Une fois le repas achevé, Innocent est monté consulter son courrier sur le laptop de secours. J’ai commencé à débarrasser la table, suis allé déposer mes gants et mes clefs sur le petit meuble près du bassin des vœux. S’y trouvaient quatre livres qu’Éléonore destine à la foire aux livres d’Amnesty International et qu’elle m’avait demandé de descendre à la cave. Je les ai passés en revue ; l’un d’eux m’a attiré : Introduction d’un certain Stig Larsson (ce nom me dit vaguement quelque chose). J’en ai lu les deux premières pages, suis retourné à la cuisine et au lieu de faire la vaisselle comme prévu, j’en ai lu les soixante suivantes avec un café et une cigarette. Dès les premières lignes de ce texte haché, aux phrases très courtes et comme jetées, j’ai deviné qu’il s’agissait d’un auteur jeune (bouillant, rebelle, fougueux). En effet : il avait trente-quatre ans. Puis il a été près de minuit, j’ai fait la vaisselle et ai décidé de monter, qu’Innocent passe la nuit ici ou non. Sommes-nous absolument obligés de nous traîner jusqu’à l’aube ? J’ai passé la tête à la porte, lui ai demandé s’il dormait ici, oui, est-ce que j’éteins en bas ? non, j’ai mes cachets à prendre, bonne nuit Innocent, bonne nuit…

 

21 octobre 2013