuler la soirée du 1er et ma visite chez ma mère le lendemain, alors qu’autrement, j’aurais laissé Susan partir seule (pas sûr, car j’ai aussi envie d’aller en Angleterre)…/De là, sommes passés rue du Port chez l’une des amies de Susan qui se trouvaient à la maison samedi, qui avait laissé trois chaises et que nous avons déposées chez elle hier…/Je suis écœuré…/Les cervicales, depuis ce matin, qui m’abrutissent, à ce point que ce midi, j’ai loupé six exemplaires à la coupe. En outre, je prends du poids : 81 kg, soit un kilo au-delà de la limite que je fixe depuis des années afin que je ne retombe pas dans une surcharge qui serait néfaste à mes lombaires et cervicales comme il y a dix ans ! (J’avais écrit « maléfique » pour le remplacer par « néfaste ». Mais une surcharge n’est-elle pas maléfique ?)/Impossible, je crois, à décrire./(machines ? quel autre nom donner ?)/Max et Dany, Anne et Janusz, Didier et Fabienne, Francine, Rémy et Chrysanthème, Michel, Bertrand, Françoise, Wanda/Thierry, Patrick et Véronique, Cyril/Nathalie brushing/j’allais oublier Gilles et Hervé, Gilles arrivé avec Max, tous bien entamés à leur arrivée/c’est ainsi que j’apprends que Véronique est dunkerquoise et que je la découvre un peu/cette étonnante rencontre avec la fameuse Muriel, ancienne compagne de Robert, dont jusqu’à présent je ne connaissais l’existence que par le truchement de l’émail/J’ai parlé à Susan de mes inquiétudes liées au boulot. À son avis, je n’ai pas à m’en faire : je suis le plus ancien. Mais est-ce suffisant ?/mais ô combien riche et précieux ! Le thème, en l’occurrence, est une épreuve particulièrement difficile et redoutable, mais riche. Nous trébuchons allègrement dessus, mais les coups sont bénéfiques (!). À ce point que nous avons décidé de réitérer et de nous offrir un second thème pour la semaine prochaine…/J’aime vraiment beaucoup Clara, même avec ses côtés convenus et, pourrait-on dire, « académiques » en ce sens qu’il n’y a rien de vraiment bien neuf dans ce monde où la littérature « déviante » est interdite (mais est-ce que ça n’existe pas encore et toujours ?). Je l’imagine parfaitement bien sur une scène encore qu’une fois débroussaillé, il puisse constituer un texte de lecture (!) tout à fait honorable. Ce texte a 22 ans !/Quelques minutes plus tard, une feuille a été glissée sous la porte, feuille sur laquelle se détachaient des mots manuscrits. C’était son écriture. Ma première pensée a été de la détruire, la seconde de la lui renvoyer sans la lire. La troisième a été de la ramasser, de la plier en quatre et de la déposer sur mon bureau avec l’idée de la lire ultérieurement. À ce moment-là, je n’en voyais pas le sens, ni l’intérêt. Malgré moi, mon regard s’est posé sur le premier mot : « désolé ». Je ne l’ai pas revu depuis…/À midi, j’avais traversé la foule de V2 où, parmi les poules en chocolat et les sapins en plastique, s’agitent depuis hier des sorcières en carton et des toiles d’araignée en ouate. Plus que jamais, l’envie de vomir face à ce somptueux éclat de l’abrutissement général./Je n’ai rien fait, ni du reste Susan./Turbulences, j’abandonne ma lecture qui me semble du dernier intérêt, ferme les yeux et attends  de tomber./Coup de fil de Jean-Pierre J’ai été frappé par sa voix qui, parfois, a les intonations et expressions de celle d’un enfant…/Susan a retrouvé Cent ans de solitude. Sur les étagères de la souffrance, à sa place, soit entre Marivaux et Maugham. Je n’en reviens pas. J’ai regardé mille fois. La seule explication est que je cherchais une jaquette blanche, celle de l’édition originale, alors qu’il est en poche et que le dos est jaune. Mais tout de même, comment est-ce possible ?/Comme je m’y attendais, la ligne n’était toujours pas rétablie lorsque je suis rentré. Rien. Puis, quelque temps plus tard, grésillements. Puis la tonalité sous ce grésillement. J’essaie de composer un numéro sans succès. À son retour, Susan essaie de se connecter. Rien au départ. Puis la connexion se fait dans un brouillard de grésillements épouvantables. Un message passe, puis plus rien. J’essaie à mon tour sur mon ordinateur. Grésillements sans aucune connexion. Puis, dans la soirée, le téléphone sonne et Susan parvient à avoir la communication, mais au milieu de grésillements. J’essaierai plus tard de me connecter. Rien. Ce matin, j’ai appelé France-Télécom où l’on m’a affirmé que quelqu’un était passé et que le problème était résolu. Ce matin, la ligne était de nouveau coupée. Ils passeront demain matin pour jeter un coup d’œil chez nous…/Plus tard : ça va mieux ; il me semble pourtant qu’il ralentit (va-t-il s’arrêter ?), et à présent il réaccélère (?) (sous nous, les lumières de villes où les gens dorment tranquillement !). Susan me dit de ne pas m’inquiéter, que rien n’est plus normal, que chaque jour des milliers d’appareils traversent des zones de vent. Oui, mais je ne suis pas dans tous ces avions…/Francko lit ou fait semblant, Susan, imperturbable, continuer à corriger ses copies, et moi, à défaut de pouvoir lire, cherche à me figurer le point de chute final…/(Biffé : Je lègue)/Je viens de passer une heure et demi à ses côtés, face à nos écrans respectifs, dans le service. Toute colère est passée (en vérité, je m’en fiche un peu de cette histoire). Je ne dis rien, ne lui dis rien. Je n’ai rien à lui dire. Lui de même ne m’adresse pas la parole. Il attend, sans doute./Susan me dit que c’est moi qui ai introduit le mot « famille » en créant l’album photographique. Non. Il s’agit d’un album de famille et non de l’album de la famille…/Avais-je pensé une seule seconde que cela puisse marcher dans un tel lieu et avec de tels êtres ?/Par contre, j’ai le souvenir du jeu de la fille qui interprétait Catherine, assez impressionnant…/« Je me sens mourir. »/Et tout à coup me raccroche de nouveau au nez/(il en va de même pour tout autre forme graphique ou plastique, et à bien y réfléchir seule l’écriture peut nier l’argent –  la musique aussi ? sur papier ?)/Coup de fil de M*** qui me demande si j’écris toujours, si je fais toujours de la musique ! comme si nous ne nous étions pas vus depuis vingt ans, et alors qu’il avait été abonné pendant un an !/14 h 00 et qq. Arras. Soleil depuis Marne-la-Vallée où le train a été arrêté durant 40’ pour cause de panne du TGV le précédant. Une compensation nous sera remise à la gare…/J’ai beaucoup de mal à me remettre en route (et toute la saisie de l’intégrale qui m’attend pour les jours qui viennent ; et une traduction pour Bruno pour mardi ; et une autre de 40 pages pour dans quinze jours !)./Oui, je sais, « distractif » n’existe pas (mais le correcteur l’accepte !), mais ça sonnait bien. En même temps, « distrayant » ne convient pas car il appelle l’idée de distraction dans son sens de divertissement. Ce n’est pas distrait que je voulais être, mais bien dis-trait, soit tiré de tous les côtés. Distractif : qui tire de tous les côtés…)/Thomas à l’étrange visage fermé et à la voix d’adulte, Romain, non moins étrange avec son regard étonnamment troublant ; tous deux ont quelque chose de céleste/(pains divers, diverses crèmes exotiques à tartiner – ou non –, fromages, gâteaux aux olives, pâtisseries)/(il est 20 h 30 et Susan n’est toujours pas rentrée. Le train devait arriver à 19 h 30.)…/(l’une, habitant Paris, m’a appris qu’elle avait exposé chez Bruno en 1996)/En cours de repas, léger accrochage suite à une plaisanterie qu’elle a mal prise./La città morta : p. 10, où les croquignols de mon lecteur studieux et appliqué ne sont pas tout à fait inutiles : NEMICO dont la seconde syllabe est soulignée d’un trait de crayon. Non, me dis-je, l’accent est sur la 1re. Je vérifie à tout hasard. Il a raison. J’en reste comme deux ronds de flan (perdre maintenant l’habitude de dire NEmico…)./L’inconvénient majeur reste la route, 100 km par jour. Je lui ai rappelé qu’elle pouvait dormir à la maison quand elle voulait./sur le répondeur où elle parle exactement comme si j’avais été au bout du fil/Je note qu’en cette période les prix sont moitié moindres…/et j’ai peur que cela nuise à l’ensemble/Francko et moi avons tout avalé./Pascal me dit adorer ce film./(que je découvre, compagne d’un certain Bruno qui me faisait songer à Jacques, Jacques qui a été le sujet de conversation avec Martine hier – mais Venise aussi !)/Ce matin, ai prélevé une cassette à l’aveugle afin de me faire une surprise dans la journée. Je viens de la glisser dans le baladeur et de la mettre en route : France-Culture, « L’Irlande des hommes », il y a quelques années. (De l’absence du mot « danse » en irlandais, face A/402, du moins jusqu’à une certaine époque, XVIe s. ?…)/Thé rapide avec Anne, puis comme je m’apprête à monter en voiture, Janusz qui apparaît au coin de la rue et me demande de le déposer au Buisson où il va fêter un projet d’exposition avec Françoise Dubois…***/Rentrée 20 h 30, repas, quelques pages de Grisham avant de me remettre aux miroirs./Est-ce que vous savez seulement ce que c’est, Halloween ? Est-ce que vous savez que c’est anglo-saxon et que ça n’a rien à voir avec notre culture ? Est-ce que vous êtes seulement posé la question de son origine et de sa raison d’être ? Hein ?/Je cherche des idées./J’ai l’impression qu’elle a de plus en plus de mal à se déplacer…/C’est aussi en regardant cette photo qu’une chose m’a frappé ; Bernard a mon âge, il y apparaît comme un homme de son âge ; il n’y a pas beaucoup de changement entre ce qu’il était et ce qu’il est, mais l’âge est là tout de même, et je me suis aperçu que je regardais cette photo comme si moi je n’avais pas changé, comme si les autres, et lui en particulier, changeaient et prenaient de l’âge sans que moi je sois atteint (Marcel chez Odette). Pourrait-il dire la même chose pour moi ?…/Préparation du repas. Nous nous sommes tous trois goinfrés, et moi en particulier, le tout avec le reste du Matteus d’hier et le Côtes du Rhône de chez Nicolas (Susan qui déplore de voir toujours la boutique vide)./quoique l’effet soit saisissant à partir du séjour dont elle comble entièrement l’encadrement de la porte…/Le téléphone et le câble de nouveau coupés. Avant de gagner ma voiture ce matin, je vais voir les ouvriers qui travaillent à la réfection de l’épicerie dont l’effondrement de la façade était à l’origine de la première coupure. « On sait pas. On a touché à rien. » Je considère l’amas de fils qui le long de la façade pendent en des grappes dont on aurait tiré tout le jus. « Allez voir les propriétaires. » Ils m’indiquent la maison voisine, celle faisant partie du groupe des trois qui désormais abritent des bureaux. Je tombe sur deux secrétaires qui ne sont au courant de rien, qui me disent que le patron n’est pas encore arrivé. « Voyez avec France-Telecom. » Ce que j’ai fait, pour tomber sur un type compréhensif et compatissant qui n’en revient pas que l’on puisse couper des lignes sans en aviser les compagnies intéressées. « Ce sera fait en début d’après-midi. » J’attends…/Je crois que c’est pour faire plaisir. Faire plaisir à Katia ; à elle, mais aussi à la lectrice qu’elle est qui spontanément vient à moi pour me proposer ce contact. Je ne pouvais le lui refuser. C’est du reste pour cette raison que je ne repousse jamais une proposition, pour ne pas occasionner une gêne qui, au bout du compte, n’existe que dans mon esprit./Mal fou à me concentrer. Je ne me sens pas très bien. Dehors, ciel lourd, gris, air humide. Rien qui puisse améliorer mon état mental, et physique, de surcroît, si tant est que je puisse imputer mes douleurs lombaires au temps. Je crois que je ne vais guère me préoccuper de ma consommation de tabac à l’image d’hier où j’étais trop mal pour me soucier du nombre de mes cigarettes – quoique je n’aie pas dépassé les huit./Comme un dimanche chez ma mère. Le mauvais temps m’a empêché de travailler au jardin comme je pensais le faire. À la place, j’ai classé ses papiers…/Pourquoi ai-je accepté cette interview à France-Culture qui, au bout du compte, ne m’apportera que tension et ne me rapportera que gloriole dont je n’ai que faire ? Mais en même temps.../Je pense alors aux « imperfections » des visages des acteurs ; je veux parler des boutons, des grains de beauté, des acnés, signes de « disgrâce » qui, pour la première fois, me sont apparus dans le Décalogue de Kieslowski. C’était la première fois que je le remarquais, comme si, effectivement, pour la première fois, on permettait qu’apparaisse sur un écran un visage ou une peau avec ses imperfections, ses anomalies. Cela m’avait frappé. Étaient-ils ailleurs masqués, gommés, cachés ou faisait-on en sorte que les acteurs incarnent naturellement une certaine perfection et, critères de leur sélection, ne pouvaient afficher qu’une peau lisse ? Je ne sais. Mais il est un fait que je l’ai remarqué, et que j’en ai été frappé, et que j’ai retrouvé ce trait, cette particularité dans d’autres films polonais de Kieslowski, dans d’autres films de contrées qui n’étaient ni françaises, ni, surtout pas, étatsuniennes. Et ce trait, je le retrouve chez Rohmer, et je l’ai retrouvé chez Rivette, Dominique et Sonia, par exemple, « imperfections » que je ne retrouve pas ailleurs – ou bien je ne les remarque pas ? – et qui me font me demander s’il ne s’agirait pas, à l’inverse, d’un autre critère de sélection (délibéré ou non). Il n’empêche que ces traits confèrent toute leur humanité aux personnages, cette humanité qu’ont naturellement les acteurs et actrices qui les incarnent. Leur beauté en est d’autant accrue. Et même singularise, « unicise », car Dominique et Sonia, et toutes les femmes chez Rohmer, paraîtraient fades et quelconques dans un film léché où elles se verraient balayées par un autre type de beauté, parfaite et parfaitement factice. (Je ne suis pas sûr d’être clair…)/Mais si je les remarque tant c’est aussi parce que moi aussi j’en suis atteint./d’autant que TGV ou non, ça secoue/Vendredi, suis allé prendre possession des exemplaires de novembre de la Rue. J’y ai jeté un coup d’œil vite fait sur place : ça avait l’air d’aller, mais en regardant mieux en rentrant, je me suis aperçu que la couverture n’était pas mieux pliée que celle du numéro précédent. J’ai refermé le carton et suis allé me préparer pour partir. Je prévois encore une belle somme de tensions ce soir lorsque je vais déballer tout ça (comme si le gondolage ne suffisait pas !). J’ai vraiment hâte que tout cela se termine./Au programme ce soir, collage du plan et pliage des jaquettes ; demain, si tout va bien : impression novembre de Dzien et au soir dédicaces de la Rue. Mercredi : massicotage Dzien, et au soir dédicace. Jeudi : envois…/Week-end de Londres. Beaucoup de précisions à apporter dont l’épique trajet jusqu’à la gare vendredi, que j’ai passé sous silence dans le calepin et pour lequel, aujourd’hui, je ne sais quel ton adopter. Dans l’attente, le télégraphique./Ai agrafé et plié les exemplaires de novembre de Dzien. Les couperai ce midi. Ce soir, dédicaces et mise sous enveloppe. Je porterai le tout demain…/Ai passé toute la soirée d’hier à la préparation des envois. Ils partiront ce midi…/À l’approche des accords des RTT, je pense beaucoup au temps partiel, et en parle : 32 heures sur 35, soit quatre jours au lieu de cinq, avec une perte de salaire relativement négligeable, soit environ 700 F. J’ai hâte de poser ma demande !/Ce matin, à mon arrivée, j’ai repris qq pages de Bartleby, Melville, dans la série économique Penguin 60p, acheté en « soldes » à 50p chez un bouquiniste de Charing Cross (pas noté le nom) ce week-end. Je l’avais entamé au retour, dans le train, en faisant la queue pour accéder au comptoir de la buvette…/Laborieux !/11 h 00. ¾ d’heure de discussion avec Éric, son état de santé, guitares, etc. J’avoue que le matin, j’ai du mal à tenir une conversation. Cela faisait longtemps que je m’étais habitué au silence et au mutisme…/Je vais prendre quelques jours en maladie, ce soir ou demain soir, afin d’achever les publications de la Rue que je devrais déposer chez Verbeke lundi prochain./Quelle triste vie a été la sienne, entre la maladie et mon père (et je pourrais y ajouter celle de ma sœur qui n’a pas été beaucoup plus reluisante)…/(J’arrête ce soir…)/Depuis hier soir, douleurs lombaires : je crois que ça ne pouvait mieux tomber pour une visite chez le médecin qui, de toute manière, était programmée./Ai décidé que je ne ferais rien de la journée. Mais à partir de demain, impression de décembre de la Rue et du second livre annexe. Il faut que tout soit prêt pour lundi matin…/Rien de décidé pour Noël, ni pour le Nouvel An. Francko va s’attaquer au coffret…/Dois préparer mon envoi pour Arnaud Laporte. Tout est prêt, il n’y a plus qu’à rédiger la lettre…/Ai préparé mes petits paquets, ai imprimé les couvertures. À noter l’absence – apparente ? – de gondolage pour le livret annexe qui est fait de papier 100 g crème de bonne qualité ; dois-je en déduire – mais je verrai ce qu’il en est vendredi une fois les livrets achevés – que le papier a son importance et qu’un papier de bonne qualité n’est pas déformé par la chaleur ? Quant à l’autre, c’est la catastrophe, comme à l’accoutumée. J’espère que tout se passera bien au collage, qu’il n’y aura pas de défauts. C’est le dernier de la Rue, il ne faut pas qu’il y ait le moindre problème. Si tout va bien, les envois se feront lundi prochain. J’ai hâte que tout cela se termine./Rien de décidé pour le 31, mais je crois bien, idée que nous avons eue hier, que nous passerons les dernières jours de l’année à Venise (37 € par Ryan Air !)/ce qui en outre nous laissera le temps de préparer les coffrets. Francko m’a envoyé un émail hier pour m’apprendre qu’il avait trouvé un système de pliage « génial » [sic] qui ne nécessiterait pas de colle. Mais il resterait à trouver le matériau adéquat/Grosse déception : les tarifs promotionnels que j’avais vus pour Venise par Ryan Air ne sont applicables qu’en février ! Autrement, les prix sont sensiblement équivalents à ceux d’autres compagnies. Nous comptions partir du jeudi 27 au dimanche 30 (il serait prévu que nous passions le Nouvel An avec Andrew et Caroline), voyage qui coûterait 3 500 F (euros, s’il vous plaît) en arrivant à 18 h 00 et en repartant dimanche à 9 h 00. C’est hors de question. Il restait deux autres possibilités : du vendredi au dimanche, même horaires pour 1 800 F, mais cela signifierait passer une seule journée pleine sur place, ce qui nous semble un peu idiot. L’autre serait de partir vendredi pour revenir lundi à 18 h 00, ce pour un tarif sensiblement égal. Voilà qui me tenterait, n’ayant finalement rien à faire de la soirée du réveillon. Il n’empêche : je suis terriblement déçu (Susan ne l’est certainement pas moins, elle que j’ai aperçue entre deux portes avant de partir ; nous en discuterons ce soir)./Cours à Roman hier après une partie d’échecs, et je peux désormais dire la partie d’échecs./Francko me montre le coffret nouvelle manière, soit système de pliage en une seule pièce. Il m’avait dit par émail que c’était génial. Ce n’est pas loin de l’être, effectivement (le mot étant pris dans son sens véritable, évidemment et non dans celui qu’affectionne actuellement les pauvres). Extrêmement ingénieux (ce qui, finalement, n’est pas du tout surprenant de sa part). Le problème, c’est qu’il s’agit du même carton noir, celui qu’il avait utilisé pour le spécimen, ce carton que je n’aime pas du tout (mais pourquoi je ne lui dis pas ?). Mais, ce n’est pas le plus important, car j’avoue que je ne me soucie guère du coffret. L’autre problème, c’est qu’il n’en a pas suffisamment pour en faire cinquante. Il peut en faire 37 exactement. Ce qui signifie qu’il faut trouver un autre carton et, si effectivement j’effectue les envois lundi comme prévu, qu’il reste quatre jours pour ce faire. Il n’a pas dit qu’il allait s’en occuper ; j’ai, de ce fait, dit que je m’en occuperais. Ce dont je n’ai pas la moindre envie. Alors ?/(Interruption du fait d’un passage d’Éric dans ma salle qui me parle de son chien, ou plus exactement du chien de sa copine qui est devenu sien ; nous en sommes revenus à nos relations d’avant./À moins que je ne les commande, à raison d’un par mois. Mais, d’un autre côté, ce serait une bonne occasion de nous rendre à Londres une fois par mois (ou moi seul ? un aller et retour dans la journée ?) – tout cela dépendra des tarifs, évidemment…/Ai passé une partie de la nuit à la recherche d’un hôtel sur Internet aux alentours de 90 €. Sans grand succès. Ai envoyé malgré tout deux émails. On verra ce soir…/Passage chez Franko ce midi qui me donne des adresses d’hôtels à Venise./Ai passé l’après-midi sur mes citations latines…/Alloggi Calderon. Mais est-ce bien là ? J’ai passé tant de coups de fil avant celui-là !/J’ai envoyé cette nuit un émail à Francko pour le mettre au courant de mes recherches, avec les détails qui figurent dans les précédentes lignes. Je pensais ce matin, sur la route, qu’il serait sans doute judicieux d’inclure mes émails dans le journal saisi et de les utiliser dans la version publiée…/Je n’ai toujours rien décidé quant au coffret et à la manière d’envoyer les derniers exemplaires : soit décembre seul, puis, en janvier, le livret annexe, le coffret et décembre de Dzien, ou les deux avant la fin de l’année en repoussant en janvier l’envoi du coffret et de Dzien. Quoi qu’il en soit, aucun chèque à l’horizon./Un autre émail de l’hôtel Reiter qui a des chambres disponibles à 700 F. J’ai été tenté d’en réserver une, la troisième. Mais en même temps, tout est réglé du côté de l’Allogi Calderon puisque j’ai envoyé le fax hier. Le mieux sans doute est de laisser les choses telles qu’elles sont. Tant pis pour le bel hôtel…/Près de deux heures du matin, saisie directe : je suis en train de me demander si je n’annulerais pas les trois nuits à Calderon pour les remplacer par trois nuits au Reiter…/J’ai passé beaucoup de temps à plier les jaquettes et à en habiller les livres. Je n’ai pas terminé : plus de cent exemplaires à faire ! Et la pensée de l’avenir du Lys ne m’y aide pas…/23 h 30. Je viens de recevoir la confirmation pour trois nuits à l’hôtel Reiter, Lido-Venezia. Francko m’a confirmé il y a une demi-heure au téléphone qu’il s’agit d’un excellent établissement très bien placé. Pas de regrets. Me reste plus qu’à annuler demain la réservation au Calderon./(pour quelle raison ?)/Lever 11 h 00. Ai entrepris la lecture du Désert de l’amour (!) de Mauriac, livre que Susan avait en double et qu’elle m’a remis avant-hier. Pour l’heure, rien qui m’accroche véritablement. Puis nous sommes allés faire des courses./(À ce moment, Susan qui me demande de lui masser les épaules, puis me dit être fatiguée ; c’était une invite à une petite sieste ; j’ai fait mine de rien, elle n’a pas insisté…)/(sauf quatre que j’ai mises de côté, dont je ne sais que faire : dois-je les envoyer ou attendre que leurs propriétaires futurs, que je relance depuis quatre mois, consentent à régler leur dû ?)/À plus d’un égard, elle a des réactions d’enfant. Je le remarque de plus en plus, Annie le remarque aussi. Hier, elle me disait au téléphone qu’elle était de plus en plus préoccupée par son comportement, ses absences, ses pertes de mémoire, ses difficultés à se déplacer (et à parler, parfois) ; je lui avais dit, ce qui était vrai, que je n’y voyais rien de vraiment inquiétant. Mais je me suis rendu compte aujourd’hui qu’effectivement les choses changeaient, qu’elle se dégradait…/(oserai-je avouer que je suis très légèrement déçu du fait que j’avais Pepys en tête ?)/Je ressens comme de la honte à recevoir Annie et Loïc ici, dans cette maison qui, au regard de l’appartement qu’ils habitent, doit prendre des allures de palais./Au moins pour un lecteur tel celui-ci, je me dois de continuer…/Il m’apprend incidemment qu’il a rencontré Francko avec une fille inconnue au Requiem de Mozart à Liévin. Je lui ai demandé une description de la fille en question, craignant que ça ne soit ***. Ce n’est pas elle. Mais qui est-elle donc ?/Pour le reste, voir notes prises au Bus à Auchan-Leers en attendant Susan…/(Depuis le début de la soirée, douleurs lombaires ! Il ne manquait plus que ça – à mettre sur le compte, sans doute, de la nervosité.)/Je consulte (!) à présent (feuillette serait + exact) le nouveau S&V reçu aujourd’hui. Je remarque la tendance, dans les articles (mais il n’y a pas que chez eux, et dans cette revue), une tendance à la rupture de phrases, à l’emploi du fragment sans verbe. Étant donné le contenu de ladite revue, je n’en vois pas bien l’intérêt./(Une ligne biffée : Rien à manger ni à boire sur cette ligne.)/(trois fautes, pas moins ! je ne lui ai pas fait remarquer, P*** s’est fait un plaisir de le faire à ma place)/Elle n’a cessé de parler, mon père, la maladie, son enfance, son père et tant et tant de choses qu’elle ressasse, qu’elle m’a tant de fois dites (il faudrait que je parle en détails de tout cela ; c’est ce que je me disais en l’écoutant : en parler, écrire à ce sujet ; mais en même temps, à quoi cela servirait-il ? ne dois-je pas plutôt laisser cette part à la mémoire ?)/va-t-elle se conformer à tout ça, j’en doute, et Annie aussi qui craint déjà qu’elle ne doive y aller tous les jours, l’avoir à sa charge, Annie qui n’en peut plus, ne peut plus supporter ses crises, qu’elles soient d’angoisse ou d’infantilisme, caractérielles, capricieuses. « Elle est insupportable, avec moi, avec tout le monde. » Nous avons longtemps parlé d’elle, elle Annie, elle ma mère, de son envahissement de notre vie et en particulier de la sienne, Annie, qui a d’autres soucis en tête, autre chose à supporter que les reproches incessants de ma mère./Je passe un coup de fil à ma mère. Débit habituel, je m’occupe en même temps, écoute à moitié. Jusqu’à ce qu’elle me parle de Susan, lui reprochant de ne pas passer la voir, de ne pas lui passer un coup de fil pour prendre de ses nouvelles. « Je l’aime beaucoup, mais tout de même, un petit coup de fil ; je trouve son attitude proche de l’indifférence. » Je m’emporte. Ce matin, comme je m’y attendais, elle m’appelle en pleurs pour me dire que de ma faute, elle a eu une crise, que je ne devrais pas agir comme ça, qu’elle a besoin d’affection, que je dois la ménager (mais écrivant cela, je me rends compte que je ne dis rien, que ce que j’écris ne reflète pas la situation, la manière dont ça se passe en réalité ; qu’il y manque les subtilités, les nuances, l’ambiguïté, la fragilité de ce rapport ; m’aperçois aussi que je ne sais comment en parler, que peut-être je ne veux pas en parler…)./Je suis complètement absent, en retrait. Comme un spectre, l’image de ma mère est là qui me mine…/Retour, week-end Bordeaux, mariage Corinne et Guillaume. Pas le goût d’écrire, de raconter. Pas de notes prises sur place, y est à peine pensé. Télégraphie à l’aide avec l’espoir d’un développement futur…/(pas de rapport avec la disparition de ses lunettes qu’elle a troquées contre des lentilles)/16 h 15. Je suis excédé, coup de fil de ma mère et en même temps ce rapport du mariage que pour l’heure je n’ai pas la moindre envie de faire ! Pourquoi me forcer ? pour qui, pour quoi ? et de nouveau, les mêmes lamentations, les miennes au sujet de ce journal, celles de ma mère que je ne peux plus entendre ! « Je souffre, j’ai mal, qu’est-ce que je peux faire ? » Et au fond de moi, une voix qui souhaiterait sa mort (et l’hésitation à tracer ces mots ! mais pourquoi hésiter à les écrire, puisque je les ai pensés, puisque ce n’est pas la première fois que j’y pense, que j’y pense comme une solution, presque comme une logique, parce qu’elle dit qu’elle est épuisée, qu’elle ne peut rien faire, que le médecin ne veut pas faire de piqûre pour la soulager, parce qu’elle souffre, parce qu’elle a peur de perdre la raison, parce qu’elle ne sait à quoi se raccrocher, parce qu’elle veut parler, soit répéter les mêmes choses, les mêmes choses sur sa souffrance, sur son envie de mourir, sur… et j’appelle comme s’il s’agissait d’une obligation, d’un devoir, d’un devoir non vis-à-vis de ma mère, mais de quelqu’un qui souffre, mais en même temps, je ne peux et je ne veux entendre cette souffrance, parce que je ne sais qu’en faire, parce que je ne suis pas « fait » pour la souffrance des autres, je suis impuissant face à elle, je n’ai pas les mots, pas les actes (face à une machine qui s’emballe et que l’on ne sait, faute du manuel d’instruction, comment arrêter) et que ce soit ma mère n’y change rien (je regarde la souffrance en ne pensant pas, en ne voyant pas qu’il s’agit de ma mère). Tout ce dont je suis capable, c’est de tenir un récepteur dans lequel je lance à intervalles réguliers des « hum », des « oui », en l’écoutant à moitié, et même ne l’écoutant pas, car à ce stade, ce n’est pas écouter. Et je m’en sens coupable. Susan me dit qu’il n’y a pas à s’en sentir coupable, que dans des cas tels celui de ma mère, il n’y a rien à faire. Ou alors, vivre avec elle, être constamment là, prêt à une espèce de sacrifice, d’abnégation totale dont je suis parfaitement incapable. Et je ne suis même pas sûr que ça lui serait profitable./17 h 30. Les derniers mots ont été écrits à 16 h 30. Le téléphone a sonné : Patrick pour le café. J’ai hésité, et finalement m’y suis rendu. Avait-il réellement interrompu quelque chose ?/6/12, 18 h 15. O’CONWAY’S, Lille-Europe. Apparemment pas de perturbations dans les trains. J’attends Susan partie acheter de quoi manger « en face », soit à Euralille. Je prévois de l’énervement en perspective, alors que nous sommes arrivés largement à l’heure…/Passé coup de fil à maman. C’est Annie qui a décroché. Le médecin était là, le médecin avec qui maman bataillait pour obtenir à toutes fins le droit aux piqûres tandis que lui s’échinait à lui faire comprendre que des cachets faisaient le même effet. Elle ne veut pas non plus comprendre (entendre) que ses problèmes cardiaques sont bien + importants qu’elle ne le croie (ou qu’elle ne veut l’entendre). Il est 18 h 20, le train part dans 20’. Susan n’est pas revenue bien sûr…/Quelques jours de retard sur l’intégrale. J’ai décidé d’écarter tous les jours (? illisible) nécessitant une longue saisie. Je verrai plus tard, lorsque j’aurai un peu de temps devant moi. Peut-être durant la semaine anglaise, sur le laptop de Susan (il serait question que le Lys m’en offre un)…/18 h 00 : je n’ai rien écrit…/Rien encore, aujourd’hui ?…/17 h 45 : oui !/Serais-je atteint par le même virus d’apathie pour le journal (et l’écriture, en général) que pour la musique, soit, le manque d’énergie, la difficulté (manque d’envie ?) à prendre le stylo ou le crayon gris et à inscrire des mots ou des notes ?/Hier, je n’ai rien fait ; avant-hier, je n’ai rien fait. À part lire. Le journal, l’intégrale, le Livre, la Rue, Rok prennent un retard considérable et c’est à peine si je m’en inquiète. Comme si je m’en foutais./Saisie directe, matin, deux heures, après une journée de dimanche un peu molle et tendue. Des restes de la soirée du samedi chez Françoise, excellente, et l’après-midi passée chez maman… Pas l’énergie ni la tête à rapporter maintenant…/J’ai revu, après une dizaine d’années, La nuit du chasseur, que je voulais revoir suite à ce que m’en avaient dit Bernard et Damien. Ils ont semé le doute et je voulais vérifier. Comment peut-on qualifier de « bouse » un tel film qui me semble objectivement merveilleux, dans tous les sens du terme ? Que peut-on lui reprocher avec la meilleure mauvaise volonté du monde ? Comment se fait-il que Bernard puisse rester insensible à la pureté qu’il véhicule ?/Roman hier. Cours. Quoique le terme soit un peu excessif dans la mesure où nous avons continué à « reprendre » le premier 4 mains des Morceaux en forme de poire./(Rêve avec V***, qui était elle sans l’être, sorte de version édulcorée et pas ragoûtante d’elle, avec qui je vivais. L’un des rares détails dont je me souvienne, c’est son retour, pour la seconde fois dans la journée, de chez le coiffeur, ce qui m’avait fait me demander d’où elle tirait l’argent…)/Je ne suis pas allé voir *** malgré la forte envie que j’en avais…/Lorsque je me suis rendu aux toilettes cette nuit avant d’aller me coucher, la pensée de Pascale m’a traversé l’esprit, puis l’a occupé et j’ai essayé de l’imaginer nue…/Je l’ai en tête depuis ce matin. Des plans, des scénarios s’échafaudent…/Dernier jour. Puis je serai en congé jusqu’au 2/Idée pour un livre : Dialogue autour du cinéma, prélèvements du journal…/(et je m’aperçois à l’instant que je ne suis pas tout à fait mon aise, quoi qu’il en soit, même si l’on n’arrête pas de me dire que je dois faire comme je l’entends, comme chez moi)/Mais je suis loin de mon propos initial qui était d’entamer la saisie du carnet entamé samedi à Campdeville…/(difficile d’écrire lorsque ça roule !)/(qui en fait est à Whitechapel/Nous abordons le jeudi 26/Les livres de Londres achetés au petit bouquiniste près de Waterloo Station : The Caretaker, Harold Pinter et Blooms of Dublin de Burgess./J’ai remis Uncle Fred à sa place dans la souffrance./Me suis remis à Rok sans grande conviction. Il me reste encore six pages de trop que j’ai décidé de basculer sur le suivant. Du coup, j’ai entrepris le premier élagage du suivant. Quand tout cela va-t-il sortir ?…/Elle pleure, se plaint que personne ne veuille lui donner quoi que ce soit par la soulager. Faut-il lui administrer piqûres sur piqûres à chaque fois qu’elle souffre de ses crises d’angoisse ? Combien de cachets prend-elle déjà par jour, de toutes les sortes, qu’il fassent partie du (des ?) traitement(s) ou non ?/et je m’aperçois en même temps que je développe alors que je ne voulais pas le faire ; télégraphie:/(et je cherche désespérément l’état d’esprit adéquat à l’écriture ; peut-être vaudrait-il mieux que je renonce)/(n’ai-je pas parlé de tout cela ?). Il suffisait pourtant de revenir quelques pages en arrière pour m’en assurer, ce que je n’ai pas fait, par paresse, mais aussi jouant le jeu du doute !/(ai-je parlé de la plaque ? Cette fois, j’étais persuadé de n’en avoir pas parlé.)/(mais comme il n’est pas impossible que nous venions passer la Noël à Londres, il y a des chances que le rythme soit bouleversé ; nous verrons bien)/à l’aller la serveuse semblait anglaise/Télégraphique, hein !…/(Qui m’est revenu à la mémoire alors que je classais des dossiers/(Mais en fait, c’est à Susan qu’elle voulait poser la question. Une fois de plus, je ne fais pas partie de la maison…)/(pourquoi n’en ai-je pas profité pour rester à l’appartement ou faire autre chose, aller ailleurs ? je l’ignore encore – quoique la raison que j’ai donnée à Joséphine qui s’étonnait de ma présence, soit que je voulais m’assurer que nous n’ayons pas à courir pour attraper le train, ne soit pas tout à fait fausse ; inconsciemment, cela a dû exister)/Hier, Sébastien et Jean qui me remettent un chèque, tous deux le remplissant de concert devant moi, Jean en francs, Sébastien en euros. C’était très touchant (et vaguement gênant pour moi qui dans ces cas-là, ne sais comment réagir, ni que dire…)./comment j’ai pu me tromper à ce point : c’est la formule qu’avait employée S*** lorsqu’elle avait compris que je n’avais rien pour elle…)/(Voilà qui peut donner naissance à un nouveau journal dont l’intérêt est loin d’être négligeable !)/Séduisant./Tout cela, évidemment, ne peut que m’attirer. (« Une œuvre qui se construit », pour reprendre la formule de Max lors de la lecture du 31…)/Je viens d’augmenter le quota pour cause de fêtes de fin d’année (ces horreurs !), qui passera de 15 à 20. Aujourd’hui, du 27 février au 15 mars…/13 h 30, saisie directe. Je viens de me taper toutes les notes calepin de Londres ! Je vais m’atteler à la saisie du journal depuis lundi. Gros travail qui m’épuise d’avance !/Autrement, il faudrait qu’elle utilise mon propre matériel, ce qui, on l’aura compris, me fait tiquer un peu ; encore que…/Sortie du chien./Je m’apprête à glisser les livres de Londres dans la souffrance, et prenant le On Reading, je me demande si je vais le lire, s’il y a un quelconque intérêt à le lire en anglais. Souffrance ou marcellothèque ? (Faire un comparatif de traduction ?)/À inscrire dans ma liste./Je ne sais toujours que faire pour la fête du 31. Je n’ai pas envie de la faire. Thierry et Christine proposent de présenter un extrait de la lecture. Ça ne m’enchante pas./J’en parle à Susan qui dit qu’elle ne peut pas dire à l’avance. Ce qui m’irrite un peu et je ne peux m’empêcher de lui en vouloir, car ma mère attend une réponse, a besoin de cette réponse pour être rassurée, pour pouvoir se dire qu’elle ne sera pas seule, qu’il y aura un semblant de famille autour d’elle. Pas que les deux veuves. En outre, à la croire – et je la crois –, Annie ne va pas fort non plus./J’ai promis d’appeler ma mère le plus vite possible pour la mettre au courant. Mais au courant de quoi. Je ne sais rien, nous ne savons rien, crises d’angoisse à répétition. Tout cela me tracasse beaucoup…/Du coup, j’ai ressenti l’envie irrésistible de la revoir./(puisqu’ils sont au salon et que je ne fume plus dans le bureau de Susan)/(éviter la cohue et la précipitation de la dernière semaine !)/(mais j’avais le souvenir de l’avoir vu en noir et blanc)/Ai saisi les jours précédents, ai ensuite repris mon vieux projet de traduction des citations latines apparaissant sur le site et toujours non traduites, projet qui était de les traduire ensemble durant le cours. Pour diverses raisons, ça avait plusieurs fois été avorté. Cette fois, j’étais décidé à y mettre un terme et ai préparé trois copies de ces citations dont deux pour Jean et Francko. Puis je suis parti. Pour la poste d’abord pour envoyer les exemplaires à Arnaud Laporte, puis suis passé chez Texto pour remettre une traduction que A. Delpierre avait confiée à Susan il y a quelques semaines de cela (ai juste sonné, lui ai dit que j’étais pressé, lui ai remis l’enveloppe, ai filé). De là (n’y aurait-il pas quelque influence de Pepys sur moi), direction Lille pour le massicotage final (avais prévu de m’arrêter sur la route pour laver la voiture, ce que je n’ai pu faire, comme je m’y attendais, le lavage est hors service à cause du froid). J’y ai passé une bonne heure, m’efforçant de prendre tout mon temps, sans énervement. De là, direction rue du Ballon. Mais auparavant, arrêt chez Super U où, outre les pâtisseries et le sandwich rituels, j’ai acheté deux bouteilles de St Joseph. Arrivée à 18 h 00 tapantes. J’ai vidé le coffre de ses deux cartons que j’ai déposés dans le séjour de chez Jean. On ne savait jamais : ç’aurait été beau que pour le dernier et ultime numéro, la voiture eût été volée avec ce qu’il y avait dedans (et c’était ce qui était dedans qui importait). Thé avec pâtisseries, les miennes comme celles qu’avait apportées Francko (Sébastien pas là), que nous avons réservées pour l’entracte entre le latin et le grec (toujours le latin avant le grec, toujours le second thé entre les deux !). Discussion au préalable autour de la psychanalyse, Freud etc., un livre que Francko venait de lire, discussion à laquelle je n’ai pas participé n’ayant rien à dire sur le sujet. Puis latin, Apulée, l’amorce de l’Ane d’or, les Métamorphoses. Puis deux versions de grec. Contre toute attente, nous avons abordé mes citations latines, en avons même traduites quelques unes (mais je devrais dire : Jean en a  traduites quelques unes !). J’ai remis à Francko les deux cassettes de copies (La Collectionneuse, Le petit soldat, 71 fragments, Le 7e continent) et le n° ? de la NRF comportant l’extrait (ou le condensé, ou le résumé ; en vérité, je ne sais de quoi il s’agit exactement) de Curieuse solitude de Sollers… Avons parlé à bâtons rompus de paresse, d’oisiveté, de Harry Potter (dont Francko a lu le premier avec, assure-t-il (ou avoue-t-il ?) un plaisir non dissimulé ; peut-être devrais-je tenter moi aussi). Quoi d’autre ? (tentative de remise en mémoire dont je m’aperçois qu’il ne reste pas grand-chose) Sur le pas de la porte, en sortant, Francko et moi parlons du coffret. Puis je rentre. 22 h 00. Bises à Susan qui lit (tiens donc !). Je mange, elle va au lit. Je la rejoins au moment où elle va s’endormir. Bises. Je retourne à la cuisine pour boire un café avec une cigarette (et m’aperçois que j’ai emporté par mégarde le tabac de Francko, très sec) et Pepys dont je lis mon quota journalier, 20 pages, soit août 1660 (j’ai l’impression que j’y accorde moins d’intérêt, peut-être parce que cela devient systématique ; je ne suis toujours pas décidé à entreprendre la folie de cette traduction sur neuf ans…)./Oubli d’hier : coup de fil de Sylvie, la femme de Kevin, qui ne parle pas un mot de français. La conversation a bien duré une demi-heure. Fameux test que le téléphone. Il y a eu pas mal de quiproquos, mais dans l’ensemble ç’a été…/Presque dimanche (je n’ai pas mes lunettes, restées dans la poche de ma chemise elle-même rangée dans le placard de la chambre où je viens de quitter Susan à moitié endormie). Pas grand-chose aujourd’hui/(Pour mémoire, à développer, la discussion avec Susan l’autre jour au sujet de l’écriture (?), de la notion d’ « écrivain », de publication, son article, le Trivial Pursuit…)/(à moins que Susan l’ait acheté, ce qui expliquerait pourquoi au premier Border’s, elle n’ait (avait) pas acheté les livres qu’elle convoitait, puisque j’étais à ses côtés)/Tension, énervement, cervicales hier en fin d’après-midi jusqu’en début de soirée. Motif ? les hôtels à Venise ! Mais, surtout, l’idée, la simple idée de décrocher le téléphone et d’y émettre de l’italien, ou pour le moins, de m’exprimer dans une langue étrangère, et de m’exprimer mal dans cette langue. Hantise ! Alors, au lieu de me jeter aussitôt arrivé sur le téléphone pour essayer les adresses que Francko m’avait remises le  midi, je me suis connecté pour y découvrir les ou la réponse des trois émails que j’avais lancés la veille : la première est un destinataire inconnu, la seconde était « fully booked », la troisième le silence. Alors, je suis de nouveau passé sur Internet au cas où, miracle, je serais tombé sur l’hôtel idéal, profitant de l’occasion pour envoyer une réservation au Reiter, hôtel que Francko m’avait recommandé et qui affichait des prix doubles de ceux qu’il m’avait donnés (ce qui s’explique parfaitement par le fait que lui prenait une singole, soit une chambre à un lit, soit une chambre au prix moitié moins élevé que celui d’une doppia). Et puis, il fallait me résoudre à appeler et à me mettre réellement en quête d’un hôtel. Le premier était fermé (répondeur), le second ne répondait pas, le troisième n’acceptait que quatre nuits minimum, le quatrième était complet. Alors, j’ai pris le Lonely Planet Guide et sa liste d’hôtels que j’ai suivie mécaniquement. Le premier m’a donné des prix six fois plus élevés que ceux du L.P.G., le second était complet. C’est au bout du septième ou huitième que j’ai obtenu une réponse positive. Oui, c’était possible pour le week-end prochain. Elle m’a dit un prix que je lui ai fait répéter deux ou trois fois tant les centi et les mille se bousculaient dans ma tête (les Italiens sont indécrottables et jusqu’à la dernière minute de cette année ils s’en tiendront à leurs chiffres innommables – et c’est le terme en la circonstance). Puis je n’ai plus rien compris, et là s’est affirmé une fois de plus le premier axiome des langues : il ne suffit pas de parler, il faut encore comprendre. Alors, j’ai dit : « Scusi, sono francese. » (avec derrière, du polonais et de l’anglais qui ne demandaient qu’à y mettre du leur !) et elle m’a dit en italien que nous allions essayer en français. Et elle m’a parlé en français, un français qui, je dois le dire, était supérieur à mon italien. J’ai alors bien compris le tarif, soit 140 000 L, soit près de 500 F. J’ai hésité, puis ai dit oui, notant en même temps sur le guide le nom de cet hôtel qui n’en était pas un, soit Alloggi Calderon. Qu’est-ce que « alloggi » ? Elle m’a demandé alors, pour confirmation et du fait qu’elle avait un nombre considérable de chambres, d’envoyer un fax portant mon nom, le prix de la chambre, l’heure d’arrivée et le n° de ma carte de crédit, ce dernier point me laissant perplexe puisqu’elle a précisé que le paiement se faisait en liquide… Elle m’a donné trois jours pour envoyer ce fax. J’ai raccroché, ai aussitôt vérifié  dans le dictionnaire, « alloggi », « logements », et m’est aussitôt venu à l’esprit l’hostel de Dublin à qui, je le voyais d’ici, cet « alloggi » devait ressembler comme à un frère. Cela m’a tracassé. J’en ai parlé à Susan qui n’y voit pas d’inconvénient du moment que ça soit calme, et puis, rien ne nous obligé à y rester les trois nuits. Mais, au bout du compte, l’important n’est-il pas d’être à Venise même, quelle que soit la qualité de la chambre ?…/Ai repris le sitage des personnages de la Rue que j’avais abandonné en juillet. Trop de travail et puis, malgré tout, la crainte que cela soit piqué. Je n’ai toujours pas trouvé de solution pour le plan en pages web. Dommage…/Un moment que je n’ai pas parlé de la cigarette. Plus de quota, je me laisse aller, un peu trop. Huit à neuf par jour. Les deux sont sans doute liés, je veux parler de ma mauvaise forme./Émail hier de Francko qui m’annonce que Wanda organise une fête pour le Nouvel An./Elle les avait demandés, ce sera mon cadeau/Près de 21 h 00 lorsque nous sommes rentrés. Coup de fil à Annie, puis à Francko pour la nouvelle année. Nous avons finalement décidé, si Andrew et Caroline ne viennent pas, que cela se passerait chez elle en très petit comité (quatre !), tout le reste de la « famille » étant absent à cette date. Puis Susan est partie se coucher…/Coup de fil à Thierry qui sera là à la nouvelle année. Mais là où ? Pas de nouvelles d’Andrew et de Caroline…/J’ai mis Susan au courant de mon idée concernant Pepys. Elle la trouve bonne. Me suggère de faire un parallèle avec mon propre journal. À réfléchir…/(question à l’intention de Susan : y a-t-il des supermarchés à Venise, je veux dire Venise même ?)/13.00. Embarquement dans vingt minutes. Départ à 14.20. Aéroport de Charleroi, curieusement proche d’habitations, de la ville. Système du parking de l’autre côté des pistes et la navette qui en fait tout le tour. Problèmes de direction en arrivant à l’aéroport : secousses et mouvements du volant ! J’espère que ce n’est pas lié au choc à Lille-Europe (mais il y a près d’un mois de cela). Qu’est-ce que c’est alors ? Susan lit. Depuis ce matin, problèmes lombaires qui vont et viennent. À espérer que ça ne s’aggrave pas./Ryanair propose les vols intérieurs sur le territoire belge, au départ de Charleroi, à 50 F. Mais pour où aller à part Bruxelles distante de 50 km ?/15.00, après la frayeur habituelle au décollage./Sur Ryanair, ni plateaux ni café ou thé./Bruno, Françoise, Hervé et Patricia, Alex, Anne et Janusz, Francko./(on dirait du Pepys)/Je noterai sur les photos le dimanche son air d’adulte qui en fait n’apparaît que sur les photos, c’est d’ailleurs à ce moment-là seulement que j’ai noté le fait./Vendredi, c’est l’anniversaire de Roman. J’ai décidé de mettre au propre les esquisses pour les Danses romannes qui traînent sur le piano depuis des mois. Je n’ai pas l’énergie de les achever. Je les lui remettrai en tant qu’esquisses. Il y en aura trois. Je ferai cela lundi…/(il n’empêche que c’est magnifique, et je me demande si je ne vais pas l’offrir à Françoise tout à l’heure pour son anniversaire)/Il n’empêche : tout cela est très touchant…/Un dépanneur qui fait tout à la fois dépannage, garage de réparations, fourrière et casse. Je ne sais pourquoi, tout cela n’est pas très rassurant, quoique lui paraisse très « sympathique »./Il m’avait dit qu’il ne s’agissait sans doute que d’une histoire de joint, mais que lui ne pourrait le faire puisqu’il s’agissait d’une boîte automatique/Susan a tout de même des côtés bizarres : elle veut absolument faire tous les déplacements en bus, même les + courts, sous prétexte qu’elle dispose d’un billet pour la journée./Je travaille à Journals, mécaniquement, et je m’aperçois que de plus en plus je rédige et que le journal sous sa forme publiée ne se résume plus qu’à une relation de ma vie et que toute l’invention et la fantaisie des précédentes séries disparaissent petit à petit. C’est bien écrit (pas trop mal en tout cas) et c’est tout. À force de rédiger, de privilégier le récit et la rédaction au caractère propre au journal (qui doit subsister coûte que coûte), je vais en arriver à une forme qui de près ou de loin sera celle de Toussaint (du moins dans ce que je connais de lui pour l’instant, soit La Télévision). Il est de même indubitable qu’il me faut de + en + de temps pour constituer un livret. J’ai de même commis l’erreur de diviser le précédent en deux, soit d’avoir manqué de rigueur, d’avoir cédé à une certaine facilité (en ce qui concerne la constitution, mais pas l’écriture)…/J’ai désiré utiliser le laptop tout en n’étant pas sûr de le vouloir à cette heure-ci et vu les circonstances, soit mon état et mes difficultés encore à me déplacer naturellement dans cette maison où je ne suis pas encore pleinement à mon aise./Je passe le détail de l’inventaire du contenu de cette pièce. J’en étais à la description de mes cadeaux./qui provient de la centaine de CD qui lui ont été remis par son assurance en guise de dédommagements suite à l’un des cambriolages dont il a été victime dans l’une des maisons qu’il a occupées à Reading. Tout le monde a eu un CD. Je pouvais m’attendre à pire comme choix en ce qui me concerne. Le seul Bowie qui m’ait jamais intéressé est celui, bien sûr, des premiers albums. Que je possède. Ce qui fait que la moitié du contenu de ces 2 CD fait partie de ces albums./Belle course en perspective (en fait, il n’en sera rien : nous n’aurons jamais eu autant de temps devant nous)./Depuis le départ, je lis Himes avec une courte interruption d’une dizaine de minutes pour somnoler. Je survole davantage que je ne lis. J’ai l’impression que j’y attache moins d’intérêt qu’il y a vingt ans…/Malheureusement, elle a repris des livres qu’elle avait déjà lu (Désirée Clary, Martin Gray), ce qui fait que j’ai entendu de nouveau des choses qu’elle m’avait déjà maintes fois répétées à l’époque où elle les avait lus. Mais vais-je m’en plaindre ?/Eurostar en direction de Londres./puis banlieue de Londres, une multitude de petites lumières identiques comme si le ciel était tombé par terre./PM : le restaurant chinois, J. et ses souvenirs de voyage, les photos qu’elle montre à l’instant, bus (?), Kensington./Je n’ai pas du tout fait attention à ma consommation de tabac. En tout état de cause, et ce malgré les quatre consommées durant la soirée d’hier, je n’ai pas dû dépasser les 8./Puis ai mangé mon sandwich arraché chez M&S./Nous revenons de l’appartement après avoir fait les bouquinistes de Charing Cross. Susan devait encore acheter des draps pour Yann, de l’aspirine, un cake pour les enfants et des livres chez Border, ceux-là même qu’elle n’avait pas pris la veille. Joséphine nous accompagne. Filons chez BH pour acheter les draps et sur le retour nous arrêtons chez Boots pour l’aspirine et chez Border pour les livres. Reste Marks & Spencer pour le cake. Qu’elle cherche tandis que je déambule dans les rayons. Me vie nt à l’esprit que je n’ai rien avalé depuis le matin et me choisis un sandwich. Réaction de la part de Susan qui me reproche d’avoir pris un sandwich à £2, 50 alors qu’elle avait acheté du pain et du fromage. Je dis que ça m’est égal, que j’ai envie de ce sandwich et que je ne vois pas pourquoi je me le refuserais. Elle réagit de la même façon et je persiste à conserver ce sandwich jusqu’à ce que, excédé, j’aille le remettre à sa place. Elle achète ensuite un lot de quatre pies au porc qu’elle me propose. Que je refuse. Elle insiste. Je refuse toujours. Nous sommes à présent à la caisse, Joséphine, moi derrière elle et Susan enfin, Susan qui retourne dans les rayons pour aller y rechercher le sandwich que je venais de remettre à sa place. Elle arpente les rayons d’un pas précipité et la voyant et pensant à tout cela, je me mets à rire. Puis me tournant vers Joséphine dis : « Like children. » Elle me regarde, estomaquée : « I can’t believe it !… » Susan revient avec le sandwich qu’elle pose sur le tapis. Je me suis senti honteux tout à coup, honteux de notre comportement, honteux d’avoir infligé ce spectacle à Joséphine qui, j’y pense tout à coup, se révèle souvent bien plus mature que nous ne le sommes…/Mes relations avec Éric reviennent à la normale. Ce qui tout de même me soulage…/Je pars pour le cours latin/grec après m’être acheté mon sandwich (c’est Jean-Pierre qui m’avait dit, la dernière fois, que j’avais une vie organisée, ce qui m’avait beaucoup surpris)./Une formule mathématique qui figure sur une feuille épinglée au mur des toilettes de chez Véronique et intitulée Lettre à une inconnue. Je m’étais demandé si cette équation donnait quelque chose. Je ne sais pas comment la reproduire sur l’écran…/Aujourd’hui, du 12 au 26 février. Hier, après avoir atteint mon quota, j’ai poursuivi la lecture de la très longue introduction, soit, suite à la biographie, la manière dont est fait le journal, la manière dont il a été écrit et des difficultés à le déchiffrer, déchiffrage qui a amené à différents choix et donc, à une part d’interprétation pour les « traducteurs » (car, à ce stade, c’est du domaine de la traduction, soit passage d’une langue à une autre avec toutes les incertitudes que cela suppose et comporte : le journal de Pepys tel qu’il peut être lu aujourd’hui est bien une traduction de l’anglais à l’anglais.)/Rêve extraordinaire il y a deux jours, samedi soir exactement, mettant en scène Pascale, ma médecine de Billy, qui me faisait des avances, se collait à moi. La puissance de ce rêve a été telle que j’y ai pensé toute la journée d’hier, pensé à ce rêve, mais surtout à elle, comme si c’était réellement arrivé, elle que je voulais retrouver, elle à qui je pensais comme si elle était un être aimé alors que je n’ai jamais vraiment ressenti une attirance pour elle. (Elle avait pris du poids, des formes, était extrêmement excitante…)/« A bit of sex. » Charme et volupté de l’amour…/Midi. Grenier. France-Culture, architecture. Lever à 11 h 00. Petit déjeuner, sortie du chien. Très froid malgré le soleil…/Éric qui, après la lecture d’Albena, me demande si je l’ai proposé à des éditeurs. Bruno qui m’en vante la qualité. Éric qui me dit aussi qu’il a vraiment eu l’impression de voyager./Notre discussion au lit sur les difficultés de vivre ensemble, de se comprendre parfois, et la conclusion de Susan : « It’s not perfect, but good. »/Je vais annuler la fête du 31, la reporter en janvier. Pas de précipitation ; la date importe peu et qui se soucie de la fête ?/(VIR, VER, VEGETATIO, VIS, etc. tous portant l’idée de puissance, de Vigueur. Le V, lettre de force, de santé ?)/Pas le moindre travail. Rien, zéro. Où tout cela va-t-il aboutir ? Je cherche ce que je pourrais faire qui ne nécessiterait pas la cigarette./Il pleut, temps triste et froid. Susan shoppine. Je me suis levé tard. Je suis mal fichu, cet état bizarre que je connais depuis des années et que j’associe à la cigarette faute d’autre explication : mal de crâne, bouffées de chaleur, vertige général. Comme d’habitude, ça commence à passer en fin d’après-midi…/Mon malaise physique s’est mué en malaise mental et moral…/Il n’empêche que je relève quelques noms d’inconnus sur lesquels je devrais me pencher, encore que l’excès de louanges desdits journalistes me fasse un peu tiquer./(Je pense à l’instant au personnage du vétérinaire dans L’Alliance, campé par J. C. Carrière, personnage qui confie à son magnétophone les questions qu’il se pose sur le comportement énigmatique de la femme qu’il vient de rencontrer et qui est devenue son épouse – bella Karina !)…/et plus terrible peut-être dans la mesure où on ne peut que la constater et qu’il y a l’absence d’échange/(ou insensibilisé ? mes doutes concernant le vocabulaire s’aggravent !)/il y avait ce putain de coup de fil à passer en Italie pour annuler la réservation à l’Alloggi Calderon que je ne parvenais pas à passer, retour cinq ou six ans en arrière où cette attitude que je ne sais comment définir était fréquente. Je me suis finalement résolu à envoyer un fax/car je crois bien que c’est la première fois que je regarde ce spectacle, tout en en faisant partie, sans broncher. Et pensant aussi à ma propre destinée, les livres, les publications, ma vie, qui, au bout du compte, valait bien la leur, même si je n’étais là qu’en spectateur, même si je ne faisais pas la queue les mains sur la barre d’un chariot./Demain, c’est mon lundi. Je vais le consacrer entièrement à la traduction. Je fignolerai dans la semaine et la reverrai dans le train avec Suzanne (????????), nous aurons le temps : cinq heures aller et autant pour le retour…/Je suis exténué. Mal fou à me tirer du lit. Il est 9 h 30. Froid, brume. Ma consommation de tabac augmente un peu : neuf !/(mais il n’y a pas que de la malice chez Cage, si tant est qu’il y en ait ; y en a-t-il seulement ? Il n’empêche, le mot lui va, ne serait-ce que d’un point de vue purement phonétique…)./(Je réfléchis à un calendrier musical…)/Notre énervement au départ de l’hôtel pour une bête question d’horaires,/Au Furet, où tout semble s’arrêter au milieu du XIXe siècle, j’ai trouvé un curieux 44 duos pour deux violons [sic] de Bartok. Dont je n’ai jamais entendu parler. Y figurent en outre deux pièces de Ligeti et une de Kurtag./kokkino : « rouge ». Rapport avec « coquin » ?/Au courrier, hier, une enveloppe mauve/violet de Jean-Stéphane contenant un carton de la même couleur plié en deux et comportant une reproduction de toile, jeune fille au visage caché, mais dont le sein droit sort largement de son corsage. À l’intérieur, un mot à sa belle manière. Au verso, l’indication de l’auteur de la toile, un certain Guy Le Correler officiant à Sancerre./Il y a une demi-heure, j’ai reçu un émail de Frédérick qui compte s’abonner. Ça me fait plaisir, bien sûr, mais en même temps, je pense que je devrais arrêter, ne serait-ce que quelque temps, et en même temps je pense aux abonnés et je me dis que je ne peux pas arrêter, qu’il faut continuer, tout en pensant que le retard et que le manque de goût et d’énergie que je manifeste sont tout de même symptomatiques et qu’il est nécessaire d’arrêter. Je ne m’en sors pas. Que faut-il faire ? Continuer quitte à livrer des choses médiocres, ou qui le seront par manque de conviction ?/Match des Halles complètement rénové. Je l’ignorais et il y a à peine plus d’un mois que j’y suis allé ! C’était comme entrer dans un pays étranger…/Je travaille depuis hier sur le premier jet du prochain Journals. Je m’étais dit qu’il faudrait le faire vite et que je ne m’en tiendrais qu’à la forme classique du journal. Je viens de confronter les deux parties pour entamer le montage et je m’aperçois que c’est précisément cela qui me gêne et me pèse : la forme du journal./À noter les quelques scènes sensuelles entre Diane/Camilla et Camilla/Diane dont celle de la masturbation désespérée, que je rapproche de celle des Anges déchus…/Tout cela, Lynch, est à revoir pour analyse…/à ce point que c’est à peine si j’ai pu localiser l’appareil à cartes recouvert de branches de sapin/J’ai beaucoup fumé aujourd’hui, contrairement à hier où, maison non-fumeurs oblige, j’en suis resté à cinq. Mais en même temps, les cervicales qui m’ont écrasé la tête toute la journée et puis l’impossibilité de dormir cette nuit, et le sort de la voiture qui n’a cessé de me préoccuper (oserais-je « hanter » ?)./(Faut-il vraiment louer les transports en commun silencieux ? Non…)/Elle l’a noté, mais ne semblait pas du tout décidé à s’en servir, bien au contraire et j’ai eu un mal fou à lui faire comprendre que je ne pouvais utiliser un téléphone qui ne m’appartenait pas et que si elle voulait parler, elle n’avait qu’à me rappeler à l’aide du numéro que je venais de lui donner. « Oui, oui. »/Je suis au bout de la saisie de l’intégrale. Je viens d’effectuer celle du 31 décembre du journal de V*** qui m’a complètement remué… Je le répète encore : de saisir son journal n’est pas vraiment une bonne idée…/À ce moment-là, je n’ai même pas pensé à m’arrêter. N’ai pensé à rien d’autre qu’à cette incroyable chose que nous étions vivants et en train de rouler./C’est ainsi qu’il est retourné à ses sapins/Dans le train belge en direction de Roubaix, la colère du contrôleur flamand alors qu’un retardataire avait ouvert la porte qu’il venait de fermer. Sur la plate-forme, un bébé dans une poussette qui me fait des signes. Je lui réponds. On s’échange ainsi des signes…/Nous verrons demain./Au courrier ce matin, une nouvelle lettre de JYLB dans laquelle il fait une comparaison entre la Rue et les règles du théâtre classique. Il faudrait que j’y réfléchisse…/Je note qu’au retour, j’avais glissé mon briquet dans la poche intérieure de ma veste posée pliée dans la corbeille : il est passé sans le moindre problème./(le comportement très italien des deux soldats qui interdisent l’entrée du parking, voir l’épisode du baiser)./Pour fêter ça, nous avons ouvert la demi-bouteille de champagne achetée chez Nicolas il y a quelques semaines. Malheureusement, il n’était pas de la meilleure qualité./Susan téléphonait dans son bureau./J’en ai profité pour mettre définitivement à jour l’intégrale. Susan est ensuite passée chez divers opticiens pour enfin consentir à choisir des lunettes. Sommes partis vers 18 h 00/(TGV, la demi-bouteille de vin à 43 F !)/Nous nous sommes vus dix minutes hier soir, trente secondes ce matin, nous nous verrons un bon quart d’heure ce soir puisqu’elle rentrera à 21 h 00, nous mangerons, puis elle ira dans son coin pour lire ou préparer ses cours, puis montera à 22 h 45 se coucher…/Et puis, cette chose qui m’a beaucoup frappé, que je ne lui ai jamais entendu dire. Elle me parlait de la Salvate, maison de post-cure où elle est allée chaque été durant vingt ans. Elle me dit comment elle était considérée, comment, à chacune de ses arrivées, elle était accueillie par le personnel qui avait fini par la connaître au fil des ans. « Il fallait voir comment j’étais reçue, madame Grudzien par-ci, madame Grudzien par-là ! Et comment j’étais considérée. Là-bas, j’étais considérée, j’étais quelqu’un ; pas comme ici, où ton père me traitait toujours d’ignare et de connasse… »/17 h 00, je m’en vais./