Aujourd'hui, c'est sa fête, et c'est bien ce qu'elle avait eu l'intention de dire, d'annoncer, de clamer avant de pénétrer dans sa chambre où elle découvre sa compagne allongée sur son lit, immobile, les bras le long du corps et les yeux ouverts sur le plafond, la respiration lente et régulière, le visage gris et creusé, pour tout dire cadavérique, cadavérique Honorine qui en est à son 31e jour de Carême.

Louise ignore tout du vœu d'Honorine et ne comprend donc pas. Et si elle s'est souvent inquiétée de son comportement – dont elle n'est pas parvenue à connaître les raisons –, aujourd'hui elle s'alarme, elle prend peur, peur qui ne fait qu'augmenter à la vue de l'abstraction totale du regard et de la pure volupté du sourire. Et lorsqu'elle constate que trois centimètres d'air sépare son corps de la couverture du lit, elle réprime un hurlement de terreur et s'enfuit à toutes jambes en abandonnant au sol ses livres et ses cahiers...